Que les colons ne nous racontent pas d’histoires

Thème : Colonisation, yesha Retrait de Gaza

Ha’aretz
mis en ligne le 24 août 2005
par Nehemia Strasler

la polémique sur les indemnités accordées aux colons enfle. Nehemia Strasler s’insurge ici contre leur chantage au misérabilisme, chiffres à l’appui

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Ha’aretz, 23 août 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Un Martien qui lirait la presse, écouterait la radio et regarderait la télévision pourrait en conclure que le retrait de Gaza s’est effectué avec une inconcevable dureté, par une armée de conquérants sans coeur, qui s’est jetée sur un groupe d’innocents pour les traîner hors de leurs maisons, sans préparation, sans avertissement, sans compensations, sans assistance, et pour les condamner à un exil cruel avec sans rien d’autre que leurs chemises sur le dos.

Les colons ont le truc pour se transformer en arroseurs arrosés [1]. Ils se présenteront toujours comme ceux à qui l’on a fait du tort, les malheureux qu’on a maltraités, la minorité opprimée. Or, c’est le contraire qui est vrai. Ils se plaignent de tout : qu’"aucune solution" ne leur a été proposée, que les logements provisoires ne conviennent pas, que la caravane double est trop petite, que les hôtels sont trop pleins, que les bébés n’ont ni lait en poudre ni tétines.

Ils se font d’ailleurs tellement de souci pour leurs enfants qu’il y a à peine quelques jours, ils les ont placés bien en avant du combat. Quelques-uns ont affublé leurs enfants d’étoiles jaunes et les ont poussés devant les caméras. L’un d’eux tenait son bébé hors d’une fenêtre, et nous avons tous tremblé à l’idée qu’il pourrait soudain le lâcher.

Pleins d’arrogance, ils n’ont pas estimé nécessaire de faire leurs cartons. Que les soldats (les "carpettes", comme les appelait l’un des colons) le fassent pour eux. Car ils sont les maîtres de la terre, et l’armée est là pour les servir.

Occupés à se plaindre, ils ont oublié que, jusqu’à la dernière minute et même au-delà, ils ont cru qu’une intervention divine empêcherait le désengagement. Ils ont oublié que depuis le mois de février, quand la loi dite de "compensation/évacuation" est passée à la Knesset, les officiels chargés du désengagement leur ont couru derrière pour leur parler, et qu’ils ont refusé.

A l’origine, le Trésor avait alloué 3,5 milliards de shekels pour les colons évacués. Mais ceux-ci sont venus avec des avocats et des exigences. Finalement, leurs terrains ont été évalués à la hauteur de ceux de Kiryat Gat [2]. Leurs maisons ont été évaluées à 1.000 $ le m2, et ils ont reçu des indemnités pour chaque année de résidence dans la bande de Gaza, plus un congé de 6 mois payé par l’Etat, plus une retraite pour les plus de 55 ans, plus une aide à la location pendant 2 ans.

En moyenne, une famille évacuée recevra 450.000 $. Ceux qui ont habité là-bas pendant 2 ans, pour un loyer quasiment gratuit, recevront 150.000 $. Joli investissement s’il en est !

L’idée était qu’ils prendraient l’argent, et se reconstruiraient un avenir sans se plaindre. Mais les colons savaient qu’ils pouvaient extorquer davantage d’Ariel Sharon. Ils ont donc inventé l’idée de la communauté. Maintenant, ils veulent déménager en bloc, et que l’Etat construise pour eux cette communauté. En d’autres termes, ils vont recevoir une indemnité, une aide à location et, en plus, obtenir de l’Etat qu’il fasse tout pour eux.

Et Ilan Cohen, directeur général du cabinet du Premier ministre, bat de nouveaux records : il propose de créer une réplique exacte de [la colonie de] Neve Dekalim, avec toutes ses institutions, de sorte que tous les fonctionnaires y retrouvent leur emploi.

Ceci est une honte absolue et un gaspillage de fonds publics. A Ashkelon [3], il y a 1.200 maisons en lotissement, proches de la mer. Il y a de bonnes écoles, des routes et des infrastructures. Mais cela n’est pas assez bon pour les seigneurs de la terre.

Les habitants d’Elei Sinai, eux aussi, veulent davantage. Ils ont monté un village de tentes près de Yad Mordekhai, alors que de belles maisons à louer les attendent, qu’ils pourraient habiter en attendant que leurs maisons soient construites. Ils veulent aussi déménager en bloc, avec toutes leurs institutions, et des super caravanes, car c’est ce qui revient aux seigneurs de la terre.