Liban : Israël craint la chute du gouvernement Siniora

Thème : Liban, Hezbollah, etc.

Ha’aretz
mis en ligne le 3 décembre 2006
par Akiva Eldar

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Ha’aretz, 2 décembre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Israël, ainsi que plusieurs Etats arabes, dont l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie, s’inquiètent de plus en plus de la perspective d’une chute du gouvernement libanais de Fouad Siniora suite à un coup d’Etat du Hezbollah qui ferait du Liban, selon les termes d’un ministre israélien, "le premier Etat arabe à devenir un protectorat iranien."

En conséquence, on évoque au sein du gouvernement plusieurs idées pour renforcer Siniora face aux manifestations de rue lancées par le Hezbollah contre le gouvernement libanais. L’objectif est de prouver que Siniora peut obtenir davantage par la diplomatie que le Hezbollah, qui l’accuse de "défaitisme", par la violence.

L’une des options examinées est d’appeler l’Union européenne à reconnaître la zone des Fermes de Sheba’a comme territoire libanais. Actuellement, à la fois l’Union européenne et les Nations Unies considèrent cette région, occupée par Israël, comme étant syrienne, alors que Beyrouth la revendique pour le Liban.

Une autre possibilité serait pour Jérusalem de parvenir à un accord avec Siniora sur l’évacuation par Israël du village divisé de Ghajar et d’en remettre le contrôle aux Nations Unies en attendant que son statut définitif soit tranché. Actuellement, la frontière israélo-libanaise coupe le village en deux [1].

Les spécialistes israéliens de la défense s’inquiètent du fait que, même si le gouvernement de Siniora ne tombe pas, sa confrontation avec le Hezbollah affaiblisse les accords de sécurité au Sud Liban, mis en place après la guerre du Liban de l’été dernier. Ils craignent également que des partisans du Hezbollah tentent de provoquer des heurts avec l’armée israélienne postée le long de la frontière

Entre temps, une source gouvernementale haut placée a dit ce week-end que le président Bush avait dit à Ehoud Olmert qu’il n’avait aucune intention de ne plus considérer l’Iran et la Syrie comme faisant partie de "l’Axe du Mal".

La commission Baker-Hamilton, nommée pour étudier les manières d’améliorer la situation en Irak, doit remettre mercredi prochain ses conclusions à Bush. Elle devrait recommander que les Etats-Unis entament des pourparlers avec l’Iran et la Syrie.

Mais une source gouvernementale a affirmé que Bush avait promis à Olmert que sa position demeurerait inchangée tant que l’Iran poursuivrait son programme nucléaire. Concernant la Syrie, a dit cette même source, Bush a conditionné toute reprise du dialogue avec la Syrie à l’arrêt par Damas de ses interventions au Liban et à son soutien au Hezbollah. Le récent assassinat du ministre libanais Pierre Gemayel et la l’affrontement entre le Hezbollah et Siniora rendent encore moins probable un changement de la position de Bush sur cette question.

La semaine dernière, le conseiller américain pour la sécurité, Steve Hadley, a dit qu’il ne voyait aucun lien direct entre le conflit israélo-arabe et la situation en Irak.

Ghajar : Nouveau développement

Cet article d’Ha’aretz était prémonitoire ou bien informé. Quoi qu’il en soit, voici ce que publie le quotidien le même jour, dans la soirée :

Dimanche, le cabinet de sécurité a décidé d’adopter une recommandation de l’état-major et de retirer l’armée israélienne du côté libanais du village de Ghajar, et de remettre la responsabilité de, la sécurité de la zone aux forces de l’ONU.

Ce retrait de ce village frontalier divisé achèverait ainsi le retrait de Tsahal du territoire libanais occupé pendant la deuxième guerre du Liban.

Après la réunion du cabinet, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni a expliqué que ce retrait était à l’étude depuis un certain temps, et que la décision n’avait rien à voir avec la crise actuelle au Liban.

Juequ’en 1967, Ghajar était un village syrien situé sur la frontière syro-libanaise. Il a été capturé quand l’armée israélienne a conquis le Golan au cours de la guerre des Six jours.

Il semble que la partie Nord du village se trouvait déjà en territoire libanais, mais ce n’est que lorsque Israël s’est retiré du Liban en mai 2000 quer l’ONU a tracé la frontière internationale entre Israël et le Liban (ligne Bleue").

Il s’est trouvé que cette "ligne Bleue" passe précisément au milieu de Ghajar et le coupe en deux, sa partie Nord étant au Liban et sa partie Sud en Israël.

En novembre 2005, le Hezbollah avait lancé une attaque de grande envergure sur le Nord d’Israël et avait tenté en vain d’enlever de soldats israéliens postés à Ghajar.