Le refuznik, le boycott scientifique et la CAPJPO

Thème : Le conflit vu de France, "importation du conflit" Boycott

par La Paix Maintenant, édition

Un refuznik israélien, universitaire, explique à la Capjpo pourquoi il ne peut pas se boycotter lui-même

 

Lors de notre réunion d’adhérents du 4 mai au Cercle Bernard Lazare, Tamir Sorek est venu nous parler de son refus de servir dans les territoires, et de sa lutte pour faire connaître ses motivations et l’action de son groupe. Nous publions ici un échange de courrier entre lui et la CAPJPO (Coordination pour une Paix Juste au Proche-Orient) qui, entre autres mots d’ordre, appelle au boycott de toutes les institutions scientifiques et universitaires israéliennes. Nous avions déjà exprimé ici notre désaccord profond avec ce mot d’ordre, et la réponse de Tamir ne fait que nous renforcer dans notre position. A sa demande, le nom de son correspondant a été occulté.

Réponse de Tamir

Cher X, suite à votre e-mail et à notre entretien téléphonique, je regrette de vous dire que je suis dans l’impossibilité de m’impliquer dans une collaboration avec la CAPJPO. Je suis à Paris pour trois mois, dans le cadre d’un programme post-doctorat du CERI. En tant que soldat réserviste israélien qui refuse de servir dans les territoires, et en tant que membre du mouvement "Courage de Refuser", je m’exprimerai devant des publics divers, afin de mobiliser du soutien à notre cause, et au bout du compte, de mettre fin à l’occupation. Néanmoins, je vous prie de noter que c’est l’Université Hebraïque de Jérusalem qui finance mon séjour ici. J’ai trouve sur votre site web un appel tres convaincant pour le boycott des institutions scientifiques israéliennes, et j’ai été très impressionné. Si impressionné que j’ai failli prendre votre appel à la lettre, et me boycotter moi-même, en tant que scientifique israélien financé par une institution israélienne. Il apparaît que le soutien financier que je reçois de l’Université Hebraïque rend mon séjour illégitime, comme mon activité politique.

A votre demande, j’ai relu votre déclaration, et j’ai noté que votre appel ne concerne pas un accord spécifique, mais un boycott global de toutes les institutions scientifiques israéliennes. Je connais bien l’opinion israélienne, et je peux vous dire que votre appel est très certainement contre-productif. De mon cote, je ferai de mon mieux pour lutter contre lui, y compris par un contre-boycott des organisations appelant à ce boycott.

Je ne renonce pas à ma lutte contre l’occupation, et je continuerai à m’exprimer devant tout forum politique prêt, théoriquement, à m’écouter en tant que militant politique et en tant que scientifique israélien représentant une institution israélienne. Votre organisation ne répondant pas à ce critère, je regrette de ne pas pouvoir coopérer avec vous pendant mon séjour a Paris. Néanmoins, je suis pêt à vous rencontrer, vous et d’autres membres de votre organisation, de façon individuelle.

Sincèrement,

Tamir Sorek Post-Doctoral Fellow at the Centre d’Etudes et de Recherches Internationales Funded by the Hebrew University of Jerusalem


Lettre de la Capjpo

cher Tamir,

suite au message de X, j’espère entrer en contact avec vous le plus tôt possible. Nous sommes un groupe de militants (juifs, arabes et autres), et nous organisons un certain nombre d’actions sur toute la France : manifestations, pétitions, conférences de presse, etc. Nous avons un site, http://paixjusteauproche-orient.com, qui contient de nombreuses informations, y compris des contacts en Israël. Il y aura bientôt un lien avec le site des refuzniks (dès que j’aurai fini de traduire quelques lettres de refuzniks).

Nous sommes prêts à vous fournir toute l’aide dont vous aurez besoin pendant votre séjour en France. Nous serions heureux également d’organiser, si cela est possible, des meetings avec des juifs francais qui hésitent à rejoindre le camp de la paix, parce qu’ils n’entendent que l’autre chanson (très active en France). Ils ont besoin d’informations "live". Vous pouvez me contacter à cette adresse email, j’essaierai de voir ce qu’il est possible de faire ce week-end. Vous pouvez aussi m’appeler au bureau.

En espérant vous parler très bientôt, X