Une commission d’enquête? oui, mais sur l’occupation


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Ha’aretz, 4 août 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Au cours des mois de juillet et d’août derniers, 251 Palestiniens ont été tués à Gaza
et en Cisjordanie, tous par le feu de Tsahal. Près de la moitié d’entre
eux étaient des civils, dont des femmes, des enfants et des personnes
âgées. Les Palestiniens ont eu plus de morts pendant la guerre du Liban
que les Israéliens, même si les Palestiniens n’y ont pas pris part, et
n’ont pas eu à subir de tirs de Katiouchas.

Le processus diplomatique entre Israël et les Palestiniens a été
totalement gelé. Depuis longtemps, on ne parle plus de la Feuille de
route. Il n’y a ni désengagement ni redéploiement, ni mesures
unilatérales, ni, bien entendu, négociations entre les deux côtés. A
l’occasion, des représentants subalternes discutent certains aspects de la
vie quotidienne. Et il semble y avoir des contacts indirects sur la
libération de prisonniers palestiniens en échange de celle du soldat
israélien Gilad Shalit. Le seul domaine où Palestiniens et Israéliens
maintiennent des contacts appartient au conflit violent : raids, tirs,
bombardements, attentats terroristes, arrestations, barrages routiers,
expropriations, morts et blessés.

Il devrait y avoir une commission d’enquête sur ce qui se passe dans les
territoires palestiniens. Sans sous-estimer l’importance de ce qui s’est
passé au Liban, et le choc que cela a produit pour les Israéliens, cette
guerre ne peut pas être comparée à ce qui se passe depuis près de 40 ans
dans les territoires occupés par Israël. Quelle que soit l’enquête qui
sera conduite sur la guerre du Liban, les résultats seront, tout au plus,
que le premier ministre a commis une erreur un jour, que le ministre de la
défense et le chef d’état-major ont pris de mauvaises décisions un autre
jour, et qu’une nuit, un général et quelques commandants de brigade n’ont
pas saisi ce qui se passait sur le terrain, ou que nourriture et eau ne
sont pas arrivées en temps et en heure. On ne peut absolument pas comparer
des erreurs de ce type aux graves échecs de tous les gouvernements
israéliens depuis 1967 concernant la Cisjordanie et Gaza. Car il s’agit là
de décisions erronées d’amplitude historique.

La commission d’enquête chargée d’examiner les désastres engendrés par le
régime israélien dans les territoires devrait comprendre des historiens,
des spécialistes de psychologie sociale, des érudits en marière de culture
et de religion, mais pas nécessairement d’anciens généraux ou des juges de
la Cour suprême. Une commsision de la sorte découvrirait probablement
qu’il existe un lien fort entre les guerres au Liban et ce qui s’est passé
entre les Palestiniens et nous pendant toutes ces années, et que notre
main-mise sur la Cisjordanie et Gaza n’a pas peu contribué à la
détérioration de notre situation au Nord.

A mesure que le temps passe, le nombre de ceux qui se souviennent de ce
qui s’est passé dans les territoires après 1967 décline progressivement.
Qui se souvient, par exemple, qu’à cause de l’opinion israélienne selon
laquelle les leaders arabes maintenaient à dessein les réfugiés
[palestiniens] dans des camps, dans des conditions indécentes, afin de les
monter contre Israël, les gouvernements israéliens avaient décidé de
résoudre le problème des réfugiés à Gaza par la reconstruction? Pendant un
certain temps, Israël a pris un certain nombre de mesures dans ce sens.
Mais elles se sont révélées irréalistes, et stoppées. Qui se souvient que
la doctrine de base formulée par le ministre de la défense d’alors, Moshe
Dayan, était de permettre une totale liberté de mouvement aux Palestiniens
comme aux Israéliens de Dan à Eilat [du Nord au Sud], et que pendant plus
de 20 ans, il n’y a pas eu un seul check point entre les territoires et
l’Etat d’Israël? Qui se souvient que Dayan avait donné l’ordre de réduire
au minimum la présence officielle israélienne dans les territoires : ni
drapeaux, ni patrouilles, ni, bien sûr, colonies près de localités arabes?

Il y avait alors des attentats terroristes, mais sans commune mesure avec
ce qui a débuté avec les années de l’Intifada. Certaines années, il y a eu
moins de cinq détenus administratifs palestiniens dans les prisons
israéliennes. Aujourd’hui, nous le savons, il y en a des milliers.

Qu’arrivait-il pendant ces 20 années qui a disparu depuis? Aux premiers
temps, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza aimaient-ils le régime
israélien? Bien sûr que non. Alors, comment en sommes-nous arrivés là? La
responsabilité réside-t-elle dans l’entreprise de colonisation, qui a créé
un régime d’apartheid dans les territoires et provoqué un sentiment de
colère et de dépossession, le sentiment d’être volé? Les décisions sur
Jérusalem Est ont-elles été mauvaises? Quelles ont été les conséquences
des erreurs inhérentes aux accords d’Oslo? Où nous mène la clôture de
séparation. Tout cela est bien plus important que ce qui vient de se
passer au Liban, et c’est cette situation-là qui devrait faire l’objet
d’une commission d’enquête.