Négociations secrètes et chances croissantes de réussite

par Gershon Baskin

Traduction Tal Aronzon pour LPM

The Jerusalem Post, le 16/10/2013

http://www.jpost.com/Opinion/Column...

« Il n’est dans l’intérêt d’aucune des parties d’échouer à parvenir à un accord et les conséquences d’un tel échec, ou de ce qui pourrait y ressembler, seraient très négatives » écrivait Baskin dans son blog – optimiste – du 16 octobre.

Un optimisme induit par le secret des négociations, lequel nous paraît en effet essentiel pour éviter (du moins nous l’espérons) la mise à profit par les extrémistes des deux bords de ces longs mois de pourparlers – danger toujours possible dont nous faisions part ici même au mois d’août.

Les rassurantes analyses de Gershon Baskin sont donc plus que bienvenues... Inch Allah.

Les faits sont là : des négociations se déroulent entre le gouvernement israélien et l’OLP, avec deux négociateurs du côté israélien, Yitzhak Molcho et la ministre de la Justice Tzipi Livni ; deux du côté palestinien, les docteurs Saeb Erekat et Mohammed Shtayeh ; et le médiateur américain, l’ambassadeur Martin Indyk. Ces négociations sont dirigées et pilotées par le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, et le président de l’Autorité palestinienne, Ma’hmoud Abbas.

La majorité (et peut-être la totalité) des ministres du gouvernement israélien est dans le noir – ils ignorent ce qui se passe dans le huis-clos des négociations.

La majorité (et peut-être la totalité) des ministres du gouvernement palestinien est dans le noir, sans la moindre idée de ce qui se passe dans le huis-clos des négociations. Le porte-parole autorisé concernant les pourparlers est le secrétaire d’État américain John Kerry.

Diverses sources anonymes ont laissé “fuir” des informations sur les négociations en cours. Je m’aventurerais jusqu’à dire que les nouvelles publiées de source anonyme à propos des négociations sont fausses à une écrasante majorité. Je dirais (et je ne crois pas me tromper) que ceux qui parlent ne savent rien, et que ceux qui savent se taisent.

Une journaliste israélienne réputée m’a demandé hier si je pensais que les négociations se voyaient affectées par le manque de transparence. Elle a été, je crois, surprise par ma réponse très décidée : « Non, c’est tout à fait le contraire. »

Il n’est pas d’autre façon de conduire des négociations israélo-palestiniennes dans l’état actuel de la constellation politique, d’un côté comme de l’autre, aux yeux du public. Ni Nétanyahou ni Abbas ne pourraient mener de négociations sérieuses avec l’autre bord si elles étaient transparentes. Ils passeraient tout leur temps à négocier avec leurs propres partis politiques.

S’ils arrivent à un accord, et quand ce sera le cas, ils se présenteront tous deux devant leurs mandants pour obtenir un vote de confiance – que ce soit par référendum, par vote du cabinet ou du parlement, voire par de nouvelles élections.

Jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé, les négociations doivent se dérouler dans le secret le plus absolu. Admettons-le, ce n’est pas la première fois que que les deux parties débattent de l’ensemble des questions. Chacun est parfaitement conscient de la teneur des enjeux et de la marge de négociation d’un côté comme de l’autre.

Si les négociations sont sérieuses, et il semble qu’elles le soient, tout sera mis sur la table.

Il n’y aura pas d’accord tant qu’on ne s’accordera pas sur la totalité des problèmes cruciaux : un État palestinien et la nature de sa souveraineté, la délimitation des frontières entre les deux États et leur contrôle, les arrangements de sécurité, la question de Gaza et la place qui lui est réservée dans cet accord, l’avenir de Jérusalem et celui des réfugiés palestiniens, les relations économiques, l’eau et les ressources naturelles, la promotion d’une culture de paix et l’accord d’en finir avec le conflit et toute réclamation ultérieure.

Chacun de ces points est en lui-même complexe. Mis ensemble, cela fait beaucoup de décisions extrêmement compliquées et difficiles à prendre.

Je crois fermement que tous ces problèmes ont leur solution. Nous avons assez de connaissances et d’expérience pour ne pas refaire les mêmes erreurs que la dernière fois.

Des erreurs dont nous sommes capables de tirer la leçon, de même que nous pouvons trouver de meilleures façons de garantir la mise en œuvre complète des obligations des traités. Nous savons que les accords doivent être concrétisés durablement et fondés sur des résultats mesurables et vérifiables prouvant que chacune des parties tient ses engagements et ses responsabilités.

Les questions de sécurité seront capitales dans le cadre des accords.

Je ne suis pas favorable à l’installation de troupes étrangères de maintien de la paix. Je crois que les parties au conflit doivent assumer leurs responsabilités en matière de sécurité et qu’il ne saurait y avoir d’accords sans 100% de sérieux.

Israéliens et Palestiniens vont plus que jamais devoir coopérer sur les questions de sécurité.

Les uns et les autres ont intérêt à se lever contre les extrémistes et les terroristes afin que ceux-ci ne gagnent pas assez en puissance pour agir à l’encontre des intérêts des peuples israélien et palestinien.

Il faudra étendre la coopération israélo-jordanienne actuellement en cours le long du Jourdain afin d’y inclure la troisième composante, celle des forces de sécurité palestiniennes, forgeant ainsi un système tri-latéral de sécurité sur la frontière est.

Aucun accord ne saurait survivre à la poursuite d’incursions israéliennes de sécurité dans les zones contrôlées par Israël, ni à la nécessité pour ce pays d’y recourir. Les forces de sécurité palestiniennes vont devoir prendre leurs responsabilités afin de garantir qu’aucun acte de terrorisme n’émanera de leur territoire.

Israël et les Palestiniens seraient bien avisés de commencer à mettre systématiquement en commun les informations de leurs services de renseignements et, plutôt que de voir les premiers entrer dans les villes, bourgs et camps de réfugiés palestiniens pour arrêter des suspects, que les forces palestiniennes de sécurité fassent leur travail – et si l’information est vérifiée, que les Palestiniens arrêtés purgent leur peine dans les prisons palestiniennes.

De fait, ces prisons détiennent d’ores et déjà des membres du ’Hamas et du Jihad islamiques par centaines, et même des membres des Brigades al-Aksa, lesquelles se revendiquent du Fatah.

Il faudrait qu’Israël sache, avant de se retirer de territoires supplémentaires et de permettre la création de zones palestiniennes souveraines, si la direction palestinienne est vraiment sérieuse quand elle parle de faire la paix avec Israël.

C’est bien plus important que les déclarations et prises de positions de toute sorte réclamées aux Palestiniens.

Il ne fait aucun doute que la volonté politique des deux parties de créer une réalité nouvelle sur le terrain croîtra avec le progrès des négociations et l’accord arraché sur les points clefs. Il fait également peu de doute qu’un progrès de la situation sur le terrain pourrait grandement améliorer l’atmosphère autour de la table de négociations, accroissant les chances d’arriver à un accord. C’est une sorte de cercle magique. Il est difficile de le briser, et aucune des parties ne tient à faire le premier pas.

On pourrait aussi tenter une autre approche – qu’on appellerait le jeu du “si-alors”. Le médiateur américain demanderait à chacun d’eux de présenter un certain nombre de propositions sur le mode du “si-alors”. Israël pourrait dire, par exemple : « Si les Palestiniens prouvent qu’il font 100% d’efforts sur la sécurité, en agissant à partir des informations données par les services de renseignement israéliens, Israël cessera ses incursions dans les zones contrôlées par les forces de sécurité palestiniennes. » Et les Palestiniens pourraient dire : « Si Israël laisse des projets de développement économique se monter dans la zone C totalement sous son contrôle, les Palestiniens arrêteront de boycotter les produits des implantations israéliennes. »

Il ne s’agit que d’exemples théoriques. La question est qu’il est besoin de créativité pour aider à rendre un accord possible.

Il n’est dans l’intérêt d’aucune des parties d’échouer à parvenir à un accord et les conséquences d’un tel échec, ou de ce qui pourrait y ressembler, seraient très négatives.

Nous devons nous focaliser sur le succès et mettre en action les outils qui lui donnent toutes ses chances.