Les Américains s’opposent à tout contact entre la Syrie et Israël

Thème : Stratégie, défense, armée Diplomatie Syrie, Golan États-Unis

Ha’aretz
mis en ligne le 23 février 2007

Yossi Beilin le disait hier soir au CBL : deux pays ¨n’encouragent pas" (pour rester diplomatique) Israël à négocier avec la Syrie : les Etats-Unis, comme l’indique l’article, et... la France, chacun pour des raisons différentes. En attendant, chaud et froid sur la frontière

Ha’aretz, 23 février 2007

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les Etats-Unis ont exigé d’Israël d’éviter tout contact avec la Syrie, même des contacts exploratoires qui permettraient de vérifier le sérieux des intentions des dirigeants syriens qui déclarent souhaiter négocier la paix avec Israël [1].

Lors de rencontres récentes avec les dirigeants israéliens, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a exprimé avec force l’opinion de Washington sur cette question. L’argument des Américains est que même des "pourparlers exploratoires" seraient considérés comme une récompense par Damas, dont la politique et les actes continuent à saper la souveraineté du Liban et le bon fonctionnement de son gouvernement, tout en continuant également à semer le trouble en Irak contre la présence américaine.

Il est également connu que la Syrie, comme l’Iran, continue à fournir des armes et de l’équipement au Hezbollah.

D’après des représentants israéliens haut placés, la position américaine vis-à-vis de la Syrie, telle qu’elle a été exprimée par Condoleezza Rice, reflète un durcissement de son attitude. Quand ils lui ont posé la question de la possibilité d’explorer le sérieux de la Syrie dans ses appels à la ;paix, sa réponse a été sans équivoque : "N’y pensez même pas !"

Les dirigeants israéliens, y compris la communauté du renseignement, sont divisés sur le degré de sérieux du président Bachar Assad quand il appelle à des négociations de paix avec Israël. Les uns considèrent ces appels d’Assad comme une campagne de propagande, et insistent pour dire qu’Assad n’est pas sérieux. Parmi les tenants de cette opinion, le chef du Mossad, Meir Dagan.

L’opinion est différente au sein du renseignement militaire. Certains affirment qu’Assad est sérieux dans son offre de négociations, mais que cela ne signifie pas nécessairement que cela sera facile pour Israël. Ils suggèrent d’ailleurs qu’il existe une forte probabilité pour que les négociations échouent.

On sait également que les Syriens ont tenté de faire parvenir des messages aux dirigeants israéliens par l’intermédiaire d’anciens diplomates anglais et américains. On estime que ces efforts syriens sont essentiellement l’oeuvre de proches de Walid Mualem, ministre syrien des affaires étrangères. Les interlocuteurs approchent certains israéliens pour cultiver des liens avec les dirigeants. Ehoud Olmert, pour l’instant, s’en tient strictement à la position américaine : ne pas répondre aux signaux de la Syrie.

En revanche, aux ministères israéliens des affaires étrangères et à la défense, on trouve davantage d’ouverture, et l’opinion générale est qu’il ne faut pas fermer complètement la porte aux Syriens. De même, beaucoup pensent que les offres syriennes doivent être testées, dont le ministre de la défense Amir Peretz. Toutefois, il y a une adhésion stricte au principe de ne pas agir contre l’opinion du premier ministre, et de tout coordonner avec lui.

Au ministère de la défense, ont sait que la Syrie joue un rôle actif pour aider le Hezbollah à reconstituer son arsenal, et en particulier son stock de roquettes. Il semble que le Hezbollah ait déjà réussi, depuis la fin de la guerre, à se constituer un stock d’environ 10.000 roquettes à courte portée. Et la Syrie collabore avec l’Iran pour armer le Hezbollah de roquettes à portée plus longue. Selon une information, les Syriens auraient accepté une proposition iranienne permettant à leurs agents [iraniens] d’être plus actifs dans le commandement des forces de lancement de roquettes à longue portée du Hezbollah.

Entre temps, Peretz a réagi jeudi à un article d’Ha’aretz concernant les efforts syriens de réarmement [2] en disant qu’Israël doit éviter les déclarations sur ce qui se passe en Syrie. Devant un groupe de haut gradés, il a dit qu’il fallait faire un effort pour "éviter une escalade par les mots. " La situation sur le terrain et le long de la frontière syrienne "sera évaluée sur la base de faits, et l’armée se préparera en conséquence", a-t-il ajouté.

Ces informations publiées par Ha’aretz ont eu un large écho dans les médias arabes, qui en ont fait leur titre. Trois analystes et hommes politiques syriens ont été interviewés sur une chaîne de télévision nationale et démenti les informations concernant le réarmement syrien et les tests de missiles balistiques. Cependant, tous les trois ont souligné que s’il n’y avait pas de progrès en direction de la paix avec Israël, il était du "droit naturel" de la Syrie d’entreprendre tout autre type d’action afin de libérer le Golan.

Muhammed Habesh, député syrien, a déclaré à la chaîne par satellite Al Arabiya que "si Israël tente de faire quelque chose de stupide, il en paierait un prix très lourd. Il a souligné qu’il n’y a eu aucun changement sur la frontière en termes de déploiement de forces, mais a jouté que la Syrie était "prête à toute éventualité."

Jeudi, il a été également annoncé que 10.000 tonnes de pommes seraient livrées à la Syrie depuis le plateau du Golan, sous les auspices de la Croix rouge. Trois premiers camions de la Croix rouge pénétreront en Syrie lundi matin. Ces livraisons se poursuivront pendant 8 à 10 semaines. Ce sera la troisième fois qu’une cargaison de pommes récoltées dans les villages druzes du Golan sera livrée en Syrie, et elle devrait être la plus importante jamais effectuée.