Un Pont sur des Eaux Troubles ("A Bridge Over Troubled Waters")

Thème : Politique et société palestiniennes Politique intérieure israélienne Abbas pour partenaire ?

Common Ground News Service
mis en ligne le 18 janvier 2006
par Khaled Duzdar

le co-directeur palestinien de l’IPCRI propose une assez bonne et courte synthèse des deux mondes politiques face à leurs élections respectives, et rappelle un certain nombre de vérités. Une originalité pourtant : contre tous les sondages récents, il anticipe une victoire du Hamas. Précisons qu’en ce qui le concerne, ce ne serait pas une bonne nouvelle !

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Common Ground News Service (CGNews), 12 janvier 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les événements dramatiques qui se déroulent quotidiennement rendent extrêmement difficile une quelconque prédiction concernant le bon remède à apporter pour résoudre le conflit israélo-palestinien ou pour à tout le moins concevoir un traitement réaliste qui rapprocherait son terme. Les mois à venir seront cruciaux. Des lignes y seront tracées qui définiront les futures relations entre les deux côtés.

Du côté palestinien, la situation est toujours incertaine, et l’on ne sait toujours pas si les élections auront lieu à la date prévue ou si elles seront reportées. En cas de report, ce retard provoquera-t-il une nouvelle vague de violences ? Les élections ouvriront-elles une page nouvelle dans l’histoire palestinienne qui entraînera des changements positifs, ce qui permettrait à Mahmoud Abbas de finir par résoudre le chaos endémique et affirmer son autorité ? Si le Hamas gagne les élections, assisterons-nous à la naissance d’une nouvelle théocratie dans la région, menée par des fanatiques ? Ou bien l’Autorité palestinienne annulera-t-elle les résultats pour imposer un coup d’Etat, comme en Algérie, qui conduirait alors à une longue vendetta entre le Hamas et l’Autorité palestinienne ?

Dans une situation où l’Autorité palestinienne perd tout contrôle et où les milices font la loi dans la rue, les milices du Fatah continueront à déstabiliser la société en se présentant comme les "sauveurs de la nation ", alors qu’en fait, ils en sont plutôt le talon d’Achille. Même aujourd’hui, Mahmoud Abbas se retrouve en situation difficile, car il affronte de nombreux ennemis qui, chacun, travaille à ses propres intérêts et selon un agenda qui lui est propre. L’agenda national, quant à lui, a été oublié, et même le Fatah est fragmenté à un point tel qu’il est devenu méconnaissable. Il est devenu clair, avant même les élections, que le Fatah a perdu son monopole et ne contrôle plus grand-chose. Et l’opinion semble en avoir assez du Fatah, ce qui ouvre la voie à une victoire du Hamas, à une majorité écrasante !

En Israël, la situation n’est pas moins confuse. Avec le nouveau parti Kadima et la maladie d’Ariel Sharon, les cartes sont redistribuées. Qui va remplacer Sharon au poste de Premier ministre ? Sur quel programme concernant le processus de paix ? Le nouveau Premier ministre élu continuera-t-il dans la voie de l’unilatéralisme tracée par Sharon ? Cet unilatéralisme a valu au Premier ministre Sharon un immense soutien populaire. Le prochain gouvernement israélien maintiendra-t-il cette dynamique ? Si le Likoud, emmené par Netanyahou, revient sur le devant de la scène, quelle sera sa politique ? Quelle sera la vision de la paix de Netanyahou ? Et si Peretz et le Parti travailliste en ont l’occasion, Peretz créera-t-il une dynamique qui permettra de faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens ?

En Israël comme en Palestine, le paysage politique est plus difficile et complexe que jamais. Il semble que nous soyons en train d’entrer dans une sorte de vide politique, avec, pendant longtemps, très peu de chances de faire avancer le processus de paix. Ce vide n’est pas dû à l’absence de programme, mais à l’absence de l’homme qui fixe les règles du jeu (Sharon).

Quel que soit le nouveau Premier ministre israélien, il lui sera difficile de terminer ce que Sharon a commencé. Quel autre dirigeant israélien aura la force, la détermination et le soutien populaire nécessaires pour continuer à démanteler les colonies et en finir avec l’occupation ? Au cas où cela ne se produirait pas, nous connaîtrions alors un avenir sans solution, et la perpétuation du conflit produirait des effets très négatifs des deux côtés.

Compte tenu de la gravité de ces développements possibles, il est utile de commencer dès à présent à s’interroger sur les futures relations israélo-palestiniennes. Y aura-t-il un pont sur les eaux troubles ? Le principe de deux Etats est le seul qui permette aux deux nations de réaliser leurs aspirations nationales. La feuille de route qui mène vers les deux Etats, ainsi que ses paramètres, sont bien connus de tous. Il semble qu’il y ait un consensus général au sein des deux peuples pour reconnaître la nécessité d’une solution pacifique qui mettrait un terme à ce conflit sanglant et aux massacres réciproques. Pourtant, le chemin pour y arriver est encore très éloigné.

Il n’existe qu’une manière pour parvenir à une solution quelle qu’elle soit  : par la négociation. La négociation est toujours la seule option valide. Pour entamer un nouveau processus négocié, les deux côtés doivent arrêter de prétendre qu’il n’y a pas de partenaire de l’autre côté. Il est possible de parvenir à des accords. Et ils peuvent être appliqués progressivement, avec un cadre et un calendrier qui auront fait l’objet d’accords. L’Etat palestinien peut bâtir ses institutions, progressivement. Il faut geler toute création de faits accomplis sur le terrain, car ils ne font que détériorer la situation. La négociation doit se concentrer sur les qualités des deux Etats et sur la meilleure manière de garantir la viabilité de l’Etat palestinien et du processus de paix en général.

Les deux côtés doivent surmonter la méfiance qui s’est établie entre eux et qui constitue l’obstacle principal. L’établissement de la confiance dépendra avant tout de la volonté des deux dirigeants. Les deux côtés ont besoin de dirigeants qui soient dignes de confiance et qui entendent tous les deux l’appel de leur peuple qui désire mettre fin au conflit. Nous avons besoin de dirigeants qui acceptent pour mission de construire un "Pont sur des Eaux Troubles" [1].