Le plan de Sharon perpétuera la guerre
Thème : Retrait de Gaza Sharon : quelles intentions, quelle politique ? Une autre politique est possible
Ha’aretz , mis en ligne le 22 octobre 2004par
Dans une interview accordée au magasine du quotidien Haaretz, datée du 8 octobre 2004, Dov Weisglass, l’ancien directeur de cabinet d’Ariel Sharon, a exposé de façon claire ce que le Premier Ministre a lui-même cherché à atténuer dans les entretiens qu’il a donnés à l’occasion de Rosh Hashana (nouvel an). L’objectif du plan de retrait de Gaza est de perpétuer le contrôle israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie et de repousser toute pression interne ou externe en faveur d’une solution politique différente.
De façon régulière, Sharon tente de mettre en pratique sa vision des choses, c’est-à-dire le contrôle israélien des flancs Est et Ouest de la Cisjordanie et le maintien de couloirs de circulation en long et en large de ce territoire. Les Palestiniens garderont sept enclaves, reliées par des autoroutes spéciales.
Le plan de retrait facilitera la réalisation de cette vision, à un prix dérisoire du point de vue de Sharon : celui-ci rend la bande de Gaza, où vivent 37% des Palestiniens, mais dont la superficie ne recouvre que 1,25% de la terre d’Israël.
Quiconque traverse la Cisjordanie n’éprouvera aucun doute concernant les intentions cachées du plan de retrait. La construction dans les colonies, y compris illégales, progresse à grande vitesse, et environ 4 000 unités de logements sont aujourd’hui en cours d’édification. Une fois celles-ci peuplées, le nombre de colons en Cisjordanie augmentera d’environ 10%.
La majeure partie de la population israélienne soutient le plan de Sharon, en croyant naïvement que sa réalisation entraînera la fin de la guerre et une amélioration sensible de la situation économique. La communauté internationale - qui soutient également ce plan - est fatiguée par le conflit israélo-palestinien et n’investit plus grand effort pour tenter de le résoudre.
En dépit de la confession accablante de Weisglass à Haaretz, le camp de la paix continuera à soutenir le plan d’Ariel Sharon. Mais ce soutien inconditionnel exprime avant tout une faiblesse et un manque de confiance. Car de nombreux dirigeants du camp de la paix ne croient plus en leur capacité à impulser un mouvement politique audacieux - qui impliquerait un affrontement avec l’extrême droite - et à convaincre la majorité de la population de la justesse de leurs vues.
Ceux qui préfèrent un retrait unilatéral à une tentative sérieuse de rapprochement avec les Palestiniens acceptent le présupposé de base de Sharon - que celui-ci a cherché à confirmer à grands efforts - à savoir qu’« il n’y a pas de partenaire ». Toute personne susceptible d’être un partenaire n’a rien reçu de lui, à l’exception de compliments malvenus. Il est vrai qu’il n’y a pas de partenaire Palestinien qui soutienne un plan à sept enclaves, et il n’y en aura pas.
De nombreuses personnes honnêtes espèrent sérieusement que la sortie de la bande de Gaza et l’évacuation des colonies enclencheront une dynamique qui ne pourra être stopée. Une telle dynamique rendrait inévitable l’extension du processus à la Cisjordanie. Or, cette possibilité exerce une influence sur l’extrême droite, dont la violente opposition n’a pas encore atteint son sommet.
Toutefois, un tel scénario ne risque de se produire que si Gaza est remise entre les mains d’un gouvernement palestinien responsable, via une coordination étroite avec Israël et un soutien actif et généreux de la part de la communauté internationale et des Etats arabes riches. Une bande de Gaza ne constituant pas une source pour le terrorisme et où celui-ci ne règne pas, qui serait réhabilitée économiquement et dirigée par un gouvernement palestinien, pourrait constituer un modèle positif pour l’avenir.
Je ne suis pas certain que ce soit le modèle que Sharon ait en tête. Pour le moment, un modèle opposé - et négatif - semble plus probable : une bande de Gaza livrée au chaos, soutenue par des ONG humanitaires et contrôlée par des bandes armées - autrement dit un modèle qui empêchera tout Israélien d’envisager une extension du processus de retrait à la Cisjordanie. Au sein de la population israélienne, la poursuite de la guerre suite au retrait de Gaza provoquera la perte de tout désir de parvenir à un accord. Dans une telle atmosphère, notre étreinte mortelle autour de 2,5 millions de Palestiniens rassemblés dans sept enclaves de la Cisjordanie sera amenée à se perpétuer.
Dans l’éventualité où des élections générales se tiendraient avant la mise en œuvre du plan de retrait, celles-ci seraient nécessairement centrées autour d’un soutien ou d’une opposition au plan de Sharon. Sans aucun plan alternatif, la population soutiendra Sharon et son plan, préparant ainsi le terrain indirectement à la poursuite de la colonisation illégale en Cisjordanie. Lorsqu’ils s’apercevront que le conflit n’a pas été résolu, que la guerre avec les Palestiniens continue, que l’armée israélienne est occupée à protéger les colons et que l’isolation d’Israël au plan international ne cesse de croître, les Israéliens en auront pour quatre années supplémentaires avec un gouvernement qui en réalité ne souhaite rien d’autre.
Weisglass a affirmé ouvertement à Haaretz que « le plan de retrait fournit la quantité nécessaire de formole pour qu’il n’y ait pas de processus politique avec les Palestiniens ». Le formole, faut-il le rappeller, est le liquide dans lequel sont conservés les morts.
Les partis politiques qui souhaitent un processus politique - le parti travailliste, Shinui et Yahad - doivent proposer une alternative. Le réel choix se situe entre la fin de la guerre et la poursuite de la colonisation. Il n’y aura pas d’accord avec les Palestiniens tant que 250 000 Israéliens continuent à vivre dans 230 colonies et avant-postes en Cisjordanie. La guerre sur cette terre ne connaîtra de fin sans qu’environ la moitié de ces Israéliens ne retournent à l’intérieur des frontières de leur Etat et qu’une nouvelle carte ne voit le jour marquant la séparation entre Israël et l’Etat Palestinien.
Selon cette nouvelle carte, environ 80% de l’Eretz Israël sous mandat britannique se situeront à l’intérieur des frontières de notre Etat. Réalisée dans le cadre d’un accord, une telle division marquera une victoire historique pour le sionisme. Le choix entre les colonies et la fin de la guerre devrait être placé au centre des prochaines élections. Fatiguée d’être entraînée dans une guerre sans fin par une minorité d’extrêmistes, la majorité aura enfin son mot à dire.



