L’immobilier dans les colonies : un investissement risqué

Thème : Colonisation, yesha Shalom Akhshav : action et influence

Jewish Telegraph AgencyCommon Ground News Service
mis en ligne le 21 août 2007
par Ori Nir

Jewish Telegraphic Agency, 10 août 2007

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Article diffusé par Common Grounds

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Quand un certain nombre de colons de Cisjordanie a lancé une ambitieuse campagne de vente de maisons aux juifs américains ( [1], Shalom Akhshav (La Paix Maintenant) avertissait : investir dans l’immobilier au-delà de la ligne Verte n’était pas seulement condamnable moralement et politiquement, mais aussi financièrement risqué.

Nous ignorions alors que cette zone grise sur le plan de l’immobilier jouerait un rôle dans la faillite de la société de construction Heftzibah, l’une des entreprises israéliennes les plus importantes et le plus gros constructeur de colonies en Cisjordanie.

Bien que la faillite financière de Heftzibah ne soit pas seulement due à ses constructions illégales sur des terres appartenant à des personnes palestiniennes privées, son histoire devrait servir de chiffon rouge à quiconque envisage un investissement immobilier dans une colonie de Cisjordanie. Allez demander leur avis aux 430 familles orthodoxes qui ont payé chacune à Heftzibah la somme de 100.000$ pour de petits appartements dans la colonie de Modi’in Illit. Ces propriétaires se retrouvent empêchés par décision du tribunal d’occuper leurs appartements, parce que Heftzibah en a construit certains sur des terres palestiniennes privées.

L’histoire des ennuis de Heftzibah à Modi’in Illit est un révélateur in vivo de la manière dont des terres ont été volées et manipulées par des colons, des intermédiaires et des entrepreneurs, avec l’aide généreuse de politiques israéliens et de bureaucrates du gouvernement.

Cela a commencé avec un achat douteux, réalisé par un vendeur israélien de terres, de grandes parcelles de terrains situés autour du village de Bil’in, à l’ouest de Ramallah. Le vendeur, Shmouel Enav, sera plus tard condamné pour avoir encouragé d’autres vendeurs de terres de contribuer financièrement au Likoud en échange de faveurs potentielles de représentants du Likoud une fois élus.

Sur et autour du site de Modi’in Illit, Enav a acheté des parcelles à des Palestiniens qui se sont présentés frauduleusement comme les propriétaires légaux. Selon une enquête du quotidien israélien Ha’aretz, des représentants du gouvernement israélien ont déclaré ces terres « terres d’Etat », puis les ont loué aux vendeurs pour pouvoir blanchir des achats de terres illégaux [2].

D’autres portions de terres destinées au grand projet de logement de Modi’in Illit, aujourd’hui la plus grande colonie de Cisjordanie, étaient situées en dehors des limites administratives de la colonie et connues pour appartenir à des personnes privées palestiniennes. Malgré tout cela, des permis de construire ont été délivrés (illégalement) et Heftzibah a continué à bâtir.

C’est alors que Shalom Akhshav, avec quelques-uns des propriétaires palestiniens, a saisi la Haute cour, qui a ordonné l’arrêt des travaux [3]. La cour a également ordonné au gouvernement d’ouvrir une enquête pour déterminer comment les permis de construire illégaux avaient été délivrés et pourquoi les bâtiments construits illégalement n’étaient pas démolis.

S’il y a quelque chose d’unique dans cette histoire, c’est que Heftzibah et d’autres sont tenus par la Haute cour pour responsables d’un comportement illégal qui est devenu pratique courante en Cisjordanie. Un rapport récent de Shalom Akhshav, qui s’appuie sur des chiffres gouvernementaux, montre qu’environ un tiers des terres utilisées par les colonies de Cisjordanie sont des terres privées palestiniennes [4].

De plus, Shalom Akhshav a montré que, malgré les terres généreusement allouées aux colonies par le gouvernement (seules 9% des zones sous juridiction de colonies sont bâties), 90% des colonies débordent au-delà de leurs limites. Et environ un tiers des terres utilisées par les colonies sont situées hors de leur juridiction.

Si Shalom Akhshav a saisi la Haute cour, ce n’est pas seulement pour protéger les droits des propriétaires palestiniens. Cela a été fait aussi, et surtout, pour des considérations de sécurité, avec la ferme conviction qu’à long terme, un Etat palestinien viable et stable constitue une condition nécessaire à la sécurité d’Israël. Les colonies empêchent la création d’un tel Etat.

Il est clair que l’action judiciaire de Shalom Akhshav ne constitue pas une alternative à l’action politique pour que le gouvernement israélien gèle, puis inverse, l’entreprise de colonisation. Cette action judiciaire a plutôt une fonction de dissuasion. C’est une manière de rappeler aux Israéliens et à l’opinion que le fait de s’installer en Cisjordanie a un coût, et que les terres au-delà de la ligne Verte ne constituent pas une réserve d’expansion immobilière. L’action judiciaire est un outil qui doit faire prendre conscience aux Israéliens de l’énorme valeur politique de la Cisjordanie, territoire dont Israël devra se retirer s’il veut continuer à exister en tant qu’Etat juif démocratique.

Espérons qu’en faisant réfléchir sur le risque financier qu’il y a à investir dans l’immobilier en Cisjordanie, les Israéliens et les Juifs américains évalueront aussi les dommages causés à l’avenir d’Israël en construisant des colonies au-delà de la ligne Verte.