Irak : un point de vue palestinien

Thème : Irak

Bitterlemons , mis en ligne le 17 février 2003
par H’assan Khatib

 

Nous nous blindons, mais pas pour la guerre

En ce moment, les journalistes et les diplomates demandent souvent aux hommes politiques palestiniens s’ils preparent leur peuple aux memes eventualites que le font les hommes politiques israeliens vis-a-vis du leur. Ils veulent parler, evidemment, de la fourniture au public de masques a gaz et d’autres preparatifs dans l’hypothese ou l’Irak nous enverrait des missiles porteurs de charges, conventionnelles ou non-conventionnelles.

La reponse negative de la part des Palestiniens les surprend toujours, car cette reponse rend compte d’un autre type de preparation, et signale un autre type de danger. Les Palestiniens se font beaucoup de soucis a propos de cette guerre, et craignent particulierement l’actuel gouvernement d’extreme droite en Israel, hostile au peuple palestinien et a sa direction. Leurs craintes concernent ce que ce gouvernement pourrait nous faire, en profitant de la diversion qu’entrainerait cette guerre pour la communaute internationale et les medias.

A tort ou a raison, les Palestiniens ne font aucun preparatif en prevision d’attaques irakiennes, parce que, d’un cote, il existe un sentiment, aussi bien au sein du peuple que chez ses dirigeants, que l’Irak n’enverra aucun missile dans la region, et de l’autre, parce que l’Autorite palestinienne est tout simplement incapable de mettre en oeuvre des preparatifs a grande echelle comme le font les Israeliens, vu l’etat de nos infratsructures.

Pourtant, les Palestiniens sont inquiets de l’eventualite d’une guerre, car ils craignent que s’ensuive un changement radical dans l’equilibre des forces dans la region au detriment des Arabes, y compris des Palestiniens, ce qui pourrait marquer profondement les negociations futures. Les Palestiniens ne peuvent prendre au serieux les allusions ou les promesses voilees americaines selon lesquelles, apres la guerre, le conflit du Moyen-Orient connaitrait son heure de verite. Ils considerent la guerre comme un simple moyen de repousser encore les pourparlers et de geler toute initiative diplomatique, en particulier americaine. Pour eux, la guerre offre au gouvernement d’Ariel Sharon l’occasion de poursuivre ses efforts pour atteindre ses objectifs par la force et la violence, et pousser les Palestiniens, d’abord a l’effondrement, puis au bout du compte a la reddition.

Des signes avant coureurs d’une crise palestinienne profonde se font deja jour. L’administration americaine est mecontente de la position europeenne sur l’Irak, et cela affecte de facon negative son implication dans le "Quartette". En retour, pour justifier leur role au Moyen-Orient et l’existence du Quartette, les Europeens ont reagi en soumettant Arafat a une pression considerable. Cette semaine, on a vu les Europeens tenter de le livrer aux Americains en lui arrachant des concessions qu’il avait refuse de faire jusqu’ici, par exemple sur la nomination d’un premier ministre et d’un vice-president.

Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi la plupart des Palestiniens considerent que la guerre en Irak n’aura d’autre effet sur le conflit israelo-palestinien qu’a travers certaines consequences indirectes, comme le fait de retarder une intervention diplomatique, une eventuelle escalade de la pression israelienne, et bien sur, une destabilisation a long terme de l’equilibre des forces dans la region.