Rencontres de familles israéliennes et palestiniennes endeuillées

Thème : Comprendre l’Autre Initiatives de coopération et de coexistence

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 23 septembre 2008
par Anat Shalev

Des victimes des deux côtés du conflit israélo-palestinien se rencontrent pour partager leurs expériences et raconter leurs douleurs. Pour le président du « Cercle des Parents », "la promotion du dialogue entre gens ordinaires est la clé du changement"

Yediot Aharonot, 21 septembre 2008

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Ce week-end, une série de rencontres entre des familles juives et palestiniennes s’est déroulée sous les auspices du « Cercle des Parents », un groupe qui fait le lien entre des familles en deuil des deux côtés.

Les Palestiniens ont écouté les récits de familles ou d’individus dont des proches ont été tués par des roquettes, les Israéliens ont écouté les récits de parents qui ont perdu un enfant dans le village palestinien de Naalin. Les deux groupes étaient d’accord sur un point : il faut la paix pour que le massacre cesse.

"Notre association est singulière", dit Nir Oren, le co-président israélien du Cercle des Parents. "Tout le monde a perdu un proche avec ce conflit. Chacun d’entre nous œuvre pour la paix afin qu’aucun des deux côtés ne voie s’allonger la liste des familles endeuillées."

Nir Oren dit que, samedi, un groupe de 20 Palestiniens et de 10 Israéliens s’est rendu au kibboutz Kfar Aza (près de la frontière avec la bande de Gaza, ndt), au domicile de feu Jimmy Kdoshim, tué par un obus de mortier. "La rencontre a été passionnante, et tout le monde a compris la douleur de la famille de Jimmy et avec la peur des roquettes qui menacent ce kibboutz", dit-il.

La deuxième rencontre a eu lieu dans le village de Naalin. Le groupe a visité les domiciles d’Ahmed Moussa et de Youssef Amera, tués lors de manifestations contre la construction de la barrière de sécurité israélienne : "Ils nous ont décrit comment cette barrière affecte leur vie quotidienne, nous avons visité la zone où elle doit être construite et entendu leurs objections."

Oren : "Nous avons affaire à des gens qui sont en train de perdre leur gagne-pain. Le père d’Ahmed nous a dit que ce qui l’intéressait, c’était la paix, sa terre, et que celui qui a tiré sur son fils soit jugé. Cela ne fait que 40 jours et, déjà, son ton est à l’apaisement."

Oren ajoute : "Les habitants de Naalin comprennent les nécessités sécuritaires du mur, ils ne se battent que pour modifier son tracé. Dans le groupe israélien, il y avait même un colon qui nous a raconté comment se passait la vie avec les Palestiniens de ce village."

Que le dialogue se poursuive

Après cette rencontre, une cérémonie était organisée à Beit Jala, où des militants pour la paix ont été à l’honneur pour leur travail. L’un d’entre eux était Ismail Hatib, qui a fait don des organes de son fils à un Israélien. Hatib : "La chose la plus importante dans ce monde est la vie humaine. Si j’ai perdu mon fils et que je peux aider un autre être humain, israélien ou palestinien, c’est cela qui compte."

Le co-président [palestinien] du Cercle, Abou Awwad, parle des expériences de sa délégation en visitant le kibboutz Kfar Aza : "Avec les habitants, nous avons parlé de la coexistence et de la coopération agricole qui existaient avant l’an 2000, et du fait que le seul contact aujourd’hui passe par la violence."

"Plus tard, nous avons rendu visite à la veuve de Jimmy Kdoshim. Il a été très difficile de l’entendre parler de son expérience. Elle vit avec les images du drame, et nous pouvons être en sympathie avec elle parce que tous, nous connaissons cela. Mes frères ont été tués par l’armée israélienne. Chacun, dans la délégation palestinienne, a éprouvé de l’empathie et s’est ouvert sur ses propres expériences."

"Ce qui rend son histoire encore plus tragique, c’est qu’elle et son mari travaillaient à la paix et à la réconciliation entre les deux côtés. Nous avons discuté des différents aspects de la situation et de la manière dont nous pouvions promouvoir le dialogue. L’essentiel est que le dialogue se poursuive entre nous, les gens ordinaires. Il faut que nous nous comprenions, car le gros problème est que nous n’aimons pas l’autre, le différent. Quand nous aurons changé cela, nous pourrons agir vraiment."