Pas de blocs de colonies sans accord de paix !

Thème : Colonisation, yesha

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 8 mars 2006
par ’Hagit Ofran

Un curieux consensus est apparu en Israël, qui touche même les travaillistes : on pourrait construire dans les « blocs de colonies », même sans accord de paix (et peut-être même surtout sans accord de paix). Cet article démontre le danger de cette position, qui participe d’une certaine fuite en avant, phénomène bien connu en Israël où l’on a tendance aujourd’hui à privilégier une approche unilatérale, en particulier depuis la victoire du Hamas

Yediot Aharonot, 7 mars 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

[Un curieux consensus est apparu en Israël, qui touche même les travaillistes : on pourrait construire dans les « blocs de colonies », même sans accord de paix (et peut-être même surtout sans accord de paix). Cet article démontre le danger de cette position, qui participe d’une certaine fuite en avant, phénomène bien connu en Israël où l’on a tendance aujourd’hui à privilégier une approche unilatérale, en particulier depuis la victoire du Hamas]

Yediot Aharonot, 7 mars 2006

Pas de blocs de colonies sans accord de paix ! par Hagit Oferan

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Le programme électoral officiel du Parti travailliste comporte la phrase surprenante suivante : [Nous sommes pour] « des coupes importantes dans le budget des colonies isolées, mais pas dans les blocs de colonies ».

En d’autres termes, le Parti travailliste a décidé de soutenir la poursuite de la construction dans les colonies, mais « seulement » dans les gros blocs.

En apparence, c’est relativement raisonnable : les Palestiniens ont fait connaître, officiellement et officieusement, leur accord pour qu’interviennent des échanges de territoires, et se sont faits à l’idée de [l’annexion des] gros blocs de colonies, raisonnablement proches de la ligne Verte et qui pourraient accueillir la plupart des colons.

Mais en réalité, ce serait une erreur de bâtir dans ces zones. Une fois que nous aurons dépensé beaucoup d’argent et beaucoup construit, nous nous rendrons compte, à notre grande surprise, que nous aurons obéré toute possibilité de conclure un accord de paix et toute solution à deux Etats, et que ces blocs constitueront une raison pour que notre conflit avec les Palestiniens continue.

Les limites de ces blocs n’ont jamais été définies. C’est la barrière de sécurité qu’est en train de construire Israël unilatéralement qui les définit de facto.

Le « bloc d’Ariel », par exemple, s’étend sur un vaste terriitoire et s’enfonce dans le cœur de la Cisjordanie. Il inclut plus de 15 colonies, d’Ariel à l’Est (à plus de 20 km de la ligne Verte !) jusqu’à Kedoumim au Nord, Ma’aleh Shomron à l’Est et Ofarim et Beit Aryeh au Sud.

Un coin enfoncé au cœur de la Cisjordanie

Il est clair qu’un pareil bloc empêchera toute possibilité de continuité territoriale pour un futur Etat palestinien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Etats-Unis n’autoriseront pas Israël à inclure ce bloc à l’intérieur de la barrière.

Cela est également vrai du bloc de Ma’aleh Adoumim, qui forme une saillie coupant la Cisjordanie en deux tronçons, au Nord et au Sud. En outre, il isole Jérusalem Est du reste de la Cisjordanie. Ce bloc inclut le programme de construction « E-1 » qui prévoit de bâtir 3.500 logements entre Ma’aleh Adoumim et Jérusalem : l’objectif est bien d’isoler Jérusalem Est. [1]

Les Palestiniens ne peuvent en aucun cas accepter un accord qui leur refuse une capitale à Jérusalem Est. Couper cette ville de la Cisjordanie par des blocs de colonies (ceux actuellement en construction, et ceux qui sont en cours de planification) reviendrait à clouer définitivement le cercueil de tout processus de paix.

En cas d’absence d’accord de paix, il n’y aura de légitimité ni pour les colonies, ni pour les blocs de colonies. Même si Israël se retire unilatéralement, sans accord, les Palestiniens considéreront ces blocs comme un motif pour continuer leur lutte, et les blocs pourraient devenir l’objet d’un terrorisme constant.

Le reste du monde ne reconnaîtra pas, lui non plus, la souveraineté d’Israël sur ces blocs de colonies sans l’accord des Palestiniens et sans un règlement définitif du conflit. Les colonies en question pourraient ainsi subir le sort qu’ont connu celles de Gaza et du Nord de la Cisjordanie.

En outre, la Feuille de route, à laquelle se réfère officiellement le programme électoral de Kadima, stipule explicitement qu’Israël doit stopper toute construction dans les colonies dès la première phase (même la construction qui répondrait aux besoins d’une « croissance naturelle »). Or, Israël construit bien des appartements (5.300 en 2005) dans les blocs de colonies. Il ne peut donc pas prétendre avoir rempli ses obligations et exiger des Palestiniens qu’ils remplissent les leurs.

Il faut renforcer les Palestiniens modérés

Les critiques les plus acerbes émises par les Palestiniens qui sont partie prenante d’initiatives de paix comme Genève est que, du fait de leur acceptation officieuse de l’annexion de blocs de colonies [2], ils ont donné à Israël sa légitimité pour poursuivre son programme de construction dans les colonies.

Le Hamas en a fait un argument de campagne électorale très efficace : « 10 ans de négociations et de dialogue avec Israël ont doublé le nombre de colons dans les territoires. En revanche, cinq ans de lutte armée ont fait partir Israël de Gaza ».

Face au Hamas, Israël doit se comporter avec sagesse et ne pas faire le jeu de cette organisation, pour que nous ayons au moins une petite chance de connaître un semblant de calme.

La société peut encore changer de dirigeants, et Mahmoud Abbas est toujours à la tête de l’Autorité palestinienne.

Israël doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour renforcer les Palestiniens modérés et combattre les extrémistes. La seule manière, c’est par de véritables accords de paix qui déstabiliseront le Hamas et exerceront sur lui des pressions de la communauté internationale.

Ceux qui souhaitent développer les blocs de colonies doivent privilégier la conclusion d’un accord de paix définitif le plus tôt possible, afin de garantir à une majorité de colons de pouvoir demeurer en territoire israélien.