“Mahmoud Abbas n’incite pas à la terreur”, affirme le directeur du Shin Beth

Thème : Abbas pour partenaire ?

The Jewish Daily Forward
mis en ligne le 19 novembre 2014
par Jonathan Jeremy Goldberg

Traduction Tal Aronzon pour LPM

Photo Kobi Gideon/GPO/Flash90) : Le Premier ministre avec Benny Gantz, Moshe Ya’alon et les directeurs du Shin Beth et du Mossad, Yoram Cohen et Tamir Pardo.

Jewish Daily Forward, le 18 novembre 2014

http://blogs.forward.com/jj-goldber...

Quand le Shin Beth contredit les attaques de Nétanyahou contre Abbas...

Cela fait des lustres que Benyamin Nétanyahou s’évertue à convaincre son opinion publique et le monde qu’israël n’a pas d’interlocuteur. Le calme en Cisjordanie durant les événements de Gaza lui a rendu les choses de ce point de vue difficiles, et a permis de faire avancer la cause de la Palestine sur la scène internationale – au prix d’une sage lenteur.

Une lenteur et une situation tant nationale que sociale en Cisjordanie, et surtout à Jérusalem où les ultras exacerbent les passions, qui ont fait le jeu des extrêmes. Nétanyahou, quoi d’étonnant, a pris en marche le train des attentats afin de prouver enfin qu’il n’a pas de partenaire. Les négociations étant selon lui suicidaires, passons aux choses sérieuses, la gestion par la force de la sécurité...

Mais si l’on en croit les services de renseignements, ce n’est pas aussi simple. Qui le citoyen lamda croira-t-il ? [T.A.]

S’adressant à une commission de la Knesseth dans la foulée du massacre perpétré aujourd’hui dans une synagogue de Jérusalem, le directeur des services de sécurité intérieure d’Israël, le Shin Beth, a dit concernant le dirigeant palestinien, Ma’hmoud Abbas : « Le terrorisme ne l’intéresse pas et il n’y conduit pas [son peuple]. Pas même en sous-main. »

Ses remarques viennent directement contredire une série de déclarations de dirigeants israéliens, à commencer par le Premier ministre, lesquels accusent Abbas d’incitation à l’attentat par ses appels à la défense d’al-Aqsa. Nétanyahou a qualifié le massacre de la synagogue de « résultat direct des incitations émanant du Hamas et d’Abu Mazen, incitations que la communauté internationale ignore de façon irresponsable ».

Le directeur du Shin Beth, Yoram Cohen, s’exprimait dans le cadre d’une réunion à huis-clos de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesseth. Ses propos furent ensuite dépeints à des journalistes par certains des participants. Cohen a reconnu qu’il était « des éléments au sein de l’Autorité palestinienne » pour interpréter les critiques de Abbas vis-à-vis d’Israël comme « donnant au terrorisme une légitimation ».

Quoiqu’il en soit, en décrivant la série d’événements qui a conduit au bain de sang de ce matin, il a dit que les confrontations avaient débuté à la suite du meurtre, le 2 juillet, du jeune Muhammad Abu-Khdeir. Il ajouta que les tensions avaient été exacerbées par la discussion à la Knesseth d’un décret autorisant les prières juives sur le mont du Temple / esplanade des Mosquées, soumis au printemps dernier par la députée du Likoud Miri Réguev ; et par les visites sur-médiatisées en ces lieux de responsables politiques perçus comme apportant leur soutien à cette législation.

Sur la base d’un accord entre Israël et la Jordanie, qui remonte à la prise de Jérusalem-Est et du mont du Temple par Israël en 1967, les prières juives sont interdites sur le site par égard envers la sensibilité religieuse des musulmans. Les tentatives de revoir cet accord et d’autoriser les prières juives ont commencé il y a quelques années sur les franges de la droite religieuse-nationaliste, à l’origine comme une étape dans l’objectif à long terme de reconstruire le troisième Temple. Ces derniers temps, la campagne pour la prière a marqué des points parmi la droite conventionnelle.

Nétanyahou s’oppose à la légalisation de la prière [juive sur le Mont du Temple]. Dimanche, dans ses propos introductifs à la séance hebdomadaire du Conseil des ministres, il a qualifié les accusations palestiniennes selon lesquelles Israël aurait pour programme de changer le statu quo sur le mont du Temple de « mensonges et tromperies ».

La mise en cause frontale de Cohen du point de vue du Premier ministre concernant Abbas est d’autant plus troublante que le chef du Shin Beth, nommé par Nétanyahou en 2011, était considéré comme son unique allié fiable au sein du renseignement israélien. Les têtes du Mossad et du renseignement militaire se montrent régulièrement moins alarmistes quant aux intentions des [États] arabes et de l’Iran, érodant encore et encore les tentatives du Premier ministre de dépeindre les ennemis d’Israël comme voués sans équivoque à la destruction d’Israël.

La semaine dernière, précisément, Cohen s’est trouvé au cœur d’un maëlstrom médiatique après que de hauts cadres du Shin Beth avaient figuré, avec son autorisation, sur le plateau d’un magazine d’actualités, y affirmant que la sécurité intérieure avait mis l’armée en garde en janvier dernier contre un plan du Hamas visant à déclencher une guerre en juillet, mais que les militaires avaient fait fi de l’avertissement.

Le chef d’état-major de l’armée, Benny Ganz, rejeta avec fureur l’accusation dans une lettre au Premier ministre. Tsahal a persisté à maintenir que la guerre, cet été, n’avait pas été programmée par le Hamas, mais avait surgi d’une série de malentendus et d’erreurs de communication.