Le paradoxe commence a se déliter
Thème : Accords de Genève "Pas de partenaire" ? Une autre politique est possible
Ha’aretz , mis en ligne le 21 novembre 2003par
"Depuis quelques mois, l’idée s’exprime dans ces colonnes (en partie confortée par des donnees concrètes) que quelque chose dans la conscience des Israeliens est en train de changer et renforce le refus du statu quo. Cette semaine, de nouvelles données sont venues confirmer cette impression." Genève, la prise de position d’anciens chefs du Shin Bet, ...
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Haaretz, 19 novembre 2003
Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant
Le paradoxe israelien est toujours la, mais il commence a se deliter. Ce paradoxe est bien connu : une majorite en faveur d’un accord de paix avec les Palestiniens, en meme temps qu’une majorite (quoiqu’affaiblie) soutenant un gouvernement et un premier ministre qui s’opposent a cet accord. (...)
De nouveaux elements commencent a apparaitre. Depuis quelques mois, l’idee s’exprime dans ces colonnes (en partie confortee par des donnees concretes) que quelque chose dans la conscience des Israeliens est en train de changer et renforce le refus du statu quo. Cette semaine, de nouvelles donnees sont venues confirmer cette impression.
Depuis dix ans, jamais la rue, dans toutes ses composantes, ne s’etait vue presenter une initiative du genre de celle qui a ete deposee dans toutes les boites aux lettres du pays. L’initiative de Geneve n’est pas la solution ideale. Elle ne pretend pas l’etre et ne le peut pas. Mais son utilite va bien au-dela de la non-probabilite absolue qu’elle soit adoptee sous Sharon. Avant meme la signature en Suisse le 1er decembre, tout le monde aura recu la preuve qu’il existe des gens serieux a qui parler au sein de la direction palestinienne. Ce fait ne peut etre ni nie, ni cache, malgre le degout automatique qu’il suscite a droite. Au contraire : ceux qui veulent bruler le texte, comme la bande de Kfar Habad, et ceux qui le critiquent avec tant de passion, ne font que souligner a quel point il touche le point a son plus sensible le front du refus israelien. Cela leur semble si faisable, si inevitable meme, que l’ecume leur vient aux levres.
Le peuple, c’est bien connu, est parfois fou, mais il n’est pas stupide. Et il ne peut certainement pas ignorer ce que ceux a qui il a toujours confie sa destinee, les gens du Shin Bet qui travaillent jour et nuit a eliminer le terrorisme, disent aujourd’hui sur le conflit. L’unanimite d’opinion exprimee par les quatre anciens chefs du Shin Bet interviewes dans Yediot Aharonot a contribue de la maniere la plus importante depuis longtemps, a semer la confusion dans la tete confuse des Israeliens. Sous le titre provocateur "Nous avons des doutes sur l’avenir de l’Etat d’Israel", le quatuor demolit tous les gouvernements depuis Rabin et leur approche ambigue du processus politique.
Pour que l’opinion publique change, cela ne sera pas simple. Les signes que quelque chose est en train de bouger ne sont pas assez criants pour qu’ils se traduisent en un changement politique. Les Israeliens souffrent d’un retard au demarrage. On sait qu’ils sont prets a souffrir longtemps et en silence quand leur estomac leur fait mal de trop de colere. On ne peut plus negliger le fait que s’approfondit le malaise cree par l’immobilite dans tous les domaines. C’est un malaise qui s’etend, mais qui ne se depeche pas d’apparaitre dans les sondages. Comme beaucoup d’autres, nous n’avons que peu tendance a reconnaitre nos erreurs plus vite que nos dirigeants. Comme les Americains et leur president. Ils n’osent pas dire sur Bush le tiers de ce que les Britanniques ont dit sur lui dans un sondage realise la veille de son arrivee a Londres (qu’il est stupide), alors qu’une recherche rapide sur Google avec les mots-cles "Bush+stupide" donne plus de 750.000 reponses.
Ici aussi, cela prendra du temps de reconnaitre que les dirigeants actuels, et la voie de la droite en general, menent au desastre. Maintenant, nous avons une preuve, et pas seulement de la part de Yossi Beilin et de ses amis de gauche. Avec autorite, sans demander la permission, les anciens chefs du Shin Bet ont dit ce qu’ils avaient sur le coeur. Ce qui manque, bien sur, pour qu’il y ait un changement politique, c’est une coalition completement differente. Ce qui indique d’ailleurs qu’il ne faut pas se hater de tirer des conclusions. Pour cela, comme pourrait dire Sharon en paraphrasant Mark Twain, l’annonce de sa mort serait prematuree.



