Shabbat près de Hébron


Je suis allée accompagner les « Médecins pour les Droits de l’Homme » ce 6
juin lors de leur visite dans un village situé à proximité de Hébron. Etant
médecin et parlant hébreu, je pouvais comprendre le déroulement de la
journée et les problématiques traitées.
La mission des médecins qui partent chaque samedi, dans les territoires
s’effectue en relation avec une ONG palestinienne. Ce jour il s’agissait de
« Palestinian Medical Relief Society ». Les médecins de cette association
palestinienne trouvent le lieu d’accueil et organisent le mode d’attente des
patients. Nous avions laissé la voiture à Jérusalem et pris le minibus des
médecins. Nous n’avons rencontré aucun check point sur le chemin, seul un
panneau rappelait l’interdiction formelle à tout citoyen israélien de se
rendre dans les territoires.
A notre arrivée les notables du village nous attendaient et après un bref
discours chaleureux de leur part, le Docteur Rafi Walden a répondu, évoquant
l’aspect historique du discours tenu par Barack Obama deux jours auparavant
au Caire et l’importance de vivre d’autres liens entre les deux peuples.
Puis tout le monde se mit au travail.
La première consultation à laquelle j’ai assisté était celle du Docteur
Walden et d’un médecin arabe israélien ; ils recevaient ensemble les
patients et le médecin arabophone traduisait en arabe les explications, les
diagnostics et traitements ; il a en outre réalisé sur place plusieurs
interventions de petite chirurgie sans beaucoup de moyens mais avec
précision et efficacité.
Dans la seconde consultation un médecin de famille israélien consultait avec
pour traducteur un jeune étudiant en médecine arabe israélien qui poursuit
ses études à Amman.
Dans la troisième consultation un pédiatre israélien consultait avec une
infirmière qui traduisait en arabe et un second médecin arabe israélien.
Il y avait, je crois, un quatrième lieu de consultation mais je n’ai pu y
aller.

Malgré l’afflux de patients l’organisation de la journée était efficace et
souriante. Les médecins de l’ONG palestinienne organisaient la répartition
des patients, leur arrivée en ordre dans le bureau de consultation ; parfois
ils introduisaient un second patient alors qu’un premier était là car il
leur semblait urgent de le faire examiner. L’ambiance était sereine. Les
patients entraient et présentaient rapidement avec une grande confiance
l’origine de leur problème. Certains venaient à deux pour consulter pour
eux-mêmes et pour leur enfant .Le rythme était rapide et finalement on peut
décrire trois types de propositions de soins lors de ces consultations :

 1) Si le problème posé pouvait être traité immédiatement ,le médecin
prescrivait et le patient allait dans la pièce centrale à la pharmacie
mobile gérée par des membres des deux ONG, qui délivrait immédiatement ce
qui était prescrit (ainsi l’impétigo d’un enfant très jeune immédiatement
mis sous antibiotiques locaux et administrés par voie orale)

 2) Si le problème nécessitait des examens complémentaires simples ou un
traitement simple non médicamenteux (talonnettes, kinésithérapie, laser…),
le médecin prescrivait et les médecins palestiniens expliquaient au patient
où aller en Palestine, la difficulté étant le coût des analyses ou du
traitement souvent trop cher pour les habitants de ce village pauvre.

 3) La situation devenait plus complexe devant les problèmes graves, et il
y en eu beaucoup ce jour-là, 5 pour le Docteur Walden, tels des
malformations orthopédiques congénitales importantes, ou le cas d’une jeune
fille ayant des paupières atrophiées et qui ne pouvait fermer les yeux
malgré deux interventions et risquait en conséquence des plaies importantes
et invalidantes de la cornée. Devant tous ces dossiers, le Docteur Walden
prenait les coordonnées de la personne et de ses parents. A son retour, il
allait devoir trouver le spécialiste à l’hôpital Tel Hachomer ou ailleurs,
orthopédiste ou ophtalmologiste, pour fixer un rendez-vous, à sa charge
aussi d’obtenir des autorités israéliennes le droit pour les patients de se
rendre à cette consultation en Israël.
Dans ce cas une question reste non résolue , celle de savoir qui assumera le
coût de l’intervention chirurgicale si la consultation en Israël la déclare
nécessaire.
A ce propos le Hamas refuse que les Palestiniens viennent en Israël se faire
soigner et actuellement le gouvernement de Ramallah a adopté la même
position. D’où l’interruption, par exemple, des chimiothérapies d’enfants
atteints de leucémies suivis en Israël.

La consultation s’est achevée vers 15h30. Je ne sais combien de patients ont
été vus, sans doute entre 150 et 200. Alors que nous allions partir, l’un
des membres de l’ONG palestinienne m’a dit qu’en moyenne 300 personnes
étaient reçues lors de ces consultations.
Cela peut sembler naïf d’écrire ainsi, mais pendant cette journée j’ai
vraiment senti, et d’autres me l’ont exprimé ainsi, qu’il n’y avait pas des
juifs et des arabes mais des médecins et infirmiers soucieux de soigner des
patients trop écartés des lieux de soins.
A notre retour nous n’avons rencontré qu’un check point, le chauffeur
palestinien a déclaré ne véhiculer que des touristes mais les deux soldats,
dont une jeune fille, ont voulu vérifier. Ils n’ont vu que de classiques
passeports israéliens, la soldate en a regardé quelques uns puis a
abandonné. L’atmosphère dans le minibus était plutôt à l’humour.

Durant cette journée, j’ai appris en outre que cette organisation avait
d’autres activités, peut-être moins médiatiques mais dont l’impact sur la
situation sanitaire dans les territoires palestiniens était encore plus
importante : ils prévoient ainsi d’accueillir en Israël en août 15 médecins
palestiniens pendant trois jours pour les former à la prise en charge de
l’urgence médicale. Ils vont notamment être accueillis dans le département
de simulation de l’hôpital israélien où l’on peut apprendre sur des
mannequins sophistiqués les gestes d’urgence et même les conduites de
traitement d’urgence.

Les autres activités ce cette organisation peuvent être retrouvés sur leur
site :
[->http://www.phr.org.il/phr/article.asp?articleid=24&catid=51&pcat=51&lang=ENG]