Manifestation du 29 mars : Un bilan, des perspectives
Thème : Le conflit vu de France, "importation du conflit"
par
(communique de presse)
31.03.03
Manifestation du 29 mars : Un bilan, des perspectives
Pendant toute la semaine qui a suivi l¹agression sauvage et raciste contre les jeunes de l¹Hashomer Hatzair, des delegations representant diverses composantes des forces de gauche et d¹extreme gauche qui organisent les manifestations contre la guerre en Irak, se sont succede pour manifester leur condamnation, dialoguer et ecouter ce que ces jeunes avaient a dire et a proposer. Tout en essayant de surmonter le traumatisme qu¹ils avaient subi, les jeunes de l¹Hashomer ont su faire des propositions concretes pour bannir de ces manifestations les slogans antisemites et racistes, et organiser des groupes de mediateurs pour eviter de possibles debordements. Les Amis de Shalom Akhshav ont participe a ces contacts et discussions a cote des jeunes de l¹Hashomer Hatzair. Apres ces discussions et la manifestation du 29 Mars qui a suivi, il est temps de faire un premier bilan, et d¹essayer de tracer des perspectives :
L¹emoi suscite par les agressions racistes du 22 Mars a fait prendre
conscience a ces forces politiques, en particulier le PS, Les Verts, le
PCF, la LCR, le Mouvement de la Paix, l¹UNEF, le MRAP et la LDH ( Ligue des
Droits de l¹Homme) que des limites avaient ete franchies, et qu¹il leur
fallait reagir, au risque d¹en subir des retombees politiques nefastes.
Mais pour nous, une simple condamnation ne vaut pas dedouanement. Le role
de Shalom Akhshav a donc ete d¹interpeller ces organisations de gauche et
d¹extreme gauche sur leur role et leurs responsabilites dans ces
debordements intolerables.
Pour nous, ces organisations ont pris le risque d¹appeler a des
manifestations contre la guerre en Irak, en y melant le probleme
israelo-palestinien, tout en sachant qu¹y viendraient des mouvements
extremistes qui utilisent ce pretexte pour semer intolerance, menaces,
violences verbales et physiques, et pour creer des desordres et des
affrontements communautaristes au sein de la societe francaise. Cette prise
de risque ne peut etre simplement evacuee sous le simple pretexte qu¹il est
impossible de controler des groupes provocateurs dans une manifestation.
Les organisateurs des manifestations contre la guerre en Irak ont essaye
de repondre positivement aux demandes qui leur etaient presentees. On a vu
des mediateurs a casquettes blanches dans la manifestation, dont beaucoup
de jeunes de l¹Hashomer Hatzair, essayer courageusement de dialoguer avec
les plus virulents des manifestants pour leur faire entendre raison, bannir
les slogans racistes, les mots d¹ordre et prises de positions
provocatrices.
Meme si cela montre la bonne volonte des organisateurs, on a vu les limites
de l¹exercice. Les mediateurs ont ete menaces et agresses quand ils
voulaient agir, et les slogans racistes et provocateurs n¹ont pas disparu,
meme s’il y en avait moins que dans les corteges precedents. On peut
d¹ailleurs se demander si la participation plus reduite a la manifestation
du 29 mars, ne resultait pas en partie de l¹effet desastreux cree par les
exactions de la manifestation du 22 mars.
Quand on mobilise "Contre la Guerre et pour un monde de Justice, de Paix
et de Democratie", sans denoncer clairement la dictature sanguinaire de
Saddam Hussein et du parti Baas irakien, quand des manifestants osant crier
que Saddam est un assassin se font menacer ou rabrouer, en d¹autres termes,
quand on met dans la rue des dizaines de milliers de personnes sous des
slogans politiques a tout le moins ambigus, quand on trouve "normal" de
scander des slogans antisionistes, sachant que l’antisionisme implique
purement et simplement la disparition de l’Etat d’Israel, et partant la
victoire d’un camp sur un autre, il ne faut pas s¹etonner de voir brandir
des portraits de Saddam Hussein. Il ne faut pas s¹etonner de voir devoyer
et detourner les references au nazisme, a l¹hitlerisme ou au racisme. Il ne
faut pas s¹etonner de voir des integristes islamistes oser proferer des
slogans de haine en public, en toute impunite.
En ce qui nous concerne, les Amis de Shalom Akhshav ont toujours denonce les risques d¹importation des conflits du Proche-Orient dans la Republique francaise. En particulier, nous avons toujours lutte pour que le conflit israelo palestinien soit resolu par le dialogue. Nous pensons que la perpetuation de l¹occupation des territoires detenus depuis 1967, l¹extension obstinee des colonies de peuplement dans ces territoires sont un des obstacles majeurs a l¹etablissement d¹une paix veritable entre les deux peuples. Nous pensons aussi que les actions terroristes palestiniennes, les groupes qui les organisent, et ceux qui justifient ces attentats affichent en fait une volonte politique de rejet d¹une solution ou deux Etats, palestinien et israelien, pourraient un jour coexister.
Dans ce cadre et compte tenu du contexte actuel, les "Amis de Shalom Akhshav" appellent les forces qui revendiquent une solidarite privilegiee avec le peuple palestinien, a operer une clarification en leur sein, en se demarquant clairement des extremistes plus ou moins masques qui diabolisent l¹adversaire israelien et multiplient les initiatives demagogiques et contre-productives.
La paix se fait quand les deux camps qui s¹affrontent acceptent de dialoguer plutot que de se battre. Au sein de la Republique francaise, nous appelons de nos voeux un dialogue politique responsable entre tous les mouvements politiques et associatifs qui affirment clairement que le conflit israelo-palestinien se resoudra sur la base d¹une solution de deux Etats permettant a chaque peuple de realiser ses legitimes aspirations nationales. C¹est en dialoguant, en s¹expliquant et en s¹ecoutant que nous enverrons un signal de solidarite utile aux forces de la paix en Israel et en Palestine, mais aussi un signal fort a la societe francaise pour ne pas tomber dans le piege des extremismes religieux et des replis communautaristes qui font le lit de l¹extreme droite.
Le reveil risque d¹etre difficile pour tous, s¹il n¹est pas mis un terme a l¹action des groupes qui rejettent les ideaux de la Republique.

