Ne comparez pas les Arabes aux colons

Thème : Colonisation, yesha

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 25 février 2007
par Dror Etkes

Dans le débat public israélien sur les territoires, l’un des arguments habituels de la droite colonisatrice est que les Arabes construisent eux aussi de façon illégale (comme les colons). Dror Etkes démonte cet argument fallacieux

Yediot Aharonot, 23 février 2007

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le débat sur l’avenir des colonies illégales suscite souvent une question qui combine idiotie et mauvaise foi : et les constructions illégales des Arabes ? Au mieux, ce sont des intervenants de forums, déboussolés et hystériques. Au pire, il s’agit d’une odieuse campagne qui caractérise l’incitation systématique à la haine menée par certains journalistes et politiciens de droite contre tout le public arabe. Les faits, bien entendu sont totalement différents.

Depuis des dizaines d’années, Israël utilise ses propres autorités, chargées de la planification ou des permis de construire, pour limiter la capacité des Palestiniens, où qu’ils se trouvent, à établir et développer eux-mêmes leurs lieux de résidence. L’objectif était et demeure le même : réduire le nombre d’Arabes vivant dans les territoires contrôlés par Israël.

A cette fin, plusieurs moyens sont employés : désignation extrêmement inégale de "terres d’Etat", expropriations et "prises de contrôle de terres pour raisons de sécurité" (cette dernière technique n’étant utilisée qu’en Cisjordanie) quand il ’agit de terres appartenant à des personnes physiques palestiniennes, et remise de ces terres, dans la plupart des cas, à des juifs. Enfin, absence d’avancement des plans-maîtres concernant des communautés arabes, empêchant ainsi celles-ci de construire légalement.

Pour clarifier l’extrême asymétrie qui est à la base de la comparaison idiote entre constructions illégales par les colons et constructions illégales par la population palestinienne de Jérusalem et de Cisjordanie, il faut souligner certains points.

La construction dans les colonies, légales et illégales, comme l’a noté le rapport Sasson, a été pour la plus grande part effectuée par les autorités gouvernementales ou, malheureusement, avec leurs encouragements et leur financement. Cette intervention du gouvernement dans les violations effectuées par l’Etat d’Israël touche à des questions fondamentales concernant la nature du régime israélien. En revanche, les constructions illégales palestiniennes ont été dans tous les cas effectuées par des individus privés.

La plus grande partie des constructions illégales des Palestiniens sont entreprises sur des terres qui leur appartiennent. En revanche, les constructions dans les colonies sont effectuées sur des terres "appartenant à l’Etat" ou sur dans des zones dont la propriété n’a pas été clarifiée et dont l’Etat, avec l’aide des colons, s’est rapidement approprié la propriété. Et le plus scandaleux : certaines de ces constructions ont été effectuées sur des terres privées palestiniennes [1] !

L’objectif de la construction dans les colonies est de s’emparer du maximum de terres pour empêcher les Palestiniens (qui ne représentent "que" 90% de la population de Cisjordanie) de les utiliser à leur profit. En revanche, la construction palestinienne est, dans la plupart des cas, destinée à fournir un abri à des familles qui n’ont aucun autre choix de résidence.

Contrairement à ce qu’affirment les porte-parole de la droite, l’application de la loi à l’égard des constructions palestiniennes définies comme illégales est beaucoup plus fréquente qu’ils ne le disent. Ce qui n’empêche pas lesdits porte-parole de la droite de compter (et ils ont raison de leur point de vue) sur les médias israéliens, qui en général ne rapportent que très peu ces faits.

Mais le point essentiel, qui réduit complètement toute tentative de comparaison entre les deux phénomènes, est bien entendu le fait que la population palestinienne de Cisjordanie et de Jérusalem Est n’a pas le droit de vote. Ce qui revient, en pratique, à ce qu’ils n’ont aucune possibilité de prendre part aux décisions politiques concernant la planification et la construction dans des zones où ils habitent depuis des générations.

Les plaintes des colons et de leurs partisans, qui prétendent que les Palestiniens construisent là où ils le souhaitent, alors que les colons seraient soi-disant persécutés par les autorités, seraient beaucoup plus crédibles s’ils insistaient pour que les droits qui leur sont accordés le soient également à leurs voisins arabes. En attendant que cela se produise, qu’ils nous épargnent leur hypocrisie et qu’ils appellent le système qu’Israël a créé dans les territoires occupés par son nom explicite : apartheid.