Givat Haviva : l’éducation est la clef de la paix
Thème : Initiatives de coopération et de coexistence Enfants, jeunesse, éducation Arabes israéliens
Givat Haviva , mis en ligne le 5 décembre 2002par
l’action du centre Givat Haviva, modèle d’institution vouée à l’éducation à la paix et à la coexistence
(par Michel Gordon, Sao Paulo 31/10/2002) L’auteur a ecrit cet article pour la "Semaine Juive" au Bresil, ou il a ete publie de façon condensee en raison de contraintes d’espace Nous le publions ici, aimablement traduit en francais par Ghislaine Balland a partir de la version integrale publiee sur la Liste PAZ AGORA/BR - des Amis Bresiliens de Shalom Akhshav - Amigos Brasileiros do PAZ AGORA
Il est clair que pour beaucoup, la clef des conflits qui repandent le sang et la terreur au Moyen Orient, c’est l’EDUCATION POUR LA PAIX, l’education qui prend en compte la connaissance de l’autre et le respect des differences. La paix ne sera pas atteinte si les parties au pouvoir qui representent les deux peuples ne font que signer un pacte de non agression mutuelle. Non. L’histoire peut voir son cours s’accelerer grace a de grands hommes d’Etat mais elle est construite pierre par pierre par des hommes ordinaires et dans le cour de ces hommes, la paix devra atteindre de plus grandes dimensions que celles d’une feuille de papier. C’est avec cette formule que le CENTRE GIVAT HAVIVA, en Israel, essaie d’atteindre la paix. Par la convivialite entre Palestiniens et Israeliens dans les salles de classe ou lors d’activites communes - ou les enfants des deux peuples apprennent a vivre avec l’autre different, se nourrissant de ce qu’il y a de meilleur dans ce type d’experience - telles que des echanges entre les eleves des ecoles juives et ceux des villages arabes, des programmes d’education pour la paix avec des professeurs d’ecole de toute l’Israel, l’edition de publications par des redacteurs arabes et juifs, des tournois de football entre des equipes ou se melent jeunes arabes et juifs, etc..
Selon Giora Avraham, l’un de ses directeurs, le centre Givat Haviva agit en Israel depuis 1945. Il est ne, il y a plus de 50 ans, d’une initiative du mouvement des jeunes sionistes Hashomer Hatzair et du mouvement socialiste des Kibboutzim ; il a pour objectif, en dehors de l’education, le developpement d’etudes poussees dans le champ de la democratie et de la citoyennete, de la paix, de la coexistence et de la tolerance entre les peuples. Plus de 50 000 enfants et jeunes sont passes par ce centre et demeurent "contamines" par l’espoir en un futur meilleur. LE CENTRE JUDEO-ARABE POUR LA PAIX DE GIVAT HAVIVA (www.dialogate.com.gr) a gagne en 2001 le prix de l’Education pour la Paix" de l’UNESCO et a conquis au long de decennies d’un travail professionnel solide, le respect des gouvernements israeliens qui se sont succede, et de l’Autorite Palestinienne et de divers organismes internationaux, en tant qu’initiative concrete pour la construction de bases de relations saines entre juifs et arabes au Moyen Orient.
Deux directeurs de ce Centre sont venus a Sao Paulo entre le 7 et le 12 octobre sur l’invitation du mouvement pacifiste "Les Amis Bresiliens de PAZ AGORA - PAZ AGORA/BR (www.paz-agora.com - pazagora@yahoo.com), pour participer aux Rencontres 2002 du Reseau Global d’Education pour la Paix. Aux côtes de PAZ AGORA/BR et de plus de 100 institutions bresiliennes et du monde entier, outre les autorites liees a l’education et les leaders de differents courants religieux, parmi lesquels le Rabbin Sobel, deux representants du "Centre Givat Haviva", Guiora Avraham et Riad Kabha ont participe a un riche echange international d’experiences et de resserrement de nouveaux liens importants pendant ces Rencontres 2002 du Reseau Global d’Education a la Paix, realisees au SESC Vila Mariana, au Parlement Latino-Americain et au Memorial de l’Amerique Latine, promues par le Redepaz (www.redepaz.org) avec le soutien de l’UNESCO et d’autres organisations.
Malgre un agenda charge, ils ont tenu a s’adresser a la communaute juive bresilienne, par le biais de la Semaine Juive. Guiora Avraham (directeur executif) e Riad Kabha (codirecteur), l’un juif et l’autre arabe, l’un sioniste-israelien et l’autre palestino-israelien, comme ils se definissent tous deux, ont accorde un entretien le soir du 8 octobre dans leur hotel.
Le Centre Givat Haviva a actuellement 25 projets en cours en relation avec le theme de la paix et de la coexistence pacifique. Pour construire ce pont de liaison entre arabes et juifs, le centre compte sur l’aide financiere de donateurs du monde entier, outre les subventions accordees par le gouvernement israelien, qui etaient bien plus importantes auparavant. Ce qui m’a surpris dans cette conversation, ce fut la facon dont elle a ete conduite par ces deux representants. Au debut je leur ai pose des questions sur les nouvelles tetes de la vie politique des deux pays, j’ai commente les incursions israeliennes en territoires occupes, je leur ai pose des questions sur les hommes-bombes, mais j’ai immediatement ete devie de cette ligne de raisonnement quand M. Guiora a explique que leur travail ne prend en compte que l’education. "Seule l’education peut apporter la paix dans l’avenir. Nous ne sommes pas un parti politique. Nous soutenons la droite ou la gauche ; nous sommes au-dessus des partis et ne travaillons que pour l’education a la paix. "
Pour cette raison, rien de ce que je pouvais dire ou demander au sujet de la guerre, absolument rien, n’avait de sens. Beaucoup plus interessant a ete d’entendre le recit des experiences fascinantes que ce centre pratique en Israel et dans les territoires occupes. Experiences qui confirment la these que ces deux peuples ne sont pas seulement condamnes a vivre ensemble eternellement mais bien qu’ils sont destines a un avenir commun. Et un avenir prometteur.
J’ai demande a M. Riad pourquoi il se definissait comme israelo-palestinien. Qu’est-ce que ce terme signifie finalement ? A-t-il un sens ? Bien sur, m’a-t-il repondu. Il a mis en avant qu’il appartient au peuple palestinien mais qu’il a une carte d’identite israelienne : il vote, paie ses impots et recoit ses revenus du gouvernement d’Israel. Il regrette que son Etat aujourd’hui lutte contre son peuple. C’est le dilemme dans lequel se trouve une partie significative de la communaute arabe en Israel qui attend ardemment la paix.
Cette definition palestino-israelienne resume par certains cotes l’ideologie du Givat Haviva. Le lien entre Palestiniens et Israeliens est possible, et meme reel, et cette confusion de nomenclatures ne permet plus que ces termes se dissocient.
Est-ce que la paix viendra ? Ils en sont persuades meme s’ils savent qu’un long chemin reste a parcourir. Mais ils ont deja trouve un chemin pour y arriver : l’education, le contact personnel et la connaissance de l’autre.
Cela ne depend pas des militaires, ni meme des hommes politiques. Si ceux-ci, simplement, ne brouillaient pas les cartes et s’ils laissaient aux arabes et aux juifs une chance de mieux se connaitre, comme des etres humains.


