Les appels au boycott de la droite américaine contre Sari Nusseibeh ne méritent que le mépris

Thème : Boycott Médias, Internet États-Unis

Engage
mis en ligne le 5 janvier 2008
par David Hirsh

En menant une campagne de désinformation et de diffamation contre Sari Nusseibeh, les cercles de la droite américaine s’en prennent à un artisan infatigable de la paix entre Israéliens et Palestiniens, ils s’en prennent au camp de la paix palestinien, mais aussi au camp de la paix israélien, ils s’en prennent en fait à tous ceux qui refusent la perspective d’une guerre sans fin entre Palestiniens et Israéliens

Engage, 28 décembre 2007

http://www.engageonline.org.uk/blog...

Traduction : Gil Teitler pour La Paix Maintenant

L’organisation sioniste américaine (ZOA) a appelé au boycott de l’université Al-Qods de Jérusalem-Est en réponse aux déclarations récentes de Sari Nusseibeh, président de l’université Al-Qods.

Appelant ardemment sur Al-Jazira les Palestiniens et le reste du monde arabe à accepter la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël, Nusseibeh avait déclaré : « Les Israéliens vivant actuellement dans les territoires du futur Etat palestinien devront retourner vivre à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël. Aucun Juif dans le monde ne devra avoir le droit de retourner, de résider ou d’exiger de résider, à Hebron, à Jérusalem-Est ou ailleurs à l’intérieur de l’Etat palestinien. »

De nombreux blogs droitistes aux Etats-Unis ont qualifié d’antisémite cette déclaration. Campus Watch semble avoir mis tout son poids pour appuyer ce qui ressemble à une sorte de boycott universitaire contre l’université Al-Qods.

Quand Sari Nusseibeh s’était prononcé en 2005 contre les appels au boycott universitaire contre Israël, il l’avait fait avec l’autorité d’une des personnalités les plus influentes de la planète. Il peut justifier d’un long et courageux passé de soutien sans équivoque à un accord de paix avec Israël. En 2005 il s’est totalement engagé contre le boycott en signant une motion commune avec l’université Hébraïque (de Jérusalem-Ouest) [1]. Par ses actes et par ses prises de position, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire obstacle à ceux qui souhaitaient exclure les Israéliens de la vie universitaire, culturelle et économique du reste de l’humanité. Il a publié cette déclaration très claire contre les propositions de boycott, déclaration lue pendant une conférence sur la liberté académique à l’université Bar-Ilan.

L’engagement de Nusseibeh pour la paix remonte à loin, et il est beaucoup plus profond que cette seule opposition à la campagne de boycott. A la fin des années 1980, il a milité ouvertement pour la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens et a noué des contacts avec des Israéliens, concourant ainsi au chemin qui a abouti au processus de paix d’Oslo.

En Palestine, s’exprimer publiquement sur la reconnaissance d’Israël ne va pas sans risques. Le 21 septembre 1987, il a été violemment agressé physiquement, après une conférence à l’université de Bir Zeit ou il enseignait comme professeur de philosophie. Le thème de cette conférence était la tolérance...

En 2002, Nusseibeh a publié, conjointement avec l’ancien directeur du Shin Bet, Ami Ayalon, un document qui énonçait les principes d’un accord de paix possible entre Israël et la Palestine [2].

Nusseibeh a l’habitude d’être dénoncé comme collaborateur par ceux des Palestiniens qui rejettent le droit à l’existence d’Israël et par leurs partisans hors de la Palestine, parce qu’il milite en faveur d’un accord de paix avec Israël

Ceux, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Palestine, qui le dénoncent comme « collaborateur », mettent sa vie en danger. Maintenant, Nusseibeh est aussi dénoncé par la droite américaine.

L’organisation sioniste américaine (ZOA) et Campus Watch ignorent le courage de Nusseibeh et son engagement contre la diabolisation d’Israël. Ou alors, pour des raisons politiques qui leur sont propres, cela leur est indifférent.

Peut-être ont-ils peur de reconnaître le droit des Palestiniens à l’autodétermination, de la même façon que certains Palestiniens ont peur de reconnaître Israël. En tout cas, il n’y a pas beaucoup de différences dans ces attaques au vitriol contre Nusseibeh (venant des deux « camps » - ndt)

Je n’ai pas lul’intégralité de l’interview de Nusseibeh sur Al Jazira, mais seulement des extraits choisis hors contexte par MEMRI. Or, il est clair, même en se référant uniquement aux extraits choisis par MEMRI, que ceux-ci ne sont absolument pas antisémites.

Nusseibeh y argumente en faveur de la solution à deux Etats. Personne ne pense que la solution à deux Etats puisse être la meilleure imaginable. Mais toute personne sérieuse sait que c’est le seul cadre politique possible pour un accord de paix.

Il est évident que pour qu’un tel accord soit possible, Israël doit évacuer les colons juifs, et que la Palestine doit parvenir à un compromis sur le droit au retour.

Nusseibeh affirme clairement, même dans les extraits de son interview choisis par MEMRI, que si les Palestiniens veulent une solution à deux Etats, ils doivent parvenir à un compromis sur la question du droit au retour. Et il le dit (compromis nécessaire de la part des Palestiniens) depuis des décennies.

C’est une déformation malveillante que d’affirmer que si Israël doit évacuer les colonies juives créées sous l’occupation depuis 1967, cela équivaudra à une espèce de campagne antisémite de nettoyage ethnique.

Ce débat a déjà eu lieu en Israël et il s’est soldé par la défaite du mouvement des colons.

Je ne sais pas si Campus Watch et le ZOA tentent actuellement de redonner vie en Amérique à cette théorie discréditée du mouvement des colons.

La déclaration du ZOA s’accompagne d’une liste d’accusations infondées et carrément diffamatoires à l’encontre de Nusseibeh.

Ainsi, ils donnent comme « preuve » de l’extrémisme » de Nusseibeh, une « information " concernant l’année 1991 : « Nusseibeh a été arrêté suite à une information selon laquelle il aurait rassemblé des informations destinées aux services secrets irakiens pour les aider à accroître l’efficacité de leurs attaques aux Scuds pendant la première guerre du Golfe. »

En fait, à cette époque, Nusseibeh travaillait, en collaboration avec Shalom Akhshav, à l’élaboration d’une politique commune condamnant les attaques contre les civils en temps de guerre. Son arrestation, après ses contacts avec l’ambassadeur irakien à Tunis, semble n’avoir été qu’une opération purement politique menée par Israël : aucune charge n’a d’ailleurs pu être retenue contre lui.

Nusseibeh est un philosophe, un universitaire, un opposant aux boycotts universitaires.

Il a risqué sa vie en s’exprimant en Palestine contre la diabolisation d’Israël et il a également mis sa liberté en danger en militant continuellement pour la paix pendant plusieurs décennies.

Qu’il soit bien clair que ceux qui tentent actuellement d’organiser une chasse aux sorcières contre Nusseibeh afin de légitimer un boycott universitaire sont politiquement opposés à un accord de paix entre Israël et la Palestine.

Leurs arguments sont ceux de la fraction la plus extrémiste des colons.

Ils ne sont fondés sur aucune conception défendable des intérêts d’Israël