U.S. : Fin du 1er round des pourparlers de proximité entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Thème : Diplomatie

par Ha’Aretz, correspondance

selon le Département d’Etat, Israël se serait engagé à stopper la construction dans le quartier de Ramat Shlomo (Jérusalem Est). De son côté, l’Autorité palestinienne se serait engagée à bloquer les incitations à la haine de toutes sortes

Ha’aretz, 9 mai 2010

sur le site d’Ha’aretz

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Dimanche, le Département d’Etat a annoncé la fin du premier tour des pourparlers indirects entre Israël et l’Autorité palestinienne. Son porte-parole, Philip Crowley, a déclaré que l’émissaire spécial George Mitchell avait quitté le Proche-Orient après des pourparlers qualifiés de "sérieux et traitant d’une grande variété de questions".

Selon Crowley, les deux parties ont décidé de mesures destinées à créer une atmosphère susceptible de mener au succès de pourparlers, dont l’engagement par Israël de s’abstenir pendant deux ans de toute construction dans le quartier de Ramat Shlomo (Jérusalem-Est) ainsi qu’une déclaration du Président Mahmoud Abbas où il s’engage à œuvrer contre toute incitation à la haine, d’où qu’elle vienne.

Mitchell a dit aux deux parties que le progrès est important pour passer à des négociations directes qui résulteront en une solution à deux Etats. Le Département d’Etat a également déclaré qu’Israël comme les Palestiniens seraient tenus pour « responsables » d’actes qui « sapent la confiance » au cours des pourparlers de proximité. Mitchell sera de retour dans la région dans une semaine pour la poursuite des pourparlers.

Des sources proches de Benjamin Netanyahou ont réagi dimanche soir au communiqué américain et confirmé que le projet à Ramat Shlomo ne serait pas construit pendant les deux années à venir. Ces sources ont ajouté que, même quand la crise autour de Ramat Shlomo avait débuté, au moment où ce projet de logements était annoncé, juste au moment où le vice-Président américain Joe Biden se trouvait en Israël, Israël avait dit à l’administration américaine que ce projet était dans les limbes et que la construction ne démarrerait pas, au moins dans les deux prochaines années.

"Netanyahou a même annoncé cela publiquement après la visite de Biden", ont dit ces mêmes sources. "De plus, le premier ministre a souligné depuis le début que la planification et la construction à Jérusalem se poursuivraient comme d’habitude, comme cela a été le cas sous les 43 gouvernements israéliens précédents, et qu’il n’y a eu aucun engagement israélien sur ce sujet."

Ces sources ont encore dit qu’Israël avait promis à l’administration américaine de discuter de toutes les questions essentielles pendant les pourparlers de proximité, et de prendre des mesures destinées rétablir la confiance en faisant des gestes envers les Palestiniens. Par ailleurs, toujours selon ces sources, les Américains ont promis à Israël que les questions essentielles, en particulier les questions très sensibles comme le sort de Jérusalem, seraient résolues que lorsque les pourparlers indirects deviendraient directs.

Plus tôt dans la journée de dimanche, l’Autorité palestinienne a réagi aux appels américains et israéliens en faveur de négociations directes en répétant qu’elle ne s’engagerait que dans des pourparlers de proximité jusqu’à ce qu’Israël stoppe toute construction dans les colonies.

Saeb Erekat, négociateur en chef de l’Autorité palestinienne, a clarifié sa position alors qu’il annonçait officiellement le début des négociations indirectes sous la médiation de Mitchell. Samedi, le comité exécutif de l’OLP avait approuvé le processus de quatre mois : "Je peux déclarer officiellement aujourd’hui que les pourparlers de proximité ont commencé", a dit Erekat après une réunion avec Mitchell et Abbas.

Entre-temps, dimanche, Netanyahou a dit à son cabinet qu’Israël s’attendait à ce que les négociations indirectes à venir mènent à des pourparlers directs en déclarant : "Il est impossible de faire la paix à distance".

Mais Erekat a réagi en déclarant à la radio Voice of Palestine : "S’il [Netanyahou] annonce un arrêt total de la construction dans les colonies, il y aura des négociations directes".

Dans ses remarques au cabinet à propos des conversations avec les Palestiniens, Netanyahou a dit que personne ne pouvait s’attendre à ce que "nous arrivions à des décisions et des accords sur des questions essentielles ... sans nous asseoir dans la même pièce".

Des fonctionnaires haut placés du Département d’Etat ont dit à leurs homologues palestiniens que Washington pense aussi que des négociations directes devaient débuter le plus rapidement possible. Selon un représentant israélien de haut rang, l’administration Obama a informé Abbas du fait qu’elle ne dévoilerait aucune proposition ni de plan de paix avant le début de pourparlers directs et substantiels entre les deux parties.

Samedi, le comité exécutif de l’OLP a annoncé qu’il donnait son feu vert à Abbas pour qu’il débute les négociations indirectes avec Israël.

Abbas a également rencontré Mitchell pour discuter de la manière dont les « pourparlers de proximité » seraient menés. Les Etats-Unis ont salué la décision de l’OLP. "Il s’agit d’un pas bienvenu et important", a dit Crowley.

Samedi, Saeb Erekat a dit après une rencontre à Ramallah entre Mitchell et Abbas que les discussions dépasseraient les quatre mois impartis pour traiter de questions relatives à un accord final, telles les frontières et les accords en termes de sécurité. "Jérusalem et les colonies font partie de la question des frontières de 1967, elles seront donc discutées et négociées", a déclaré Erekat.

Il a également déclaré par ailleurs que Mahmoud Abbas avait remis à Mitchell une lettre qui souligne la position de l’Autorité palestinienne sur les pourparlers de proximité et sur les questions qu’elle souhaite y voir aborder. Abbas dirigera lui-même l’équipe palestinienne qui négociera. Selon Erekat, les Palestiniens considèrent les objectifs des pourparlers comme "la fin de l’occupation et la création d’un Etat palestinien à côté de l’Etat d’Israël, sur les frontières de 1967".

Ces pourparlers représentent, semble-t-il, un compromis obtenu sous médiation américaine qui répond à la fois aux exigences palestiniennes quant aux frontières et aux exigences israéliennes de discuter des accords relatifs à la sécurité. Les négociateurs, israéliens comme palestiniens, reconnaissent que les deux questions sont intimement liées et que toute proposition ou déclaration sur quelque sujet que ce soit est susceptible d’influencer de façon significative toute résolution sur l’autre.

Israël salue la décision de l’OLP

Le Premier ministre Netanyahou a salué la décision de l’OLP de reprendre les pourparlers de paix, en souhaitant qu’ils soient sans condition préalable et mènent rapidement à des négociations directes entre les deux parties.

Nir Hefetz, porte-parole de Netanyahou, a dit que le Premier ministre « saluait la reprise des pourparlers de paix. » Citant Netanyahou, Nir Hefetz a ajouté que "la position israélienne était et demeurait que les négociations soient menées sans condition préalable et mènent rapidement à des négociations directes."

Ehud Barak, ministre de la Défense, a déclaré que l’administration américaine attendait d’Israël qu’il joue son rôle en facilitant la tâche des Américains qui veulent débloquer le processus de paix : "Une condition essentielle pour améliorer les relations avec les Etats-Unis est de prendre des mesures qui prouvent qu’Israël est sérieusement engagé à prendre des décisions qui concernent les Palestiniens, une fois ceux-ci à la table des négociations. Cela sera jugé par des actes et non par des sourires à la Maison-Blanche. Un plan de paix global est nécessaire, auquel Israël se tiendra. Je ne suis pas certain que cela soit possible avec le gouvernement actuel", a dit Barak.

"Sans accord, nous serons isolés sur le plan international, et nous connaîtrons un sort comparable à celui de la Bosnie ou de Belfast, ou bien une transition depuis un paradigme deux Etats pour deux peuples vers un autre d’un seul Etat pour deux peuples, et certains tenteront de nous coller une étiquette d’Afrique du Sud. C’est pourquoi nous devons agir", a dit encore Barak. Si les deux parties sont prêts à prendre des décisions courageuses, a-t-il dit, "il sera possible de parvenir à des négociations directes et à une percée en vue d’un accord."

Lors d’entretiens avec Netanyahou et Barak, Mitchell a demandé à Israël, pour les semaines à venir, de prendre des mesures susceptibles de renforcer la confiance entre les parties, à la fois pour construire plus solidement les institutions de l’Autorité palestinienne et d’encourager les Palestiniens à passer plus rapidement à des négociations directes.

A Jérusalem, un représentant israélien haut placé a dit qu’Israël prendrait des mesures dans ce sens ces prochaines semaines, probablement en libérant des centaines de Palestiniens emprisonnés, en levant des check points supplémentaires et en transférant certaines zones de Cisjordanie sous contrôle de l’appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne.

Yasser Abed Rabbo, membre du comité exécutif de l’OLP et vieux routier des négociations de paix, a dit que l’OLP avait reçu des assurances des Etats-Unis concernant "les activités de colonisation et la nécessité de les arrêter". Selon lui, l’administration Obama a aussi promis de se montrer dure en cas de provocations de toutes sortes, et a promis que toutes les questions au cœur du conflit seraient mises sur la table.

La décision de l’OLP est intervenue malgré les avertissements du Hamas, qui a dit vendredi que cette décision ne ferait que légitimer l’occupation israélienne, ont rapporté les médias palestiniens.

"Ces pourparlers de proximité absurdes" ne feraient que "fournir à l’occupation israélienne un parapluie pour commettre d’autres crimes contre les Palestiniens", aurait déclaré le Hamas. "Le Hamas appelle l’OLP à arrêter de vendre au peuple palestinien des illusions, et à annoncer l’échec de leur pari absurde sur des négociations."