Le défi de Gaza

par Gershon Baskin

Traduction Tal Aronzon pour LPM

Photo Mahmud Hams/AFP/Getty Images : Dans la ville de Gaza, mercredi 7 août, pendant le cessez-le-feu, un jeune Palestinien regarde les ruines du quartier d’al-Tufah.

The Jerusalem Post, le 20 août 2014

« Gaza, bien sûr, est différente à beaucoup d’égards. Mais une leçon à tirer de l’Iraq, leçon à cent pour cent pertinente pour Gaza, est qu’on ne saurait résoudre un problème politique par des moyens purement militaires », observe Gershon Baskin, qui propose ici une solution par étapes – commençant pour une fois par l’indépendance de la bande de Gaza... avec le risque qu’elle s’arrête là.

Une solution en désespoir de cause, donc, dont son auteur lui-même dit qu’elle est loin d’être la meilleure ; la meilleure étant à ses yeux comme aux nôtres de prendre pour base l’initiative de paix arabe. À savoir le retour aux frontières antérieures à la guerre des Six Jours et la mise en œuvre avec l’Autorité palestinienne de la formule “2 peuples 2 États” ayant chacun Jérusalem pour capitale... À savoir aussi le retrait des colonies – à l’exception de quelques grands blocs supposant un échange équitable – et non comme aujourd’hui leur prolifération.

Malgré ces réticences communes à l’auteur et à nous, nous vous livrons cependant cette proposition de sortie de crise... une sortie qui ne paraît s’annoncer ni rapide ni facile.

La guerre a repris et tout le monde se focalise sur ses aspects militaires – comment crucifier le Hamas, tuer ses dirigeants, le mettre à genoux. Tous les plans militaires sont possibles. Il est possible de reconquérir Gaza ; de tuer la plupart, voire la totalité, des dirigeants politiques et militaires du Hamas ; et même de provoquer à Gaza un changement de pouvoir.

Militairement parlant, Israël est assez puissant pour le faire. Il y aura un prix à payer – qu’il est impossible d’évaluer à l’avance – mais si Israël est prêt à le payer, c’est faisable. Je conseille cependant à quiconque croirait résoudre ainsi le problème de Gaza d’observer l’Iraq.

Les États-Unis ont battu Saddam Hussein, conquis le pays, démobilisé 250 000 de ses soldats, créé une armée nouvelle qu’ils ont équipée, mené des élections démocratiques, donné naissance à un nouvel Iraq. En dépit de la victoire américaine, l’Iraq n’a pas connu ne fût-ce qu’un jour de paix, et ses parages sont aujourd’hui bien plus dangereux qu’avant qu’on eut coupé la tête de l’hydre iraqienne.

Gaza, bien sûr, est différente à beaucoup d’égards. Mais une leçon à tirer de l’Iraq, à cent pour cent pertinente pour Gaza, est qu’on ne saurait résoudre un problème politique par des moyens purement militaires. Le problème politique de Gaza, qui est celui du conflit israélo-palestinien, reste l’aspiration du peuple palestinien à vivre libre de la domination israélienne. À ce problème, une solution politique doit être donnée.

Voici donc une nouvelle idée – quelque peu recyclée d’une lointaine époque, mais pas moins neuve pour autant dans le contexte actuel : que Gaza devienne la première étape d’un État palestinien indépendant et souverain. Si l’expérience réussit – s’il se montre pacifique, focalisé sur le développement et l’éducation à la paix – Israël serait d’accord pour que la Cisjordanie suive et s’unisse à l’État palestinien dans une pleine indépendance.

En cas d’échec, les pressions exercées sur Israël quant à la Cisjordanie prendront fin, et il nous faudra chercher d’autres solutions.

Qu’il soit clair que je ne vois pas cette façon de procéder comme la meilleure.

La meilleure façon de procéder, c’est qu’Israël se déclare prêt à prendre l’initiative de paix arabe pour base des négociations israélo-palestiniennes, et mette sur pied un pacte de sécurité et de stabilité régionale dans lequel ses autres voisins arabes – l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Bahrein et les Émirats – s’engageraient également. La mise en œuvre en serait évidemment graduelle, progressant au fil du temps en fonction de critères de réussite qui incluraient des paramètres de sécurité, économiques et politiques.

Quoiqu’il en soit, la même formule de base pourrait être développée vis-à-vis de Gaza.

Pour commencer, Israël déclarerait que Gaza sera libre et que le blocus prend fin, qu’il lui sera loisible d’avoir un port et un aéroport ; Gaza serait reconnue par Israël et par le monde comme première étape de l’indépendance palestinienne.

Israël et la direction palestinienne (et non le Hamas) négocieraient le cadre, le calendrier et les critères de performance du plan d’application. Une conférence internationale de donateurs se tiendrait pour la reconstruction de Gaza, qui se ferait elle aussi progressivement et en fonction des résultats obtenus quant aux critères de sécurité, économiques et politiques. Un pacte de sécurité et de stabilité régionale serait signé, qui permettrait aux troupes de l’Autorité palestinienne d’être envoyées à Gaza avec, si tel en était le souhait, des forces arabes et européennes supplémentaires. Le pacte de sécurité et de stabilité garantirait qu’aucune militarisation de la bande de Gaza n’aura lieu.

Autre aspect vital de la proposition, le changement aussi rapide que possible des relations entre Gaza et Israël grâce à l’offre par ce dernier d’une aide à tous les niveaux, et à sa façon de faciliter les efforts internationaux de reconstruction de Gaza. Cela inclurait de relier l’économie de Gaza à celle de la Cisjordanie et d’Israël – ce qui signifie des exportations et des importations vers et depuis Israël, et via Israël vers la Cisjordanie et le monde entier. Israël offrirait également d’accueillir des travailleurs palestiniens, quoique la reconstruction de Gaza doive permettre au plein emploi de s’y instaurer, fournissant sur place du travail à qui voudra.

Le plan tout entier repose sur la création d’incitations par essence politiques et économiques. Le défi est que la réussite de Gaza déterminera également l’avenir de la Cisjordanie. Si un réel progrès est fait à Gaza, avec une direction palestinienne responsable donnant des leaders aux Palestiniens de Gaza, Israël entamera avec ceux-ci des négociations sur la transformation graduelle de la Cisjordanie en seconde part de l’État palestinien.

La clef du processus consiste à instituer des critères de performance et, avec le concours d’un système fiable de mise en place de l’aide internationale, à avancer à mesure que les progrès sont rapportés et vérifiés. Ajoutant de nouveaux éléments de souveraineté, d’indépendance et de développement économique à Gaza en fonction des progrès effectués, le plan incitatif doit entraîner de nouvelles avancées par la translation du processus en Cisjordanie. C’est là le lien essentiel qui doit prévenir les risques de sécurité induits par la pensée que “Gaza d’abord” puisse être ”Gaza seule”.

Il devrait être tout à fait clair maintenant que le peuple palestinien, à Gaza et en Cisjordanie, ne renoncera pas à son aspiration à être un peuple libre sur sa terre. Il devrait être clair qu’aucun peuple n’accepterait de vivre en état de siège, sans liberté de mouvement et d’accès. Il devrait être également clair que le moment est venu pour Israël de lancer une initiative politique d’une sorte ou d’une autre ayant pour objectif de résoudre le conflit.

Ne pas prendre d’initiative au plan politique, c’est trahir le rêve sioniste.