Gel des colonies : Qu’est-ce que cela signifie ?

Thème : Colonisation, yesha

Shalom Akhshav - “La Paix Maintenant”
mis en ligne le 28 novembre 2009
par La Paix Maintenant, édition

Depuis les accords d’Oslo où Israël s’était engagé à stopper la colonisation, plus de 100 colonies dites sauvages ont été créées. Aucun gouvernement depuis 15 ans n’a réussi à lutter contre l’action du lobby des colons. Certains l’ont soutenu directement ou laissé les différentes administrations de l’Etat leur donner les moyens de son activité, d’autres ont essayé vainement de le contenir. C’est pourquoi il faut voir dans la décision de geler la colonisation une avancée sans précédent comme l’a dit Hillary Clinton. Cependant, et comme c’est souvent le cas avec les concessions israéliennes, elle vient trop tard et est incomplète. D’abord cette décision était attendue depuis 5 mois et les colons ont en profité pour mettre en chantier des centaines d’unités de logement qu’ils vont donc pouvoir continuer. Il est difficile d’imaginer qu’ils vont accepter la nouvelle politique du gouvernement. C’est pour les amadouer que, parallèlement, Barak a annoncé la décision de mettre en chantier la construction de 28 nouveaux bâtiments publics dans les colonies, option laissée ouverte dans la décision de gel. Par ailleurs, il va être difficile de contrôler sur le terrain l’application de cette décision. Le Procureur Général a alerté sur le manque de moyens pour surveiller la construction. Il n’y a en effet que 14 inspecteurs travaillant pour l’administration civile.

Quant aux avants postes illégaux qui doivent être évacués, l’Etat a demandé à la Cour suprême plus de temps pour le faire et préparer une politique adéquate pour les raser. Le bureau du Procureur de l’Etat doit informer la semaine prochaine la Cour suprême de trois décisions de justice concernant des évacuations des avants postes d’Eli, de Horsha, et de Netiv Ha’avot qui n’ont pas été effectuées comme 6 autres qui sont ailleurs en Cisjordanie. Un certain nombre de soldats, issues d’unités où servent des religieux et encouragés par certains rabbins, ont même fait savoir qu’ils s’opposeraient à participer à la démolition de maisons habitées par des Juifs. C’est pourquoi aussi bien Netanyahu que Barak ont multiplié ces derniers jours des déclarations rappelant que le rôle de l’armée est d’appliquer les décisions du gouvernement.

C’est dans ce contexte que les dirigeants israéliens cherchent à obtenir une reconnaissance internationale de leurs efforts afin de montrer à leur opinion publique le bien fondé de cette politique. Seuls les Français et les Allemands ont dit que cette décision était un pas dans la bonne direction alors que les Anglais et les Russes ont regretté que le gel ne soit pas absolu, faisant allusion à Jérusalem. Israël a envoyé par ailleurs des messages aux Européens pour qu’ils fassent pression sur l’Autorité Palestinienne et les pays arabes afin qu’ils reprennent les négociations et évitent les décisions unilatérales.

En conclusion, comme avec la bouteille à moitié pleine, faut-il mettre en évidence dans cette décision la révolution qu’elle représente pour un homme comme Netanyahu qui est aujourd’hui le seul dirigeant israélien capable d’imposer un retrait des territoires s’il le décidait ou bien relever son incomplétude et comme semble le décider Abbas ne pas suffire pour reprendre les négociations ? En tout cas avec Shalom Akhshav nous surveillerons l’application de cette décision sur le terrain.

Traduction : Yoël Amar pour La Paix Maintenant.

Des faits à propos du gel de la colonisation annoncé par le gouvernement israélien.

Israël s’est engagé à arrêter :
- De commencer de nouvelles constructions (gouvernementales et privées) ainsi que les infrastructures qui y sont rattachées
- à donner son accord pour construire de futures colonies
- la construction de bâtiments publics (écoles par exemple), à l’exception d’un petit nombre d’entre eux.

Il est clair que cette décision n’inclut pas :
- La construction dans l’Est de Jérusalem
- L’arrêt de la construction de bâtiments qui est déjà entamée

Ce qui n’est pas clair :
- Comment Israël définira ce que constitue un bâtiment dont la construction a déjà démarré. Par exemple La Paix Maintenant a révélé que les colons ont commencé à poser les fondations de 800 bâtiments en anticipant une telle annonce. Est-ce que ces constructions seront gelées comme incluse dans le moratoire ?
- Jusqu’à quel point Israël se retiendra de faire des provocations dans la construction à Jérusalem Est ? Les retombées suite à la récente annonce de plans d’expansion de Gilo montrent le sérieux avec lequel ces projets sont considérés.
- La politique américaine n’a pas changé. Comme Mitchell l’a dit clairement : « Les Etats-Unis d’Amérique n’accepte pas la légitimité de continuer des colonies israéliennes ;

La situation sur le terrain : Le département d’Etat a dit à un reporter israélien que « Selon les données fournies par le gouvernement israélien, on estime à 700 le nombre de bâtiments actuellement en cours de construction, ce qui concernent environ 2500 unités de logement. » A la fin de septembre, le Bureau Central des Statistiques (BCS) a estimé que 2895 unités de logement étaient en construction dans les colonies de Cisjordanie. Comparé aux années précédentes, ce niveau de construction est sensiblement dans la moyenne, par exemple à la fin de 2008 le CBS indiquait qu’il y avait 3209 unités en construction. Le temps nécessaire pour terminer un projet de construction dans les colonies est généralement de 18 à 24 mois.

D’un point de vue plus prospectif :
- La première question importante est de savoir si Israël va appliquer cet engagement de bonne foi. Israël va-t-il trouver une échappatoire pour construire d’une manière qui vide cette annonce de sa substance ? Israël va-t-il s’abstenir d’effectuer des actes provocateurs à Jérusalem Est ? Comment Israël réagira-t-il si des colons se manifestent de manière violente ou tentent de créer de nouveaux faits accomplis sur le terrain ? Les faits ont plus d’importance que les mots. C’est pourquoi La Paix Maintenant surveillera de très près la construction dans les colonies, réalisant des rapports indépendants sur la manière dont Israël applique ses engagements concernant les implantations et les avant-postes illégaux. Le mouvement suivra également avec attention les activités à Jérusalem Est et dans d’autres zones stratégiques où des actions peuvent miner l’impact positif potentiel du moratoire.

- La deuxième question cruciale concerne ce qui se passera dans 10 mois. Le gel de la colonisation sera-t-il prorogé ? Des dizaines de milliers d’unités de logement - sans compter les projets gouvernementaux- pourraient être construit dans les colonies sur la base des autorisations accordées dans le passé. Ces derniers mois, le gouvernement israélien a pratiquement cessé de donner des autorisations ainsi que l’initiation de nouveaux projets. Cela a conduit à une baisse du nombre des nouveaux chantiers. Néanmoins, des constructions sur la base des anciennes autorisations ou d’initiatives privées continuent. Au cours des neuf premiers mois de l’année 2008, 1 647 nouveaux chantiers ont été lancés (dont 39% initiés directement par le gouvernement, ce sont les « chantiers publics »). Pendant les neuf premiers mois de l’année 2009, il n’y en a eu que 1 198 (dont 20% du fait de l’Etat).

- La troisième question est de savoir si cette étape peut servir de base pour avancer dans les négociations de paix. La bonne foi avec la quelle Israël appliquera ce gel peut avoir un réel impact sur ce point. Par exemple, une relance de la colonisation à Jérusalem Est peut sérieusement saboter les perspectives de progrès vers la paix.

La décision du gouvernement israélien de geler la colonisation est une décision historique dans la bonne direction. La Paix Maintenant va renforcer les équipes chargées de la surveillance des implantations afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un nouvel exercice de communication du gouvernement tandis que les colons sont laissés libres de dicter la loi sur le terrain. Il est à espérer que l’annonce de ce gel englobera également les projets d’initiative privés et pas seulement les projets gouvernementaux. Ces derniers mois, les habitants des implantations ne se sont pas privés d’utiliser les permis de construire donnés par le passé afin de lancer des chantiers dans de nombreuses localités.