L’Intifada blanche de Salam Fayyad

Thème : Politique et société palestiniennes

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 8 mars 2010
par Alex Fishman

De nouveau l’attention des diplomates se tourne vers le Moyen Orient. Les visites cette semaine de Joe Biden et de Georges Mitchell en Israël et dans les territoires palestiniens scellent-elles une reprise sérieuse des négociations israélo palestiniennes au point mort depuis un an ? Selon tous les commentateurs, il n’y a pas grand-chose à attendre dans l’immédiat, les positions sont bien trop éloignées et les objectifs des deux parties ne sont pas les mêmes. Le gouvernement israélien affirme qu’il ne s’oppose pas à ce processus et qu’il appelle à une reprise de négociations directes avec les Palestiniens. En fait, il semble plutôt qu’il cherche surtout à gagner du temps en visant les élections de la mi mandat de novembre prochain aux Etats-Unis qui bloqueront les initiatives américaines dans la région. Quant aux Palestiniens ils veulent, selon Alex Fishman, commentateur du Yediot Aharonot, profiter de ces négociations pour renforcer leur position en vue des prochaines élections en Cisjordanie qui constitueront le vrai test pour le tandem Abbas-Fayyad.

Yediot Aharonot, 9 mars 2010

http://www.ynetnews.com/articles/0,...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

A l’heure actuelle, les hautes personnalités palestiniennes ne veulent plus des cartes de VIP émises par Israël pour environ 300 élus et chefs des organes palestiniens de sécurité. Ces cartes leur permettent, entre autres avantages, de rester dans leur Mercedes climatisée tout en passant à toute vitesse les barrages routiers de Tsahal en Cisjordanie, sous le regard envieux et en colère de leur peuple. Ces cartes sont devenues un symbole de la « collaboration », c’est-à-dire des bonnes relations entre les organes de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) et le Shin Bet israélien. Aujourd’hui, on évite de les prendre. Hussein al-Sheikh, vice-ministre aux affaires civiles de l’AP, a annoncé publiquement qu’il refusait d’accepter cette carte, car Israël avait enlevé 100 noms de la liste des VIP bénéficiaires - tous membres du Comité central du Fatah qui avaient participé aux manifestations à Bil’in.

Mais ce ne sont pas seulement les cartes qu’on court-circuite. On court-circuite également les liens économiques avec Israël. Des fonctionnaires palestiniens parlent d’éliminer progressivement le travail palestinien dans les zones industrielles des colonies, dans le cadre du changement de structure économique et organisationnel de l’AP. Des observateurs entrent dans les magasins de Cisjordanie et confisquent les produits fabriqués dans les colonies.

En gros, le tandem Abbas-Fayyad tente d’éliminer les derniers vestiges des accords d’Oslo. Par exemple, ils essaient de brouiller les différences entre les zones A, B et C de Cisjordanie, créées à Oslo. Récemment, Fayyad a ouvert des bureaux agricoles dans la Vallée du Jourdain, et installé des agriculteurs dans des zones C, toujours officiellement sous contrôle israélien. Cela n’a pas été fait en secret, mais bien publiquement, en grandes pompes, avec photos publiées dans tous les médias palestiniens. Parallèlement, on se sert de tout geste israélien controversé (allant de trois suspects de terrorisme tués à Naplouse à la déclaration de sites préservés [1] pour presser les Américains d’empêcher Israël de ne pas s’engager dans des chasses à l’homme en Cisjordanie.

Cette politique, qui fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler en Cisjordanie "L’Intifada blanche de Salam Fayyad a un seul but et une seule date butoir : le 17 juillet 2010, les prochaines élections locales en Cisjordanie.

Israël de nouveau endormi

En Israël, personne n’y prête attention, mais des élections vont être le vrai test de la légitimité du tandem Abbas-Fayyad. Tout ce qui se passe en ce moment en Cisjordanie est dirigé vers cette cible : une victoire écrasante de l’AP dans ces élections. Pour la première depuis des années, les deux homme souhaitent montrer qu’a lieu ce genre de révolution : le retour du pouvoir aux mains de l’OLP et du Fatah vis-à-vis du Hamas qui, lors des élections de 2005, avait recueilli 70% des voix dans les grandes villes.

Cette fois, Abbas et Fayyad visent au moins 50% des voix. Forts de ce soutien, ils pourraient passer à des négociations avec Israël, légitimés par l’opinion palestinienne, et pas seulement avec le support fourni par les membres modérés de la Ligue arabe. Cela constituerait une véritable source de pouvoir, et non un soutien en trompe-l’œil. Le Hamas a déjà annoncé qu’il ne participerait pas à ces élections. L’AP ira, même sans lui.

Etrangement, Israël a aujourd’hui tendance à ignorer ces élections du côté palestinien. En 2005, nous nous sommes endormis pour nous réveiller assommés par la prise du pouvoir du Hamas sur les autorités locales, puis plus tard, quand il pris le pouvoir par les élections générales et gagné la majorité au Parlement palestinien. Aujourd’hui comme hier, nous fermons les yeux. Par exemple, nous espérons quelque chose des négociations indirectes qui devraient commencer cette semaine entre Me Molcho et Saeb Erekat (qui d’ailleurs ne siégeront pas ensemble, car l’émissaire américain Mitchell jouera le rôle de médiateur entre les deux).

Or, avant les élections locales en Cisjordanie, rien ne résultera de ces contacts.

Les Palestiniens vont à ces pourparlers avec pour but de discuter des sujets-clés, afin d’en faire un dossier pour dans quatre mois, avant les élections. Et Israël ne les considère que comme une étape en vue de discussions directes devant commencer (selon le plan de Mitchell) dans quatre mois. Entre-temps, les Américains souhaitent que ces pourparlers se terminent au moins par une déclaration commune sur des frontières définitives.

Nous sommes témoins en ce moment de trois lignes parallèles qui ne se rencontrent pas. En tout cas, pas pour le moment.

En outre, sur le front intérieur, l’AP ne peut pas participer aux élections du 17 juillet avec un passif de concessions. Au contraire, son intérêt est clair : créer une crise afin de susciter une réaction publique prompte et exaltée, puis aller aux élections avec une image de force, débarrassée de tout soupçon de « collaboration ».