Si vous le voulez, ce sera un rêve

Thème : Diplomatie

Ha’aretz , mis en ligne le 3 mars 2003
par Akiva Eldar

Après le discours de Bush, l’Etat palestinien est devenu un rêve. Pas de quoi effrayer les ministres d’extrême droite au gouvernement

 

Haaretz

Si le super-colonisateur Avigdor Lieberman avait le moindre souci a propos de l’influence negative qu’aurait pu avoir le "discours d’Hertzliya" d’Ariel Sharon sur la nouvelle politique du gouvernement, il s’est envole avec le discours de George Bush devant l’American Enterprise Institute la semaine derniere. Sans aucune reticence, Bush a fait siennes les mines made in Israel qui ont fait eclater la feuille de route du Quartette. Ou, si vous preferez, la vision d’un Etat palestinien est devenue un reve. Bush a confirme que dans les territoires, comme en Irak, il vise la victoire militaire et la mise en oeuvre de la doctrine de la droite. Comme Sharon quand celui-ci parle des territoires, Bush parle pour la forme d’"apporter la democratie" et de procedures diplomatiques.

Et si, a la veille d’une guerre avec l’Irak, au moment ou les Etats Unis ont tant besoin de la confiance arabe, leur president s’aligne neanmoins sur la droite israelienne, quand donc imposera-t-il a Israel un Etat palestinien ? Apres la guerre ? Avant les prochaines elections presidentielles ? Quand il aura besoin du vote juif ?

Personne ne s’attendait a ce que Bush lance un precessus de paix entre Israeliens et Palestiniens quelques jours avant une guerre contre l’Irak. Tout ce que son fidele allie Tony Blair le poussait a faire etait de declarer son soutien a la feuille de route du Quartette. Cela aurait aide les Etats Unis a refuter l’accusation de "un poids deux mesures" qui s’etend dans le monde et jusqu’a certains Republicains americains. Et pourtant, dans son discours, Bush a choisi de s’en tenir a son discours du 24 juin 2002, devenu le programme diplomatique de Sharon (et vice-versa).

On aurait pu penser que des discours adresses au "camp national" auraient heurte les oreilles de membres du "camp de la paix". Pourtant, l’elimination politique d’Arafat et l’autorisation de developper l’occupation sont devenues les articles cles du programme diplomatique qui a ouvert la voie a une collaboration entre anciens membres de Moledet (parti d’extreme droite, pronant ouvertement le "transfert", ndt) et anciens membres du Meretz (gauche). Les nombreux avocats membres du Shinoui n’auraient surement pas signe un accord avant de l’avoir lu attentivement. Mais comment l’avocat et ministre Yosef Paritzky (Shinoui, nouveau ministre de l’Interieur) conseillerait-il a un client de reagir a une procedure engagee contre lui si, avant meme qu’aient commence les negociations sur les biens qui lui ont ete voles (comme le pense le client), il etait somme de debarquer son PDG ?

L’avocate et deputee Etti Livni (Shinoui) conseillerait-elle a son client de signer un accord selon lequel des negociations sur le demantelement de milliers de constructions erigees par la force sur sa terre ne commenceraient qu’apres que s’instaure une periode de calme relatif ? Et conseillerait-elle a ce client d’accepter que le pouvoir de decider de ce qu’est exactement un "calme relatif" appartienne excusivement a son adversaire (qui a prouve par ses actions, et par ses declarations publiques, qu’il entendait eriger des constructions supplementaires) ?

La probabilite que les Palestiniens accedent a la demande de Sharon et se debarrassent d’Arafat (et pour de bon, pas seulement par la nomination "trompeuse" d’un premier ministre), est identique a la probabilite que les Israeliens accedent a la demande d’Arafat et se debarrassent de Sharon. Ou trouvera-t-on un leader palestinien pret a ordonner la requisition des armes illegales et le demantelement de tous les services de securite (appeles "les mouvements terroristes" dans le discours d’Hertzliya), sans le moindre engagement par Israel de geler la colonisation, meme provisoirement, et de demanteler les avant-postes illegaux ?

Il est vrai que le client des hommes politiques israeliens est l’Etat d’Israel, et non les Palestiniens. Supposons donc qu’a Hertzliya, Sharon ait effectivement annonce l’etablissemnt d’un Etat palestinien, pour le bien d’Israel. Mais qu’y avons-nous gagne ? Ni un accord mettant fin au conflit, ni meme une renonciation au droit au retour. Il faudrait etre extraordinairement negligent pour lire le "discours d’Hertzliya" et croire qu’il pourrait servir de base a un accord israelo-palestinien. Et il faudrait etre totalement cynique pour ecouter le dernier discours de Bush et en conclure qu’il peut mener a la fin des violences et a la reprise des negociations.

Un mot de la fin, pour ceux qui continuent a croire qu’il y a quelque chose dans l’"entente" Bush-Sharon : dans l’accord de coalition, le premier ministre est de fait revenu sur son engagement pris a Hertzliya de soumettre cette "entente" a l’approbation du nouveau cabinet des que celui-ci serait constitue.

* allusion a la fameuse formule de Theodore Hertzl : "si vous le voulez, ce (l’Etat juif) ne sera pas un reve".