Non, tout ne va pas pour le mieux

Thème : Une autre politique est possible

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 5 novembre 2009
par Yossi Beilin

En dépit de développements apparemment positifs, le danger est là, écrit Yossi Beilin avec une touche d’ironie amère.

Yediot Aharonot, 3 janvier 2009

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

Traduction : Yoël Amar pour La Paix Maintenant

Dieu merci. Nous pouvons annoncer la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie, la poursuite des chantiers à Jérusalem Est et la garantie «  d’une vie normale » aux colons. Nous avons obtenu le quitus de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton après le refus d’Israël de geler la construction d’implantations (une erreur historique), nous sommes convaincus que Mahmoud Abbas traversera sans difficultés les élections palestiniennes, et on continue dans notre attitude « business as usual ».

Netanyahou est satisfait. Il a une coalition stable et disciplinée, il n’y a pas de crise en vue dans la relation israélo-américaine, et, le plus important, sa volonté d’affirmer son adhésion à une solution à deux Etats a fait de lui un membre du « camp de la Paix ». Il continue même à citer son discours de l’Université Bar-Ilan comme s’il avait découvert que la terre n’était pas plate, ce que tous pensaient jusqu’alors.

Il est difficile de croire que les choses vont si bien. Les Etats-Unis ont abandonné l’exigence d’un gel de la colonisation et laissé Abbas insister pour qu’un tel gel soit un préalable aux négociations, tandis que Netanyahrreu ne présente aucune exigence préalable. Hillary Clinton rencontre Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères, comme s’il s’agissait de Moshe Sharett ou d’Abba Eban (anciens ministres travaillistes des affairesn étrangères, réputés comme ayant été "colombes" - ndt). Elle sourit, serre des mains, va parler aux caméras de télévision mais sait que Lieberman peut dire tout ce qu’il veut sur ses conseils au premier ministre concernant les Palestiniens, le rapport Goldstone etc. Elle sait que Netanyahu écoutera attentivement et que cela se terminera en éclat de rire quand Lieberman aura quitté la pièce.

Donc le monde entier est contre nous. La belle affaire ! Il l’a toujours été et il le sera toujours, même si nous faisons la paix. La Grande-Bretagne bloque notre demande d’intégration à l’OCDE, l’Europe refuse d’acheter des produits provenant des territoires occupés, nous avons des prises de bec avec la Norvège et la Suède, nos relations avec la Turquie sont au plus bas et l’émirat de Bahreïn prépare une loi interdisant toute relation avec des Israéliens. Et alors ? On a connu pire, et, après tout, on a même déjà triomphé d’un pharaon.

Et si, Dieu nous en préserve, Abbas acceptait de négocier sans exigences préalables ? Ou s’il acceptait un compromis sur la question des implantations ? Pas la peine de s’alarmer à ce sujet pour l’instant

Et si Abbas venait à accepter de négocier ? Nous pouvons formuler notre politique sur la base des refus habituels de ceux d’en face. On pourra aussi chanter les louanges de la politique d’apaisement vis-à-vis de l’Iran basé sur le postulat qu’Ahmadinedjad n’acceptera aucune proposition. Et si Abbas décide de reprendre les négociations, on pourra toujours dire non sur Jérusalem ou sur le problème des réfugiés, faire l’union sacrée et jeter la responsabilité de tout sur les autres. Tout est affaire de communication ! Un autre discours à l’ONU ou à Bar-Ilan pourra résoudre le problème.

Et si, Dieu nous en préserve encore, nous assistons à une nouvelle explosion de violences résultant de l’impasse diplomatique actuelle ? La violence est le meilleur ciment de notre unité nationale. Nous ferons face à la violence ensemble, et nous verrons peut-être Kadima entrer au gouvernement sans même un accord technique sur une rotation au poste de premier ministre. Au pire, on ajoutera un troisième banc pour les membres du gouvernement à la Knesset. Quelqu’un criera au gaspillage mais on l’oubliera.

Et si continuer dans l’attitude « business as usual » conduit à ce qu’il y ait une majorité de Palestiniens à l’ouest du Jourdain et à un Etat qui n’aura de juif que le nom, même si le monde entier reconnîit son caractère juif ? Bon, ça n’arrivera pas durant cette législature.