Israël : Le ministère des Affaires étrangères voit l’accord Fatah-Hamas autrement que Netanyahu

Ha’aretz
mis en ligne le 10 mai 2011
par Barak Ravid

Ha’aretz, le 4 mai 2011

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Traduction : Yoël Amar pour La Paix Maintenant

En ce Yom Ha’atsmaouth, jour de l’indépendance d’Israël, nous formons le vœu que cet anniversaire ouvre une année de paix et de prospérité pour Israël et pour ses voisins palestiniens. Les révoltes en cours dans le monde arabe qui, nous l’espérons, conduiront progressivement à l’instauration de régimes démocratiques, le soutien et l’implication de l’Union européenne et des États-Unis pour aider à trouver une solution sur la base de deux États, feront, nous le souhaitons, de cette nouvelle année un tournant dans l’histoire de ce conflit qui n’a que trop duré. Bonne fête Israël !

Une note d’analyse confidentielle du ministère des Affaires étrangères considère que la création d’un gouvernement d’union nationale Fatah-Hamas offre à Israël une opportunité stratégique. L’opinion exposée dans ce document est en contradiction complète avec la déclaration du Premier ministre Netanyahu en réaction à la réconciliation des deux factions palestiniennes. [VOiR ANNEXE *] La signature de l’accord de réconciliation est prévue aujourd’hui au Caire. « Ce mouvement ne représente pas seulement une menace en termes de sécurité, mais aussi une occasion de promouvoir un authentique changement dans le contexte palestinien, un changement qui pourrait servir les intérêts à long terme d’Israël », selon cette note.

Cette étude a été remise en début de semaine à Avigdor Lieberman, au directeur général du ministère Rafael Barak et à d’autres hauts diplomates israéliens. Elle a été préparée par la direction de la planification du ministère, composée de diplomates de carrière chargés de formuler des recommandations d’actions diplomatiques.

Ce service a vu ses moyens et son rôle renforcés comme le demandait la commission Winograd, chargée de tirer les leçons des défaillances israéliennes lors de la seconde guerre du Liban, en 2006.

Plutôt qu’une opposition absolue à ce nouveau gouvernement d’union nationale, les auteurs du rapport recommandent à Israël d’adopter « une attitude constructive, aiguisant ainsi les contradictions internes des Palestiniens » entre les objectifs d’un tel gouvernement et le refus du Hamas de reconnaître Israël.

Le rapport affirme également qu’une attitude plus positive contribuerait à l’amélioration des relations entre Jérusalem et Washington. « Israël ne doit pas jouer un jeu solitaire, mais coordonner avec l’administration américaine sa réponse au gouvernement palestinien d’union nationale. Cela renforcera également la diplomatie américaine et servira les intérêts d’Israël. »

Du jour où le Fatah et le Hamas ont annoncé leur réconciliation, Netanyahu n’a cessé d’attaquer cet accord. En dépit du fait qu’Israël était pris au dépourvu par cet événement, Netanyahu a publié deux heures après un communiqué qui le condamnait résolument. Deux jours plus tard, le ministre des Finances Yuval Steinitz a annoncé sa décision de reporter le versement à l’Autorité palestinienne des 300 millions de shekel qu’Israël a perçu pour son compte en taxes diverses.

Les auteurs du rapport proposent donc un tout autre mode de réaction à l’accord Fatah-Hamas. « À ce stade, et avant confirmation de l’entrée en vigueur de cet accord, Israël devrait se garder de réactions ou de déclarations hâtives », affirme la note en une critique indirecte de Netanyahu. Le rapport recommande d’adopter une position nuancée devant l’éventualité d’un gouvernement d’union Fatah-Hamas, compte tenu des projets palestiniens, auxquels il faudra faire face, de faire approuver par l’Assemblée générale des Nations Unies la reconnaissance d’un Etat palestinien en septembre prochain.

« Nous devons éviter toute réaction qui affaiblirait Israël face aux Palestiniens sur la scène internationale, particulièrement en prévision des événements diplomatiques majeurs qui attendent Israël cette année. »

Hier, le premier ministre Netanyahu a poursuivi son offensive contre cet accord, appelant l’Autorité palestinienne à y renoncer sans délai. « Cet accord entre Abu Mazen [Mahmoud Abbas] et le Hamas est un coup dur pour le processus de paix », a déclaré Netanyahu lors d’une rencontre avec Tony Blair, envoyé spécial du Quartet. « Comment serait-il possible de signer la paix avec un gouvernement dont une moitié des membres appellent à la destruction d’Israël et regrette même un meurtrier comme Oussama Ben Laden ? »

Le rapport comporte également une série de recommandations dont, en tête de liste, la poursuite de la coordination sécuritaire avec l’Autorité palestinienne « qui est de l’intérêt d’Israël et a permis une baisse sensible de l’activité terroriste ». Il est également suggéré à Israël de demander à la communauté internationale d’imposer un certain nombre de critères de composition au nouveau gouvernement palestinien. Enfin, le rapport suggère d’envoyer une délégation officielle au Caire, afin de renforcer la coordination avec le nouveau gouvernement égyptien. Isaac Molho, émissaire de Netanyahu pour le processus de paix, a été désigné pour rencontrer le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil Al-Arabi, ainsi que d’autres personnalités politiques.

Netanyahu rencontrera son homologue britannique David Cameron à Londres aujourd’hui avant de se rendre à Paris demain pour rencontrer le président français Nicolas Sarkozy. Netanyahu demandera sans aucun doute à ses collègues de manifester leur opposition à un gouvernement palestinien d’union nationale et de contribuer à bloquer la demande prévisible de reconnaissance d’un État palestinien par l’Assemblée générale de l’ONU cet automne.

Tant la France que la Grande-Bretagne ont exprimé leur soutien à la réconciliation du camp palestinien et inclinent à appuyer une proclamation d’indépendance de l’État palestinien en septembre.