L’ancien chef du Shabak : « Un ego-maniaque dirige le pays »

par Yossi Zilberman

Traduction et notes : Marc Lefèvre pour LPM

Photo : Carmi Gillon s’exprime lors de la manifestation. « Nous ne vous laisserons pas détruire l’État [d’Israël] » proclame l’affiche de Shalom Akhshav à ses côtés.

Aroutz 2, Site de la 2e chaîne de télévision israélienne, le 31 novembre 2014.

http://reshet.tv/News_n/heb/news/Po...

Deux excellentes raisons de vous donner la traduction de cet article aujourd’hui :

L’actualité des questions de démocratie en Israël, avec la proposition de stigmatiser d’un badge (jaune et en forme d’étoile ou de rouelle ?) les partis, associations ou mouvements recevant des dons de l’étranger – hydre ressortant périodiquement la tête, et ne concernant bien sûr que les opposants à la politique de Bibi Nétanyahou et consorts ;

La très récente disparition de Yossi Sarid, chaleureusement mentionné par Carmi Gillon dans sa prise de parole – donnant ainsi à Marc Lefèvre l’occasion d’une note en forme d’hommage.

Disons ici toute notre tristesse. Yossi nous manque déjà, la pertinence pugnace de ses analyses, le plaisir simplement de le lire et sa présence dans tous les combats pour la paix et la justice. [T.A. pour LPM].

À l’occasion d’une manifestation de la gauche, organisée à Jérusalem le samedi 31 novembre [2014] au soir, l’ancien chef du Shabak [1], Carmi Gillon, a déclaré en une attaque sans précédent contre le Premier ministre Benyamin Nétanyahou : « Le projet de loi sur la nationalité dévore comme un cancer le cœur de la nation. La poursuite de la politique messianique et extrémiste sur le mont du Temple conduira à la guerre de Gog et Magog [2], au détriment du peuple juif dans son entier – dont l’État d’Israël est responsable. »

Des milliers de personnes ont pris part à cette manifestation devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, en signe de protestation contre le projet controversé d’une nouvelle loi sur la nationalité. Elle a surtout été marquée par les déclarations de Carmi Gillon : « L’État d’Israël est géré par des pyromanes, et dirigé par un ego-maniaque qui nous mène à sa destruction. »

Les propos contre le Premier ministre et son projet de loi sur la nationalité ont été ovationnés par les milliers de manifestants, parmi lesquels des représentants du parti travailliste, du Meretz et de Shalom Akhshav.

« Nous devons être la voix de Yo’hanan Ben Zakaï [3] qui a permis au judaïsme de renaître de ses cendres, face aux suicidés de Massada incarnés aujourd’hui par Bibi Nétanyahou et ses partisans d’extrême-droite. »

« Si Yossi Sarid [4] me dit à moi, qui me définis comme un centriste, que pour combattre le fascisme il faut virer à gauche, je vire à gauche », a ajouté Carmi Gillon.

Le député travailliste Ariel Margalit a lui aussi pris la parole et déclaré : « Bibi, tu nous a dis : “Vous n’avez jamais procédé à une évacuation de territoire, vous n’avez rien fait” – Alors, nous t’annonçons aujourd’hui que nous avons entamé un nouveau projet d’évacuation et de reconstruction pour l’État d’Israël : Nous allons t’évacuer de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, et te renvoyer bientôt chez toi, à Césarée ! »

La présidente du parti Meretz, Zehava Gal-On, a également déclaré : « Bibi, bienvenue dans la réalité. Nous ne sommes pas en 1938. Nous sommes en 2015, et Israël est indépendant depuis 67 ans. Il y a des critiques portées contre l’État d’Israël, mais ces critiques concernent uniquement la continuation de ta politique d’occupation. Et si tu n’es pas vraiment content de notre déclaration d’Indépendance, plutôt que d’essayer de la dénaturer par des lois méprisables, nous t’invitons à te chercher un autre pays, doté d’autres principes fondateurs. »

NOTES

[1] ex Shin-Beth. Service de la sécurité intérieure.

[2] La guerre de Gog et Magog symbolise les forces sombres existant en chacun de nous, susceptibles de prendre le dessus en vue de notre destruction.

[3] Témoin de la destruction du Second Temple, il initia d’importantes réformes, qui fondèrent le judaïsme rabbinique, et permirent la perpétuation du judaïsme malgré la dispersion.

[4] Décédé le 5 décembre 2015. Homme politique, journaliste, essayiste et romancier, il fut le président du parti Meretz, et occupa des fonctions ministérielles et parlementaires plus de quarante années durant. Même au-delà de son camp politique, nombreux étaient ceux qui l’estimaient et reconnaissaient sa rigueur et son courage dans la défense des valeurs et des principes d’un sionisme de gauche, ainsi que sa clarté et sa richesse d’expression en hébreu.

Au premier plan, Yossi Sarid lors d’une manifestation à Sheikh Jarrah (Jérusalem-Est), le 22 janvier 2010. Sur la main brandie on peut lire « Daï laGazânouth – Ras l’bol du racisme ». Photo Abir Sultan/Flash 90. [DR]