Plus important que le rapport Baker - Hamilton

Thème : Abbas pour partenaire ? Diplomatie États-Unis

Ha’aretz
mis en ligne le 11 décembre 2006
par Akiva Eldar

Beaucoup de bruit en Israël autour du rapport Baker - Hamilton (pour l’encenser à gauche ou le critiquer à droite). Pour pas grand-chose, écrit Eldar, car le monde n’a pas attendu ce rapport pour changer. La solution est probablement déjà là, il suffit de regarder.

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Ha’aretz, 11 décembre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Dans une interview donnée il y a quelques semaines au site arabe al-Harir, on a demandé à Khaled Mesh’al s’il n’était pas inquiet de voir le peuple palestinien tourner le dos à son organisation si celle-ci ne changeait pas de position. La courte réponse du chef du bureau politique du Hamas est bien plus importante en ce qui nous concerne que les 160 pages du rapport Baker-Hamilton, présenté la semaine dernière au président Bush et au Congrès américain.

"Notre peuple n’aura aucun grief vis-à-vis de ses dirigeants car il sait qu’actuellement, il n’existe aucune initiative diplomatique que nous aurions laissé passer," a déclaré Mesh’al. "Le peuple s’est tourné vers la résistance pendant la première et la deuxième Intifada, et fera la même chose une troisième fois, puisque Israël a claqué toutes les portes et fermé tous les boulevards." Le leader du Hamas a exprimé sa confiance que, tant que les portes resteront fermées, "la force de la résistance" continuera à bien se porter.

En d’autres termes, Mesh’al confirme que l’impasse politique, comme le retrait unilatéral de la bande de Gaza, constituent la meilleure des publicités pour le front palestinien du refus. On peut le reformuler ainsi : une option diplomatique est le dernier rempart contre l’alliance sunnite-chiite qui est en train de se former dans la bande de Gaza et de s’étendre vers la Cisjordanie. Nul besoin d’experts pour savoir que même si Israël n’est pas la raison de tous les conflits de la région, c’est lui qui anime les islamistes radicaux. Et il sera aussi l’un des premiers qu’ils chercheront à écraser.

Avec toute la meilleure volonté du monde à l’égard de nos amis, le besoin des Américains de se débarrasser du fardeau de l’occupation en Irak n’est pas une raison pour se retirer des territoires qu’Israël occupe depuis 40 ans à la suite d’une guerre qui lui a été imposée. Et les Israéliens ne renonceront pas au Golan parce qu’un document qui traite des ennuis américains en Irak recommande la reprise des négociations avec la Syrie.

Le renforcement de l’opposition arabe face à l’Iran - quelle que soit son importance - n’est pas un argument qui convaincra des milliers de Juifs de quitter leurs maisons. Des développements politiques aussi spectaculaires, qui impliquent un pari politique audacieux, ne peuvent pas seulement être un ingrédient d’une recette américaine.

Israël n’a nul besoin d’une recette américaine, de même que la commission Baker - Hamilton n’avait pas besoin de réinventer la roue, comme si le monde n’avait pas bougé en 15 ans, depuis la conférence de Madrid. Si les membres de cette commission s’étaient donné la peine de consulter les archives des Nations unies, ils auraient trouvé dans la transcription de la réunion du Conseil de Sécurité du 21 septembre 2006 la déclaration suivante : "Je rappelle ce que Itzhak Rabin avait dit à la Knesset en 1993 : ’Nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol, la même terre’. Je sais que le fait de citer ces mots de Rabin me causera des ennuis dans mon pays, mais ce sont des mots de vérité." L’orateur était le ministre des affaires étrangères du Qatar, Sheikh Hamad Bin Jassem Bin Jabr Al-Thani.

Un peu plus tôt, Sheikh Khalid Bin Ahmed Al-Khalifa, ministre des affaires étrangères du Bahreïn, s’était exprimé au nom de la Ligue arabe. Aucun gouvernement israélien ne doit ignorer ces propos, qui n’ont pourtant pas retenu l’attention des médias : "Les Etats arabes sont prêts à considérer qu’il est possible de mettre fin au conflit israélo-arabe ; ils sont prêts à signer un accord de paix avec Israël ; ils sont prêts à établir des relations normales et entières avec Israël dans le cadre d’une paix globale." Le ministre a aussi donné le prix : "Un retrait total d’Israël des territoires arabes occupés, une solution juste et mutuellement acceptée du problème des réfugiés sur la base de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies, et l’acceptation de la création d’un Etat palestinien indépendant et souverain avec Jérusalem sainte pour capitale."

La formule présentée comme position de la Ligue arabe (y compris la Syrie et la Libye), ne se limite pas à la "normalisation", comme le mentionnait la résolution de Beyrouth en 2002, mais promet des relations "entières" avec Israël. Le prix, d’un autre côté, a considérablement baissé par rapport à la résolution de Beyrouth. Sheikh al-Khalifa, au nom de la Ligue arabe, se contente d’un "retrait total" sans souligner qu’il s’agit des lignes du 4 juin 1967, ou des lignes internationales. Une fois de plus, la formule ne mentionne pas l’évacuation des colonies, et laisse une place à la possibilité d’un échange de territoires. Et, encore une fois, Israël se voit accorder un droit de veto sur la question des réfugiés.

Parfois, la réponse se trouve sous votre nez. Il faut simplement prendre la peine de regarder - avant que les lumières soient éteintes.