Nétanyahou, il faut accepter l’initiative française de paix !

par Ha’Aretz, éditorial de la rédaction

Traduction et chapô, Tal Aronzon pour LPM

Ha’Aretz, le 1er mai 2016

http://www.haaretz.com/opinion/1.717143

Le chapô de La Paix Maintenant

« Même si elle ne résout pas les éléments essentiels du conflit, l’initiative française le remettra du moins à l’ordre du jour international. Et pourrait engendrer quelques idées et démarches originales en vue d’une solution », écrit ici la rédaction du grand quotidien libéral israélien – frontalement attaqué en ce moment pour ses positions notoirement colombes par une extrême-droite, religieuse ou non, qui entraîne la coalition gouvernementale au raidissement...

Sont en jeu, et face à face, la défense et illustration d’un État d’Israël né d’une idéologie sioniste aux valeurs démocratiques ; et la résistible ascension du mouvement colon détruisant tout espoir de voir, sur cette terre en conflits, coexister deux États pour deux Peuples.

L’article de la rédaction du Ha’Aretz

Comme on pouvait s’y attendre, l’initiative française de convoquer une conférence internationale en vue de [susciter des] pourparlers entre Israéliens et Palestiniens s’est heurtée à un rejet total de la part d’Israël. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a clairement affirmé dans sa déclaration que des négociations directes, bilatérales et sans conditions préalables avec la partie palestinienne sont le seul moyen de faire avancer le processus diplomatique. Tout autre réunion ou conférence, a-t-il allégué, est susceptible de pousser les Palestiniens à échapper à des négociations directes.

Les initiateurs de la conférence ne sont pas d’accord avec la position du Premier ministre et escomptent qu’en cas de convocation d’une autre conférence internationale après la première – attendue pour la fin mai – des perspectives de percée se fassent jour. À voir le processus diplomatique bloqué dans une impasse périlleuse et sans fin, il n’y a aucune raison de rejeter l’initiative française – laquelle, quand bien même elle ne résoudrait pas les éléments essentiels du conflit, le remettra au moins à l’ordre du jour international. Et pourrait engendrer quelques idées et démarches originales en vue d’une solution. Accepter l’initiative aurait également pu faire sortir Israël de l’habituelle caverne de rejet où il se terre depuis des années, et encourager les Palestiniens à croire qu’ils ont un partenaire du côté israélien.

Mais comme Nétanyahou l’a rendu évident, cette initiative frappe à une solide porte israélienne, derrière laquelle se massent le vide diplomatique et la ferveur messianique. Dans les vues du gouvernement Nétanyahou, toute mention du terme “processus” est synonyme d’obstruction au Grand Israël, une idée qui s’est profondément enracinée durant la longue mandature de Nétanyahou. Des frontières sûres, des relations de voisinage pacifiques et la résilience du statut du pays sur la scène internationale sont autant de détails sans importance aux yeux du Premier ministre.

Si ces assertions n’ont rien de valide, il lui incombe de déclarer ouvertement qu’il serait prêt à des compromis territoriaux en échange de la paix. Si les imputations qui lui sont faites de rejeter toute solution diplomatique sont dénuées de fondement, il devrait cesser de se cacher derrière le voile du “sans conditions préalables” – une phrase qui représente en elle-même une condition préalable ayant jusqu’à présent stoppé la poursuite des négociations. Il devrait tout simplement mettre en route des pourparlers directs avec les Palestiniens.

La politique de Nétanyahou assombrit encore les nuages qui s’amoncellent au-dessus des citoyens d’Israël. Ce ne sont pas seulement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui perdent patience. L’Allemagne et sa “dette historique”, elle-aussi, a récemment fait montre de son mécontentement. La récente déclaration de la chancelière Angela Merkel disant qu’elle comprend pourquoi le président palestinien Ma’hmoud Abbas désire se tourner vers le Conseil de sécurité des Nations-Unies est la preuve de la déconnexion croissante entre Israël et ses amis occidentaux.

Il faut que Nétanyahou accepte l’initiative française – et pas seulement en marque de bonne volonté. Il devrait la doter d’un contenu qui garantisse la sécurité et le bien-être des citoyens d’Israël.