Obama : pro-israélien, pro-palestinien, pro-paix

Thème : Une autre politique est possible

par Gershon Baskin

Cela fait un moment que l’on attend un plan de paix d’Obama et de son administration. Voici une liste de 10 points établie Gerson Baskin, qui selon lui sont susceptibles de garantir sa réussite. Signalons que l’IPCRI, ONG israélo-palestinienne, travaille depuis longtemps sur ce sujet, et qu’il a été partie prenante (quoique offficieuse) de nombreuses négociations entre Israël et les Palestiniens.

Jerusalem Post, 31 août 2009

sur le site du JPost

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

La popularité du président Obama en Israël est la plus basse de tous les temps pour un président américain. Seuls 4% des Israéliens pensent qu’il est pro-israélien, d’après un sondage publié la semaine dernière dans le Jerusalem Post.

Si le président Obama n’a pas d’élections à affronter en Israël, et n’a pas a priori à s’inquiéter de ce chiffre, pour que ses plans de paix pour le Moyen-Orient réussissent, l’opinion israélienne devra être « acheteuse ». La société israélienne souhaite réellement la paix, même si dans le même temps, elle exprime des attitudes contre toute concession aux Arabes, en particulier aux Palestiniens. Les Israéliens, comme les Palestiniens, ont perdu toute confiance dans les processus de paix et tout espoir qu’il existe de l’autre côté un partenaire avec qui faire la paix.

Alors que le processus d’Oslo s’est attardé bien au-delà des dates prévues par les accords et que la violence a augmenté, les gens de la région et de partout dans le monde ont perdu patience. Ils ont aussi perdu foi dans la possibilité qu’une paix entre Israéliens et Palestiniens était possible. La position des Etats-Unis a toujours été que les Palestiniens et les Israéliens devaient désirer la paix davantage que les parties tierces. De fait, ils la désirent, mais ne savent pas comment s’y prendre et ne croient plus que ce soit même possible.

Les récentes informations concernant une montée du respect de la loi et une croissance économique en Cisjordanie ont apporté une lueur d’espoir à l’opinion israélienne. Mais est arrivé le congrès du Fatah, perçu comme un retour au temps où les Palestiniens rejetaient le droit d’Israël à exister.

Il est temps de regarder la réalité en face : les Israéliens et les Palestiniens ne pourront pas s’en sortir tout seuls. Même si Obama réussit à créer les conditions d’une reprise des négociations, elles seront vouées à l’échec dès qu’elles auront débuté. Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas ne passeront pas le cap de la première discussion substantielle sur n’importe quelle question stratégique d’importance : sécurité, frontières, Jérusalem ou réfugiés. Non qu’ils ne le veuillent pas (je crois fermement qu’Abbas comme Netanyahou souhaitent apporter paix et sécurité à leur peuple), mais parce qu’ils sont tout simplement incapables de se mettre d’accord sur l’une ou l’autre de ces questions.

Le président Obama n’aura d’autre choix que de faire avancer les négociations en mettant sur la table sa propre vision et un plan détaillé. Certains éléments fondamentaux, s’ils sont inclus dans ce plan, feront monter les probabilités d’un soutien par l’opinion israélienne. Le problème, bien entendu, est que ces mêmes éléments affaibliraient le soutien des Arabes en général et des Palestiniens en particulier.

Les dix points suivants pourraient apporter équilibre et clarté qui aideraient à s’assurer le soutien de l’opinion des deux côtés :

1. Pour les Israéliens, la clé est que le droit au retour se fasse vers l’Etat palestinien et non vers Israël. Un certain nombre de réfugiés pourraient être réinstallés dans des zones qui seront concernées par un échange de territoires, sur des terres qui étaient auparavant sous souveraineté israélienne. Il y a une contradiction de fond entre le principe de « deux Etats pour deux peuples » et le droit au retour en Israël. Le fait d’accepter ce principe ôte beaucoup de l’urgence d’une déclaration palestinienne selon laquelle Israël est l’Etat du peuple juif (déclaration qui apparaît de toute façon dans la Déclaration palestinienne d’indépendance de novembre 1988).

2. Une reconnaissance par Israël de sa part de responsabilité dans la création du problème des réfugiés et leurs souffrances est la clé d’une acceptation par les Palestiniens du droit au retour dans l’Etat Palestinien. Il serait utile qu’un groupe d’experts (palestiniens, israéliens et étrangers) travaillent à la formulation d’une déclaration qu’Israël adopte en ce sens.

3. Les Palestiniens, les Arabes et les musulmans doivent savoir qu’ils disposeront de la souveraineté sur le Haram al Sharif (Mont du Temple), y compris du contrôle de l’accès à leurs lieux saints. Ils accepteront les limitations à la construction et aux excavations si Israël accepte les mêmes limitations.

4. Israël doit disposer de la souveraineté sur le Quartier juif et le Mur des lamentations à Jérusalem. Les arrangements concernant la sécurité doivent être définis et garantis à Jérusalem avec le développement d’un modèle bilatéral de sécurité soutenu par les parties étrangères.

5. Il doit y avoir un calendrier avec des bornes clairement définies pour son application. Pour Israël, il doit y avoir une approche « fondée sur la performance » accompagnant le calendrier, où les Américains déterminent la transparence et la surveillance du calendrier d’application.

6. Il est essentiel de créer un mécanisme commun tripartite (Israël, Palestine, Etats-Unis) pour combattre les incitations à la haine dans les manuels scolaires. Cela devrait commencer par une invitation à Washington des deux ministres de l’éducation.

7. Les inquiétudes en termes de sécurité doivent être prises en compte des deux côtés, la sécurité des deux côtés étant co-dépendante et entremêlée. La souffrance de l’un des côtés génère les agresseurs de demain des deux côtés. Il n’existe pas de sécurité mutuellement exclusive, ceci est une légende qui appartient au passé. Des Palestiniens qui ont faim, cela signifie des attentats plus brutaux. Des Israéliens terrorisés, cela signifie un doigt plus rapide sur la gâchette et une plus grande probabilité de traitement déshumanisant.

8. La performance sécuritaire chez les Palestiniens étant centrale pour la poursuite du processus, il faut donner aux forces de sécurité palestiniennes les chances les meilleures, davantage de zones en Cisjordanie doivent être placées entre les mains de la sécurité palestinienne. Il est temps que les Américains créent un commandement tripartite commun et une salle d’opérations où la coopération israélo-palestinienne pourra s’étendre et être en même temps surveillée.

9. Pour le moment, Gaza ne fait pas partie de l’accord. Ce plan devra inclure de nouvelles élections pour le gouvernement de l’Etat de Palestine une fois qu’il aura été reconnu par Israël et/ou par les membres du quartet. La participation aux élections devra se fonder sur tous les partis qui reconnaissent l’Etat de Palestine dans ses frontières reconnues.

10. Le soutien au niveau international est essentiel. L’inclusion de l’Egypte et de la Jordanie d’abord, puis d’autres Etats arabes, donnera au plan davantage de crédibilité des deux côtés.

Ces dix principes contiennent la clé pour gagner le soutien des rues israélienne et palestinienne à ce plan de paix.

Le président Obama ne doit pas se laisser dissuader par le bruit que feront les opposants au plan des deux côtés. La majorité des Israéliens et des Palestiniens désire vraiment la paix, et si ces principes sont acceptés, le président Obama sera perçu comme pro-israélien, pro-palestinien et pro-paix.