Quelques questions qui fâchent à Ehoud Olmert

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 12 mars 2007
par Shaul Ariéli

En refusant de répondre aux questions qui fâchent et même de les aborder, dont certaines sont posées par Arieli dans cet article, Olmert contribue à geler la situation. Comme on pouvait s’y attendre, la réunion d’hier (dimanche) avec Abbas n’a strictement rien donné. Il se pourrait bien que cette attitude ne lui laisse que le Hamas et le front du refus comme seul interlocuteur dans la société palestinienne

Yediot Aharonot, 10 mars 2007

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Par le refus justifié d’Israël de parler au Hamas, et par le refus destructeur d’Olmert de donner toute substance à ses rencontres avec Mahmoud Abbas, une situation désastreuse est en train d’émerger, désastreuse pour les pragmatiques des deux côtés qui souhaitent avancer vers une solution.

La politique de Sharon et Mofaz, menée "au nom de la sécurité", sera un obstacle sur le chemin de la stabilité nécessaire pour entamer un processus, et sera même utilisée par les radicaux pour lui faire échec.

Si Olmert cherche encore à faire sortir le processus diplomatique du formol où l’ont placé ses prédécesseurs, par la "Feuille de route" et par le "plan de désengagement unilatéral", voici une liste non exhaustive de questions auxquelles il aura à répondre :

Y a-t-il une chance pour que les dernières personnalités laïques parmi les dirigeants de l’Autorité palestinienne acceptent le détachement qui se poursuit de la Jérusalem Est arabe, y compris ses lieux saints, de l’espace vital palestinien ?

Y a-t-il quelqu’un, de l’autre côté, qui accepterait la poursuite de l’effondrement économique et social de Jérusalem, résultat de sa coupure de son tissu social naturel et quotidien que connaissait la zone métropolitaine palestinienne qui s’étendait de Naplouse à Hebron ?

Y a-t-il un seul dirigeant palestinien qui accepterait la séparation de la Cisjordanie en deux parties, par une enclave qui comprendrait Ma’aleh Adoumim, enclave plus grande que Tel-Aviv ? Et Israël démantèlerait-il le Mur, qui a coûté des centaines de millions ?

Israël démantèlera-t-il les énormes terminaux construits pour les Palestiniens à Kalandiya, Gilo, et al-Zaim ? Construira-t-il un nouveau mur entre quartiers israéliens et palestiniens, ou permettra-t-il aux Palestiniens d’entrer librement dans Jérusalem et de là en Israël, ce qui ferait de toute la clôture de sécurité un énorme éléphant blanc ?

Comment un dirigeant palestinien, quel qu’il soit, accepterait-il que continue le régime des autorisations de déplacement mis en place près des zones tampon, où plus de 95% des Palestiniens n’ont pas le droit d’être présents dans la zone comprise entre la clôture et la ligne Verte ?

Et que se passerait-il ? Le gouvernement israélien annulerait-il ce régime purement et simplement et permettrait-il à tout Palestinien de traverser cette zone et de continuer sans interruption pour se retrouver en Israël, ou essaierait-il de déplacer vers l’Est les terres palestiniennes et les milliers de Palestiniens qui s’y trouvent encore, au prix d’encore quelques bons milliards ? (sans parler du coût humain, ndt).

Y a-t-il une chance pour qu’un gouvernement palestinien, même dirigé par le seul Fatah, accepte que continue l’existence de la zone H2 à Hebron (le quartier juif au coeur de la ville, qui fait tant de bruit, ndt), devenue ville fantôme où des dizaines de milliers de Palestiniens rasent les murs de peur de se faire agresser par des colons fanatiques ?

Comment les représentants de l’Etat pourraient-ils revenir sur les considérations de sécurité qu’ils ont présentées à la Haute cour, arguant qu’il n’y a pas de sécurité sans séparation ? Et puis, y a-t-il quelqu’un pour penser sérieusement qu’il serait plus logique et possible s’évacuer 35.000 Palestiniens plutôt que 500 colons israéliens ?

Et alors, alors seulement, regretterons-nous d’avoir confié aux mains d’une poignée de ministres sans aucune vision de l’avenir la continuité d’une présence belliqueuse et voleuse censée maintenir le lien du judaïsme à la ville de ses ancêtres, même en cas de paix ?

Comment les Palestiniens accepteraient-ils le régime des routes mis en place aujourd’hui, qui leur interdit tout déplacement sur la plupart des grandes artères de Cisjordanie, artères construites sur des terres qui leur ont été confisquées ?

Comment Israël permettra-t-il le libre déplacement des Palestiniens depuis la ligne Verte vers les grandes villes palestiniennes, sur des routes qui ont été, sans réelles raisons de sécurité, repoussées dans des zones tampons, comme les autoroutes 443, 60, 5 et 446 ? Et que vont proposer les architectes de l’annexion, "au nom de la sécurité" : des postes d’inspection sur chaque route, qui coûteraient des dizaines de millions ? Des routes séparées pour les Juifs et les Arabes, avec au milieu un mur, sur le modèle de la route que l’on est en train de construire à l’Est de Jérusalem ? Ou devront-ils démanteler des dizaines de kilomètres de clôture construits sans raison (voir la décision de la Haute cour concernant la barrière de ciment au Sud du Mont Hebron) ?

Comment Saeb Erekat (négociateur en chef de Mahmoud Abbas, ndt) accepterait-il que se poursuive le détachement de la Vallée du Jourdain de l’espace vital palestinien, détachement effectué par un système de check points opérés par de seuls ordres oraux, et non par écrit ? Israël pourra-t-il continuer à empêcher les "propriétaires absents" palestiniens de retourner depuis la Jordanie sur les terres dont ils sont propriétaires dans la Vallée du Jourdain ?

Tout comme Sharon et Mofaz en leur temps, Olmert pense lui aussi que le front palestinien du refus offre à Israël le temps nécessaire pour créer une situation où "de nouveaux faits accomplis sur le terrain" renforceraient la position du président Bush, à savoir qu’il serait irréaliste de s’attendre à ce que le résultat de négociations soit un retrait total sur les frontières de 1949 (ou du 4 juin 1967, ce qui revient au même, ndt).

Mais si la politique décrite ci-dessus continue longtemps, Olmert va se rendre compte que, pendant qu’il s’occupe d’affaires futiles, ses manoeuvres ne font que contribuer à la perpétuation d’un conflit auquel les radicaux ont grand intérêt, et donner au Hamas le temps dont il a besoin pour s’établir dans la société palestinienne sans autre alternative modérée.