Obama et Netanyahou : une trajectoire de collision

Thème : États-Unis

Ha’aretz
mis en ligne le 8 avril 2009
par Aluf Benn

Résumé des épisodes précédents : Netanyahou refuse toujours toute idée d’un Etat palestinien. Son ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman, pour sa part, a précisé qu’il ne se sentait lié que par la Feuille de route et certainement pas par Annapolis. Lieberman est interrogé tous les jours pour différentes affaires de corruption, blanchiment d’argent et autres joyeusetés, mais ne pas s’inquiéter : le ministre de la police appartient au même parti que lui. Le parti ultra-orthodoxe Shas considère toujours le fait de prononcer le nom de Jérusalem dans d’éventuelles négociations comme un blasphème. D’autres ultra-orthodoxes, n’ayant pas supporté de voir des femmes au gouvernement, ont cru bon de noircir leur photo. Les travaillistes sont totalement muets. Un autre parti dans la coalition dont la raison d’être est la poursuite intensifiée de la colonisation. Bref, une sympathique équipe au pouvoir en Israël qui refuse le principe d’un Etat palestinien et qui va directement se confronter à une équipe Obama qui, de son côté, a pris position en faveur de l’Initiative arabe et se prépare à la confrontation en briefant les membres du Congrès dont on sait que certains peuvent être sensibles à une offensive de charme de Netanyahou

Ha’aretz, 8 avril 2009

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Démarche sans précédent : l’administration Obama se prépare à une éventuelle confrontation avec Netanyahou en briefant les membres démocrates du Congrès sur le processus de paix et sur les positions du nouveau gouvernement israélien concernant une solution de deux Etats.

L’administration Obama s’attend à un clash avec Netanyahou à propos du refus par ce dernier de soutenir la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël.

Ces dernières semaines, des officiels américains ont briefé des membres démocrates du Congrès et préparé le terrain devant l’éventualité de désaccords avec Israël sur le processus de paix, selon des informations recueillies directement. Ces efforts de l’administration américaine se font essentiellement en direction du Parti démocrate, qui dispose de la majorité aussi bien au Sénat qu’à la Chambre des Représentants.

Ce briefing préventif est destiné à faire échouer une éventuelle tentative de Netanyahou de contourner l’administration et tenter de rallier le soutien du Congrès.

Le message envoyé aux membres du Congrès est que le président Obama est attaché à la sécurité d’Israël et qu’il compte poursuivre l’accord d’assistance militaire signé par son prédécesseur, George W. Bush. Cela dit, Obama considère une solution de deux Etats comme un élément central de sa politique au Proche-Orient, ainsi qu’il l’a répété lundi dans un discours en Turquie. Il a l’intention de demander à Netanyahou de remplir les obligations contractées par les gouvernements israéliens précédents : accepter le principe d’un Etat palestinien ; geler la colonisation ; évacuer les avant-postes illégaux ; assurer une aide économique et sécuritaire à l’Autorité palestinienne.

Les représentants de l’administration ont assuré aux membres du Congrès que les Palestiniens devraient, eux aussi, remplir leurs obligations, en conformité avec la Feuille de route et le processus engagé à Annapolis.

Selon des informations parvenues en Israël, l’administration américaine ne s’inquiète pas outre mesure des récentes déclarations du ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman, qui a rejeté Annapolis, ni de celles de Netanyahou faites pendant sa campagne électorale. Les représentants américains affirment qu’ils attendront d’entendre la position de Netanyahou quand il rencontrera Obama à Washington le mois prochain.

Par ailleurs, l’administration Obama n’est pas opposée à une reprise des négociations entre Israël et la Syrie, mais elle insistera pour que la piste syrienne ne soit pas utilisée par Jérusalem pour échapper à ses obligations prises dans le cadre du processus d’Annapolis.

Obama n’est pas pressé de faire jouer aux Etats-Unis un rôle de médiateur moteur entre la Syrie et Israël. L’engagement des Américains, que la Syrie comme Israël considèrent comme étant vital dans l’optique de progrès substantiels, demeurera conditionné aux progrès du dialogue entre Washington et Damas.

Concernant l’Iran, l’administration Obama prépare le terrain à une politique qui consisterait à distinguer entre le droit de l’Iran à disposer d’une technologie nucléaire, y compris l’enrichissement d’uranium effectué sous contrôle international, et la construction de l’arme atomique.