La chute de Gaza et l’avènement de la Palestine 

IPCRI (Israel/Palestine Center for Research and Information)
mis en ligne le 16 juin 2007
par Gershon Baskin

La chute de Gaza pourrait représenter pour la Palestine une occasion de naître à elle-même à partir de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, où il revient à la direction palestinienne de reprendre l’initiative - à commencer par celle de la paix... propose Gershon Baskin, fondateur et co-directeur, avec le Palestinien Hanna Siniora, du Centre israélo-palestinien de recherche et d’information.

The Israel/Palestine Center for Research and Information (IPCRI), Jérusalem
Vendredi 15 juin 2007

http://www.ipcri.org

Trad. : Tal Aronzon pour La Paix Maintenant

La chute de la bande de Gaza aux mains du Hamas a précipité le peuple palestinien dans la pire de ses crises depuis 1967. Chaque crise ouvre généralement de nouvelles opportunités et celles-ci méritent d’être, si possible, explorées et exploitées. Gaza est perdue, pour le moment, et il est peu de choses que la direction palestinienne à Ramallah puisse faire dans l’immédiat pour changer le cours des événements. Il faut désormais concentrer tous les efforts sur la Cisjordanie et épargner au peuple palestinien encore d’autres désastres et cauchemars superflus. L’occasion s’offre aujourd’hui d’opposer aux horreurs de Gaza une réalité nouvelle en Cisjordanie, susceptible de servir d’exemple et de point focal à une dynamique palestinienne positive.

La direction palestinienne à Ramallah devrait se séparer de Gaza (pour le moment). Si, dans le même temps, la direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est promulguait le plan en dix points suivant, un avenir nouveau, plein de promesses et d‘espoir, pourrait se faire réalité ; celle-ci serait le meilleur moyen de servir les intérêts du peuple palestinien.

*****

Plan en dix points proposé :

1. La direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est devrait déclarer qu’elle a pour intention d’établir un État palestinien indépendant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qui vivra en paix avec tous ses voisins.

2. La direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est reconnaît le droit d’Israël à exister, adhère à l’ensemble des accords signés entre l’OLP et l’État d’Israël et renonce à toutes les formes de violence.

3. La direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est appelle le gouvernement d’Israël à reprendre immédiatement les négociations pour un statut définitif [1], qui auront lieu avec l’aide du Quartette et se dérouleront sans interruption jusqu’à parvenir à des accords ratifiés par les deux parties.

4. La direction palestinienne appelle le gouvernement d’Israël à débloquer immédiatement l’ensemble des recttes fiscales retenues par Israël et à les transférer au Trésor Public palestinien à Ramallah. La direction appelle également Israël laisser partir en Cisjordanie des prisonniers palestiniens - en particulier ceux arrêtés avant la mise en place de l’Autorité palestinienne en 1994, ainsi que d’autres prisonniers s’engageant à accepter la réalité nouvelle en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et prêts à vivre en paix avec leurs voisins.

5. La direction palestinienne appelle les gouvernements étrangers à renouer leurs relations diplomatiques et reprendre leurs programmes de soutien financier au peuple palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

6. La direction palestinienne appelle les gouvernements étrangers à apporter une aide humanitaire à la population de Gaza par le biais de diverses agences d’aide internationales et appelle le gouvernement israélien à laisser entrer à Gaza l’aide alimentaire et médicale destinée directement à la population.

7. La direction palestinienne préparera de nouvelles élections en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, lesquelles se dérouleront dans un délai de trois mois. Seuls les partis politiques qui acceptent de reconnaître Israël, adhèrent aux accords et engagements internationaux antérieurs, soutiennent la démocratie et renoncent à la violence seront autorisés à participer à ces élections.

8. Consciente des erreurs du passé, la direction palestinienne met immédiatement en œuvre un plan réunifiant l’ensemble des forces de sécurité palestiniennes sous l’autorité directe de la hiérarchie politique. Les effectifs [de cette force unique] seront largement réduits, de telle sorte que le nouveau gouvernement puisse faire porter tous ses efforts sur le développement, la construction du nouvel État, l’éducation nationale, la santé publique et les prestations sociales. La législation sur les armes sera strictement appliquée et la première tâche de la force de sécurité palestinienne sera la collecte des armes non autorisées. Le gouvernement palestinien, avec le concours de gouvernements étrangers, mènera avec détermination une opération de collecte des armes, via les médias et l’éducation nationale et en application de la loi.

9. En accord avec les consignes de paix de la direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, toute forme de propagande contre la paix et contre Israël sera interdite. Le gouvernement de la Palestine promouvra immédiatement des programmes de réforme scolaire intégrant l’éducation à la paix avec Israël à tous les niveaux d’étude et dans toutes les écoles. Cette campagne fera également intervenir les médias officiels et prouvera sans nul doute possible la détermination du peuple de Palestine à œuvrer pour la paix.

10. L’action de la direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-est visera à forger là une réalité nouvelle, propre à insuffler aux Palestiniens de Gaza l’inspiration fondamentale d’y renverser le gouvernement du Hamas et d’unir à nouveau le peuple et les territoires palestiniens, en sorte que l’État palestinien qui sera fondé en Cisjordanie et à Jérusalem-Est puisse inclure aussi la bande de Gaza.

*****

Lorsqu’une telle plate-forme sera mise sur la table par la direction palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, Israël devra immédiatement y répondre par l’acceptation des demandes palestiniennes : déblocage des recettes fiscales ; libérations de prisonniers ; réouverture de relations diplomatiques pleines et entières comprenant la reprise des négociations pour un statut définitif ; aide à la création d’une nouvelle donne en matière de sécurité par la suppression des barrages et clôtures de routes en Cisjordanie ; et même, annonce de la suspension par Israël de l’édification de la barrière de sécurité dans l’attente d’un règlement futur. Israël devrait faire tous les efforts possibles pour aider à la naissance de promesses et d’une espérance nouvelles pour les deux peuples, palestinien et israélien.

Les sondages récemment menés par l’ICPRI [2] au sein de l’opinion publique israélienne montrent que si les Israéliens croyaient vraiment en l’intérêt sincère des Palestiniens pour la paix, ils seraient prêts à faire les concessions nécessaires à la conclusion d’un accord de paix avec eux. Le pas le plus convaincant que les Palestiniens pourraient faire pour en persuader les Israéliens, selon ce sondage, est l’adoption d’un programme d’éducation à la paix dans les écoles et les médias. Aux yeux des Israéliens, cela représente une réflexion réelle sur les valeurs choisies par la société ; un tel programme démontrerait au peuple israélien et à la communauté internationale que les Palestiniens sont prêts à la paix. Israël devrait répondre avec une rapidité et une sincérité d’intention qui conforteraient l’adhésion à la paix parmi les Israéliens comme parmi les Palestiniens.

La seule alternative à la proposition ci-dessus est un surcroît de souffrances et de désastres pour l’ensemble des Palestiniens et des Israéliens. Les derniers événements sont loin de former le meilleur scénario possible et représentent, au point de vue palestinien, une colossale tragédie. La direction palestinienne est de nouveau à la croisée des chemins - et doit choisir en quel sens diriger [son peuple]. Il y a toujours plus de deux alternatives, mais celles-ci mènent soit vers l’espoir et la paix, soit vers plus de désespoir et de souffrances encore. Gouverner consiste à prendre des décisions difficiles. Les crises produisent de nouvelles occasions de changer vraiment les choses, et le moment est venu de les changer.