Haïm Ramon : et ses autres faillites ?

Thème : Politique intérieure israélienne "Plan de convergence"

Ha’aretz
mis en ligne le 5 février 2007
par Akiva Eldar

la condamnation de l’ex-ministre de la justice Haïm Ramon pour harcèlement sexuel ("le baiser") est anecdotique. Moins anecdotiques : feu le "plan de convergence" dont il est l’un des penseurs, le renforcement du Hamas et des Frères musulmans aux dépens du Fatah laïque, le "big bang" politique en Israël avec la formation du parti Kadima et l’affaiblissement du camp de la paix israélien, et autres. Ramon : exemple de la nouvelle classe politique israélienne qui s’est crue (et que beaucoup ont crue) brillante

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Ha’aretz, 5 février 2007

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les critiques à l’égard du procureur général Menahem Mazouz prétendent que si une personnalité publique tente d’introduire de force sa langue dans la bouche d’une femme, cela ne constitue pas une cause suffisante pour un procès au pénal. Les partisans de Haïm Ramon affirment que le comportement problématique du ministre mérite au mieux un procès devant l’opinion. Mais si nous devions organiser pareil procès pour Ramon, le baiser, à la veille de la guerre et devant le bureau du Premier ministre, n’aurait été qu’une partie insignifiante de l’accusation. Ramon aurait eu à répondre du rôle important qu’il a joué et de sa responsabilité dans deux des échecs les plus retentissants de ces dernières années : la mise en pièces de l’autorité centrale laïque dans les Territoires palestiniens, et l’effacement du camp de la paix en Israël.

Pièce à conviction n° 1 dans le procès devant l’opinion du concepteur du désengagement et de l’ingénieur du "plan de convergence", qui utilise la méthode "faites-le vous-même" : une série de photos de la guerre civile qui fait rage dans la bande de Gaza. Pour souligner ses répercussions pour Israël, nous ajouterons les informations sur les préparations d’une version pour Gaza de l’Opération Rempart. Ainsi que l’a rapporté Ha’aretz hier, on s’inquiète à Tsahal du fait que les violences pourraient ne pas s’arrêter à la frontière de la bande de Gaza [1]. Ajoutons encore ces citations tirées d’une interview accordée par Ramon à Ari Shavit, plusieurs mois avant le désengagement : "Je ne pense pas qu’il y aura une guerre", affirmait le ministre au printemps dernier, en expliquant que les Palestiniens auraient quelque chose à y perdre. Leurs conditions de vie seront bien meilleures, disait-il. Il y aura une grosse pression sur leurs dirigeants politiques pour qu’ils n’entreprennent rien qui fasse tourner la roue à l’envers et ramène l’occupation israélienne.

Plus encore : il a continué en disant que toute tentative de parvenir à une solution définitive ("comme à Camp David") résulterait en mille morts de plus. Mais les gens ne sont même pas prêts à conclure un accord provisoire, a-t-il dit, et le choix qui reste est donc entre le statu quo et une politique unilatérale. La mort ou l’opération chirurgicale. Mais Ramon n’a pas tenu compte du fait qu’il était possible que ladite opération rate et mène au désastre. La politique unilatérale a mis au chômage le partenaire palestinien et a quasiment réduit à néant la possibilité qu’il regagne la position qui était la sienne. Le Hamas a défendu ses bastion s dans les Territoires, ce qui renforce la position des Frères musulmans en Egypte, en Jordanie et en Syrie, au point qu’ils constituent une sérieuse menace pour les régimes laïques voisins d’Israël. Cette menace n’est pas moins sérieuse que la menace iranienne.

Pour soutenir cet argument, montrons maintenant la pièce à conviction n° 2 : un article publié en janvier dernier par le quotidien en arabe Al-Sharq al-Awsat, sous le titre : "Qu’arrivera-t-il si les Frères musulmans s’emparent de la Palestine ?" Le Dr Mamoun Fandi, éditorialiste et intellectuel égyptien, membre du Baker Institute et du U.S. Institute for Peace, écrit dans cet article que l’idéologie des Frères musulmans (et donc du Hamas) va bien au-delà des frontières des Etats. D’après Mamoun Fandi, si le Hamas s’empare de la Palestine, cela ne se traduirait pas par la libération du sol palestinien, car la priorité des Frères musulmans est de détruire "l’ennemi qui est proche" (c’est-à-dire les Etats arabes) pour se préparer à affronter "l’ennemi qui est loin" : l’Etat d’Israël.

Pièce à conviction n° 3 : les sondages qui prédisent le retour au pouvoir de la droite sous la conduite de Benjamin Netanyahou, et l’effondrement de Kadima et des travaillistes. Le "big bang", né dans le cerveau fertile de Haïm Ramon, finit en geignant : il a créé une coalition impossible, sans épine dorsale idéologique, et a sapé la force du camp de la paix et des travaillistes en particulier. Ramon, autrefois connu pour ses positions "colombes", avait annoncé que la gauche israélienne avait fini d’accomplir sa tâche. Il n’est pas étonnant que de nombreuses personnes, parmi les meilleures et les plus brillantes, se soient ruées vers Kadima [2]. L’ancien "enfant prodige" de la politique israélienne a sorti Shimon Peres de son chapeau et l’a placé sur la tête d’Ariel Sharon. On s’attendait alors à ce que les travaillistes perdent une demi-douzaine de sièges à la Knesset [ndt : cela ne s’est pas produit] et avec eux toute chance de retrouver le pouvoir.

Il est malheureux que des personnalités de premier plan comme Haïm Ramon détruisent leur carrière à cause d’actes stupides. Non seulement ils donnent une très mauvais image de la politique, mais ces scandales pathétiques détournent l’attention de l’opinion des vrais problèmes. Peut-être même faudrait-il espérer que Ramon sera acquitté lors de son procès en appel pour son "baiser", mais seulement à condition qu’il soit jugé par l’opinion ou qu’il quitte définitivement la scène politique