Reportage depuis le champ de bataille de Jérusalem-Est

Thème : Jérusalem

Huffington Post
mis en ligne le 29 juin 2010
par ’Hagit Ofran

Huffington Post, 28 juin 2010

Sur le site du Huffington Postfrom-the-battlef_b_627892.html

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Dans la dernière livraison, nous parlions d’une "Jérusalem-Est inflammable". Cela est en train de se produire sous nos yeux, dans l’indifférence générale. Pour quelles "raisons de sécurité", sinon pour assurer l’emprise des colons sur Jérusalem-Est et, en conséquence, saper un peu plus encore la solution de deux peuples deux Etats ?

"Il y a un problème à Silwan". M, un ami palestinien de Silwan, m’informait la nuit dernière par téléphone. Presque cheque soir depuis ces dernières semaines, il y a eu des heurts à Silwan entre la police, les gardes (privés) et les habitants. Cette fois, cela avait l’air sérieux. M. rapportait des blessés et des ambulances retardées. Je décidai d’aller voir de près. La plupart de mes voisins, à Jérusalem-Ouest, ne savent rien de tout cela et ne savent même pas à 5 mn en voiture, à Jérusalem-Est, il y a des quartiers palestiniens avec des dizaines de milliers d’habitants, dont le quartier de Silwan, qui depuis un mois sont au centre de heurts avec la police et les colons.

Quand je suis arrivée sur place, la situation avait "chauffé" : une force de la police des frontières, armée jusqu’aux dents, courait à travers les allées étroites du quartier, accueillie par une volée de pierres. Ils hurlaient, tiraient des grenades lacrymogènes et parfois, aussi, à balles réelles.

Au bout de 3 heures seulement de tirs, de pierres, de gaz et de nombreux blessés évanouis, suffoqués ou touchés par des balles, le quartier se calma. La police « accepta » de quitter les lieux à condition que tous les habitants rentrent chez eux. Au moment même où la police partit, tout se calma. Mais pour Muhammad al-Qawasmi, il était trop tard. Touché par une balle en caoutchouc, il avait perdu un œil.

Comment tout cela a-t-il commencé ? D’après des témoignages d’habitants, c’était encore un groupe de gardes d’une société privée qui protège les colons à Beit Yonatan qui marchait dans les rues de façon provocante. D’après plusieurs témoignages, les gardes ont craché sur des enfants palestiniens. D’après d’autres témoignages, ce sont les enfants qui ont insulté les gardes. Quoi qu’il en soit, il y eut friction, puis confrontation, au cours de laquelle des pierres ont été jetées sur les gardes, qui n’ont pas hésité à tirer en l’air.

Puis sont arrivées les forces de la police des frontières, qui accompagnèrent les gardes au domicile de la famille Abou Nab, qui se trouve mêlée à une affaire judiciaire contre les colons concernant la propriété de leur maison. Récemment, le député Uri Ariel (Union nationale, extrême droite) annonçait l’intention des colons de pénétrer de force dans leur maison [1]. D’après le témoignage d’habitants, les gardes et la police cassèrent les volets et les fenêtres de la maison et y jetèrent une grenade lacrymogène.

Le gaz lacrymogène n’est pas une substance anodine. Il provoque un état proche de la suffocation et de graves brûlures aux yeux. Lancé à l’intérieur d’une maison, il représente un réel danger. A ce moment, les membres de la famille se trouvaient à l’intérieur, dont des femmes et des enfants en bas âge, évacuès de la maison, toussant et effrayés.

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A la lumière des intentions déclarées des colons d’évacuer cette famille, tout le monde était sûr qu’il s’agissait d’une infiltration par les colons : la famille sort de la maison à cause du gaz, et les gardes et la police, déjà à l’intérieur de la maison, s’en emparent. (...). Finalement, la famille Abou Nab réintégra la maison. L’attaque était devenue encore une provocation des colons qui, apparemment, voulaient faire monter la tension à Silwan. En ce moment, Jérusalem-Est est extrêmement tendu. Le moindre geste est perçu comme une provocation.Une semaine après l’annonce par le maire de son intention de démolir des maisons à Silwan pour y construire un parc biblique et des rumeurs persistantes du début de la construction du Sheperd Hotel au cœur du quartier palestinien, les choses semblent proches de l’explosion. Autre chose : cette fois, comme hier, la police de frontières a profité de la situation pour mettre à sac le quartier. Une jeep de la police a écrasé des voitures palestiniennes garées dans la rue. Pourquoi ? Pour quelles raisons de sécurité ? En fait, tout simplement, Silwan et Jérusalem-Est sont loin du cœur et de l’esprit des médias israéliens et de l’attention générale. La police se sent au Far West, comme si personne ne lui fera quoi que ce soit. Espérons que d’autres yeux examineront de plus près ce qui se passe dans cette zone du conflit.