Le roi David est-il pour l’occupation ?

Thème : Colonisation, yesha Thématiques religieuses, laïcité

Jerusalem Post
mis en ligne le 11 octobre 2008
par Yariv Oppenheimer

Sous couvert de programmes "éducatifs", les colons battent le rappel des héros de la Bible pour défendre l’idée du Grand Israël. De la nocivité du mélange politique - religieux

Le blog de Yariv, Jerusalem Post, 7 octobre 2008

http://cgis.jpost.com/Blogs/oppenhe...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Ces dernières semaines, le Conseil "Yesha" [1] (représentant les colons des territoires occupés) a lancé une nouvelle campagne sous le nom de "Yehouda et Shomron - L’Histoire de tous les juifs" [2]). L’utilisation de ce titre a un objectif : estomper tout caractère politique et donner l’impression d’une campagne à caractère éducatif. Diverses publicités portent la signature d’une nouvelle structure issue des bureaux imaginatifs du Conseil Yesha, nommée "Yehouda et Shomron - Centre de Propagande" [3] .

Dans le cadre de cette campagne, les héros et autres personnages légendaires de la Bible ont été mobilisés pour prendre part au débat sur le sort des colonies : le roi David, Yehouda Maccabi, Rachel et Samuel le prophète, tous sont recrutés pour la vision d’un Grand Israël et pour la perpétuation de l’occupation des territoires par Israël.

Dans cette campagne, les colons présentent la Judée et la Samarie comme des parties inséparables d’Israël, comme le sont le Néguev ou la Galilée. Dans ces publicités, il n’y a ni Palestiniens, ni check points, ni occupation militaire, ni terrorisme. D’après Yesha, Bethléem est une ville juive sans Palestiniens, et la Cisjordanie est une terre disponible qui n’attend que d’être peuplée de Juifs.

Au-delà de la tentative de cacher une réalité peu ragoûtante et de dessiner une image fondée sur le mensonge, les colons essaient (avec les encouragements de partisans juifs et chrétiens de l’étranger) d’introduire un élément religieux dans le débat politique sur le sort des colonies, ce qui ne laisse aucune place au compromis rationnel.

Au lieu de traiter le sort des territoires et des millions de Palestiniens qui y habitent comme une question politique, les colons se concentrent sur des éléments religieux pour en faire une question religieuse - halakhique [4].

Par nature, cette démarche nie la foi d’une personne qui aurait une position opposée, en présentant cette position comme soi-disant contraire à la loi juive, et en faisant de l’idée de deux Etats un péché contre le judaïsme.

Cette monopolisation de la religion par quelques-uns, et le fait d’instiller des éléments religieux dans le conflit israélo-palestinien, constituent une entreprise très dangereuse. Lorsqu’un rabbin se transforme en homme d’Etat et qu’un texte religieux devient un texte ayant force de loi, la démocratie perd son autorité et, au nom de Dieu, l’opposition au retrait des territoires est autorisée, quels qu’en soient les moyens.

Du côté palestinien, il y a également ceux qui choisissent de prendre la religion pour prétexte de non-reconnaissance du droit d’Israël à exister. Contrairement au gouvernement de Mahmoud Abbas, qui considère le conflit avec Israël comme un conflit politique soluble par le compromis politique, les dirigeants du Hamas continuent de réciter la formule magique selon laquelle le lien entre l’islam et tout le territoire de la Palestine (y compris Israël) est historique et religieux et qu’aucun Palestinien n’a d’autorité à renoncer à une partie de ce territoire. Chez eux comme chez nous, le lien entre religion et conflit politique encourage la violence et sape l’autorité des gouvernements élus à négocier et à parvenir à des compromis.

Personne ne nie l’importance religieuse de la Cisjordanie pour le peuple juif. Mais la perpétuation de l’occupation par Israël des territoires et de sa population se retourne contre le rêve sioniste d’un Etat juif démocratique. En outre, l’occupation et l’oppression d’un autre peuple vont à l’encontre des valeurs juives, fondées sur le respect des droits de l’homme, la recherche de la paix et le caractère sacré de la vie humaine.

Il manque, dans les clips de Yesha, qui montrent des espaces infinis, une ambiance bucolique, de la spiritualité et de l’utopie, l’avertissement de fin, comme sur les paquets de cigarettes : la perpétuation de l’occupation et de la colonisation est comme un cancer au cœur de notre peuple, qui peut mener à la désintégration du projet sioniste.