"Le Pays des Colons" - Interview de Haïm Yavin

Thème : Colonisation, yesha

par Ilan Rozenkier

Au mois de juin, nous organiserons une série de projections-débats autour de ce film, dans plusieurs villes de France et en Belgique. Voici en prélude l’interview de l’auteur.

 

Alors qu’il présente le journal télévisé en Israël depuis plus de trente ans, Haïm Yavin - "M. Télé" a décidé il y environ quatre ans d’explorer avec un caméscope les colonies en Cisjordanie. Son aura lui permet d’engager des discussions et des débats que les colons refusent généralement d’accorder à la presse. Haïm Yavin en a sorti un documentaire en cinq volets : "Le Pays des Colons". La personnalité de l’auteur du documentaire et la visibilité qu’a choisi de lui donner la deuxième chaîne privée du pays, en programmant le film en prime-time, donnent une force exceptionnelle à ces témoignages. Un homme aussi consensuel que Haïm Yavin, qui ne se présente pas comme un homme de gauche, a pris la peine d’observer la réalité de l’occupation sans la travestir, ni sans la justifier un seul instant. (Intro réalisée par Les Amis belges de Shalom Akhshav, qui présentent déjà leur soirée à Bruxelles sur leur site : http://www.shalomAkhshav.be/article...

Haïm Yavin, qui sera présent à la plupart des projections-débats prévues (Paris, Bruxelles, Strasbourg, Nancy, Angers, Nice et peut-être Tours), a répondu à quelques questions que nous lui avons posées. Interview réalisée par Alain Rozenkier (La Paix Maintenant).

LPM : Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film ?

Haïm Yavin : Deux choses : l’histoire en elle-même est fascinante. Moi qui ai déjà à mon actif plus de 80 documentaires, j’avais "faim" de faire ce travail. J’ai voulu voir les choses de près. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la deuxième Intifada. Je voyais bien qu’au journal télévisé, nous ne donnions pas toutes les informations et que nous ne disions pas toute la vérité au peuple, ni à propos d’Israël, ni à propos des Palestiniens. J’ai décidé d’aller voir les choses de près, et je suis parti. Je ne prétends pas ici avoir fait davantage qu’un carnet de voyage. Voir les choses de près, rencontrer des gens, de toutes sortes et de toutes origines.

LPM : Qu’avez-vous découvert que vous ne saviez pas, vous qui êtes journaliste et donc un témoin privilégié ?

H.Y. : Ce n’est pas mon premier film sur le problème israélo-palestinien. J’en ai déjà monté ou réalisé une dizaine sur ce sujet. En réalité, la découverte principale a été sur moi-même. Ce film est ma prise de position, mon opinion. Cela, je ne l’avais jamais fait auparavant. Mais la situation m’y obligé. L’Intifada a été terrible. Quel pays préparons-nous pour nos enfants ?
La proximité avec les gens, sans aucune distance, cela aussi a été nouveau. Ce n’était plus le format "objectif" des infos, mais l’aspect humain.
Je suis parvenu à la conclusion, profondément ancrée, que tant qu’il y aura des colonies, il n’y aura pas de paix. Je ne sais pas ce qui se passera après l’évacuation, mais c’est notre dernière chance.

LPM : A votre avis, quel a été l’impact de votre film en Israël ? Et aux Etats-Unis quand vous l’avez présenté ?

H.Y. : Je ne sais pas. Cela dépend à qui l’on pose la question. En Israël, certains pensent que la série a facilité le désengagement de Gaza. La série a eu un énorme impact aux Etats-Unis. Jusqu’aujourd’hui, je reçois des invitations à des conférences. Je crois qu’en Israël, ce film a "gratté" la couche d’indifférence des gens qui ne pensent pas forcément que les territoires leur appartiennent. On m’a aussi rapporté qu’il y a gens de droite qu se sont dit : "Bon, il va falloir reconsidérer tout ça."

LPM : Que pensez-vous de cette capacité qu’a la société israélienne d’oublier très vite ce qu’elle ne veut pas voir ?

H.Y. : L’attitude des Israéliens à l’égard des territoires et des Arabes montre qu’ils pratiquent la politique de l’autruche et du refoulement. Cette indifférence leur facilite la vie. Il est plus facile de garder le contrôle des territoires, de ne pas réveiller le fauve qui dort. Nous n’agissons qu’en cas de catastrophe, comme au Liban ou lors de guerre du Kippour. Je crains que, là aussi, nous attendions une sorte de catastrophe avant de nous prendre en mains.