La crise humanitaire ne les émeut pas

Thème : Occupation-Colonisation Économie, infrastructures

Ha’aretz
mis en ligne le 20 juin 2007
par Nehemia Strasler

quelques rappels, en particulier économiques, pour se souvenir que ce que dit la droite israélienne (et certains ministres) est parfaitement inadmissible

Ha’aretz, 19 juin 2007

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Du point de vue du leader du Likoud, Benjamin Netanyahou, la prise de la bande de Gaza par le Hamas prouve que la droite a eu raison depuis le début. Israël ne devait pas quitter Gaza en 2005, ni le Liban en 2000, dit Netanyahou. La conclusion de Netanyahou et de Tsvi Hendel (Union nationale, extrême droite) est qu’Israël ne doit négocier ni sur le Golan ni sur la Cisjordanie, car le président syrien Bachar Assad n’est pas fiable et le président palestinien Mahmoud Abbas est faible.

Avec de telles positions, on pourrait vite oublier que des roquettes étaient tirées sur Sderot alors qu’Israël occupait Gaza. Le Hamas aurait pu prendre le pouvoir à Gaza même si les colonies étaient restées aux mains d’Israël. Sauf que si Israël ne s’était pas retiré de Gaza, les Palestiniens auraient tiré sur les colons, et l’armée israélienne aurait payé un prix très lourd pour les protéger.

Mais le nombre de morts n’émeut pas Netanyahou et Hendel. Selon eux, nous vivrons toujours par le glaive pour les 100 ans à venir. Pas plus que ne les émeut la crise humanitaire à Gaza. Ils pensent qu’Israël s’est montré très charitable envers les Arabes de Gaza et de Cisjordanie, car leur niveau de vie a augmenté au cours des années d’occupation.

Sauf que les chiffres indiquent le contraire. En 1970, le PNB en Cisjordanie était de 250$ par tête. il est aujourd’hui de 1.300$, soit une multiplication par 5 en valeur nominale. Pendant la même période, la Jordanie a connu une multiplication par 10 du même taux : de 280$ à 2.800$.

De même à Gaza : le PNB est passé de 170$ par tête en 1970 à 1.000$ aujourd’hui, soit une multiplication par 6. En Egypte, ce taux est passé de 200$ à 1.800$, soit une multiplication par 9. Autrement dit, les conditions de vie des Palestiniens sous occupation israélienne ont empiré par rapport au reste de la région, sans parler de l’énorme fossé entre eux et nous. Le PNB israélien par tête est de 20 fois supérieur à celui des Palestiniens.

Israël a honteusement utilisé les ressources de la Cisjordanie et de Gaza, se servant comme le propriétaire des territoires occupés. Pendant des années, Israël a empêché les territoires palestiniens de se développer et d’y implanter des usines : les industriels israéliens s’y sont opposés. Mais une main d’oeuvre bon marché et humiliée a été exploitée. Les Palestiniens faisaient la queue pendant des heures au point de passage d’Erez dès 2 h du matin pour un jour de travail en Israël. Israël a aussi considéré les 3,5 millions d’habitants de Cisjordanie et de Gaza comme un marché captif pour les produits israéliens, en général ceux de qualité inférieure. A ce jour, des usines israéliennes spécialisées dans l’industrie de la mode continuent à exploiter la main d’oeuvre bon marché de Gaza pour des tâches de couture très simples.

De plus, Israël a empêché l’Autorité palestinienne d’installer une grosse centrale électrique pour qu’elle reste dépendante de la Société électrique israélienne. De même, Israël a empêché la construction d’un port maritime pour contrôler ainsi les exportations et les importations. La société israélienne Dor a été chargée de fournir les territoires en gaz.

Pendant 40 ans, Israël a emprisonné 1,4 millions de gens dans le grand camp de réfugiés, négligé et retardé, qu’est la bande de Gaza, en faisant des "pauvres et des exclus", comme aurait dit le prophète Isaïe. Le taux de chômage à Gaza est de 60%, et les habitants dépendent du riz et du houmous qu’ils reçoivent de l’UNWRA, l’agence des Nations unies. Cette situation est désespérée. Les parents sont dans l’incapacité de donner à manger à leurs enfants, les logements sont lugubres, la pauvreté est humiliante et la saleté, la négligence et la surpopulation causent désespoir et agressivité.

Il n’existe quasiment aucune famille à Gaza dont un proche n’ait pas été tué ou blessé, ou souffert de dégradation. Dans pareille situation, ils n’ont rien d’autre à perdre que leur vie elle-même. Il est clair aujourd’hui que quand le désespoir est suffisamment profond, même la vie n’a rien d’attrayant. La semaine dernière, une femme dans son neuvième mois de grossesse, mère de 8 enfants, a été arrêtée alors qu’elle allait commettre un attentat-suicide.

Quand les Palestiniens disposaient d’un leader fort et largement accepté, Yasser Arafat, avec qui il était possible de parvenir à une solution définitive, Israël l’a dépeint comme un monstre et l’a emprisonné dans ses quartiers de la Mouqata jusqu’à sa mort. Quand Abbas, leader plutôt agréable, a pris sa place, Israël l’a humilié, l’a affaibli et a frappé l’Autorité palestinienne. Israël n’a pas voulu lui laisser la réussite du retrait de Gaza. Comment s’étonner que le Hamas ait gagné les élections ?

Il y aurait beaucoup à dire sur le fossé entre riches et pauvres en Israël [1], fossé dont on dit qu’il met en danger la stabilité de la société. Mais que dire des fossés entre nous et les Palestiniens ? Ne nous mettent-ils pas en danger ? Après tout, personne n’a envie de vivre dans une "villa dans la jungle", comme l’a dit Ehoud Barak. Personne ne souhaite que son voisin soit pauvre, au chômage, et prépare sa vengeance. Mais la situation est précisément celle-ci. C’est là que nos dirigeants nous ont menés. Mais, pour Netanyahou et Hendel, ce n’et pas un souci. Ce qu’ils veulent, c’est conduire le pays sur le chemin de la destruction et du deuil : parce que la Tombe de Rachel [2] est plus importante.