Salam Fayyad : « Qu’Israël soit juif ou pas ne nous regarde pas »


Ha’aretz, 17 août 2009

[->http://www.haaretz.com/hasen/spages/1107587.html]

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


« Le caractère d’Israël est du ressort d’Israël et de lui seul », nous
déclare Salem Fayyad.

« Le caractère d’Israël, en tant que caractère global qu’Israël aimerait
avoir, dépend de son propre choix. Il se caractérise de la manière dont il
le souhaite. Mais pourquoi soulever la question maintenant, alors que rien
d’autre n’est encore résolu ? Il n’est nul besoin de préciser, cependant,
que la façon dont Israël décide de se caractériser en tant que produit du
système politique en Israël, regarde Israël. Cette condition [reconnaissance
d’Israël comme Etat juif] ne figurait pas dans les accords d’Oslo, et je ne
vois aucune raison de fixer de nouvelles conditions pour entamer des
négociations. Jusqu’aujourd’hui, tout ce que nous avons reçu en échange pour
avoir reconnu la solution à deux Etats et stopper la lutte armée a été votre
reconnaissance de l’OLP en tant que représentant du peuple palestinien »
,
dit Salem Fayyad.

Fayyad, semble-t-il, préfère parler économie plutôt que politique. Ceux qui
le critiquent disent qu’il souffle sur la voile de la « paix économique »
offerte par son homologue Netanyahou.

Fayyad est au courant des critiques, mais dit que son objectif
est de prouver au monde que les Palestiniens sont capables de gérer un Etat
aussi bien que n’importe qui. Il est convaincu qu’un Etat bien géré et une
économie en croissance constituent le meilleur moyen pour arriver à créer un
Etat palestinien indépendant. Il fait remarquer qu’il est arrivé à gagner la
confiance des Etats donateurs : d’abord et avant tout celles des Etats-Unis
et de l’Union européenne. L’Arabie saoudite devrait verser bientôt 200
millions de $ à l’Autorité palestinienne.

« Créer un gouvernement bien géré est un but en lui-même, mais signifie
aussi la fin de l’occupation »
, dit Fayyad.

Fayyad note que la croissance de l’économie palestinienne a dépassé toutes
les attentes, mais exprime le regret qu’il ait fallu si longtemps pour
déménager quelques dizaines de barrages routiers qui ont fait obstacle à
cette croissance pendant de nombreuses années. Il a aussi du mal à
comprendre pourquoi Israël s’encombre de petits détails comme tel ou tel
barrage routier, alors qu’il a reconnu qu’ils n’étaient pas nécessaires.

Il est également temps pour l’armée israélienne de mettre un terme à ses
fréquentes incursions dans les villes palestiniennes. Cela sabote les
efforts de l’Autorité palestinienne à faire régner l’Etat de droit et viole
de façon flagrante l’engagement d’Israël à respecter la Feuille de route,
dit-il.

Fayyad ne comprend pas non plus pourquoi le blocus de Gaza continue. Chacun
sait que le statu quo ne marche pas, alors, pourquoi Israël s’obstine-t-il
dans cette politique, demande-t-il.

Interrogé sur la question de savoir s’il pouvait affirmer avec une certitude
absolue que les services de sécurité de l’Autorité palestinienne sont
crédibles, Fayyad admet avec franchise qu’au début, il considérait que le
désir de donner aux Palestiniens des forces de sécurité lui paraissait être
mission impossible. Bien que sachant très bien qu’il serait accusé de
servir de sous-traitant de l’armée israélienne, il dit avoir décidé qu’il
était impératif d’inaugurer une ère nouvelle et de persuader son peuple que
la constitution d’une force de sécurité était avant tout pour la sécurité de
ses propres enfants.

« Je me suis rendu compte que la sécurité était comme une colle qui faisait
adhérer une économie en renaissance et une bonne gouvernance, avec en vue la
liberté pour le peuple palestinien »
, dit-il. L’expansion des colonies
israéliennes en Cisjordanie a sapé la confiance des Palestiniens dans le
processus de paix, ajoute-t-il : « ls constatent que 16 ans après les
accords d’Oslo et six ans après la Feuille de route, les colonies continuent
de grandir et qu’Israël ne respecte pas ses engagements. Je crois en la
solution de deux Etats. Stopper la colonisation constitue la clé pour
parvenir à cet objectif. »

Q. Le ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a déclaré que les
résolutions du Congrès du Fatah suscitent de sérieux doutes quant à la
possibilité de parvenir à un accord final. Ehoud Barak, ministre de la
défense, a lui aussi fait part de sa déception.

S. F. Votre partenaire pour conclure un accord est l’OLP. Israël a négocié
avec l’OLP et reçu son engagement de stopper la violence. Il n’existe pas
d’autre partenaire. La congrès du Fatah a été une démonstration de force et
a renforcé les rangs du Fatah, sa principale composante. Après de
nombreuses années de difficultés, le Fatah a réussi à réunir des
représentants de la Palestine venus du monde entier. Je n’en suis pas
membre, mais j’ai assisté à la session d’ouverture et j’étais très ému.

Salem Fayyad a loué Israël pour avoir permis aux délégués du Fatah de venir
à Bethléem, et a dénoncé le Hamas pour avoir interdit aux délégués de Gaza
d’assister à un événement d’ampleur nationale.

Selon lui, les pourparlers de paix devraient reprendre du point où ils en
étaient sous me gouvernement Olmert/Livni. Il serait absurde de tout
recommencer depuis le début, dit-il : « Je suis moi aussi contre le fait de
remettre les pourparlers sur Jérusalem et les réfugiés aux calendes
grecques. Il faut mettre fin à ce conflit, et pour ce faire, nous devons
trouver une solution pour toutes les questions clés »
, dit-il.

Au bout du compte, l’intervention de la communauté internationale et des
Nations unies seront nécessaires, dit Fayyad. « Nous comptons sur le droit
international et le consensus des nations pour dire que les territoires
palestiniens sont une terre occupée. Je pense que le président Obama va
bientôt présenter son plan. C’est une occasion à ne pas manquer.

Concernant Gilad Shalit, le soldat israélien enlevé et détenu par le Hamas,
Fayyad dit : « Je mesure pleinement la douleur, bien sûr. En particulier de
la part des parents et de la famille. « 
Il ajoute qu’il pense aussi au sort
des parents des prisonniers palestiniens, avec qui il s’entretient tous les
jours : « La douleur d’une mère est la langue commune à toutes les mères. Le
principe de l’accord est clair pour les deux côtés, et il est temps d’en
finir avec cette affaire. La libération de prisonniers ne peut pas être
quelque chose qu’on peut repousser après la signature d’un accord final, il
faut s’en occuper aujourd’hui. »