Entretien avec Avraham Burg

Thème : Accords de Genève

Ha’aretz
mis en ligne le 19 novembre 2003
par Ari Shavit, Avraham Burg

Haaretz, 14 novembre 2003

entretien realise par Ari Shavit

http://www.haaretz.com/GA/pages/ShA...

Brutalement, a la fin de cet ete, la gauche israelienne est reapparue. Apres trois ans de somnolence, de choc, de paralysie et de perte de reperes, la gauche israelienne s’est reveillee ­ avec l’echec de la hudna (treve).

Abraham ("Avrum") Burg, lui aussi, s’est reveille. Deux ans apres avoir perdu le combat pour conquerir la direction du Parti travailliste, et un an et demi apres avoir perdu sa position confortable de president de la Knesset, Burg se reveilla un matin d’aout et, apres une conversation avec sa femme Yael, aux positions radicales, decida qu’il ne pouvait plus continuer comme avant. Qu’il fallait faire quelque chose. Dire quelque chose. Qu’il etait temps de secouer le monde. A 5h30 du matin, il entra dans son bureau, qui donne sur les collines de Judee, et en moins d’une heure, tapa 1000 mots qui allaient provoquer la fureur dans le monde juif-sioniste.

En hebreu, le titre de l’article etait "Le sionisme maintenant". En anglais (dans le Forward le 29 aout, puis dans le International Herald Tribune le 6 septembre), le titre etait "La societe israelienne s’effondre". En francais et en allemand aussi, cela a paru comme une attaque extremement violente contre le sionisme, de la part de quelqu’un qui, il n’y a pas si longtemps, etait a la tete du mouvement sioniste.

Avrum, 48 ans, est energique, presque hyperactif. Il a le pied leger, et l’esprit aussi, parfois. Il apprend vite, reagit vite, et il a ce charme de la franchise a l’israelienne. C’est un politicien chevronne, aux remarques acerbes. Mais, alors que par le passe, ce ton acerbe l’a aide a se frayer un chemin vers le sommet de l’establishment politique israelien, un peu a la gauche du centre, aujourd’hui, ses remarques acerbes se font tranchantes et quasi apocalyptiques, comme venant de quelqu’un qui est passe du pouvoir a la revolte. De la politique a la morale. Des tons de gris de la complexite au noir et blanc de ce qui ne souffre aucune contradiction.

Desire-t-il retirer les mots tres durs qu’il a prononces ? Est-il perturbe par l’usage que font de ses remarques les ennemis inveteres d’Israel ? Pas le moins du monde. (...) Burg dit qu’il est en harmonie avec lui-meme. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’il comprend combien il detestait le personnage qu’il etait devenu dans le broyeur du monde politique. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’il comprend que l’edredon qui le couvait et le rechauffait tuait en meme temps son sens moral et l’eloignait de sa verite interieure. Aujourd’hui, il se sent serein. Et il continue a dire des mots tres durs sur Israel, sans hesiter, sans ciller, et le sourire aux levres.

Q. Votre article a suscite la fureur dans le monde juif. Beaucoup ont eu le sentiment que l’ancient president du mouvement sioniste mondial avait franchi la ligne rouge et etait devenu post-sioniste.

Burg : "Meme quand j’etais president du mouvement sioniste, j’etais incapable de dire ce qui est sioniste et ce qui est post-sioniste. De par ma vision du monde, je n’accepte aucune orthodoxie, ni juive ni sioniste. Donc, si le sionisme aujourd’hui signifie le Grand Israel, non seulement je suis post-sioniste, mais je suis anti-sioniste. Si le sionisme, c’est Netzarim et Kiryat Arba, je suis un anti-sioniste. Je n’accepte pas le genre du sionisme qui s’est empare du judaisme, avec toute sa beaute, et l’a transforme en un culte des arbres et des pierres. Quand je regarde autour de moi aujourd’hui, j’ai l’impression que Netzarim est devenue un autel aux sacrifices, que Dieu est devenu un Moloch, et que nos enfants sont devenus des humains sacrifies au culte d’une terrible idole".

Q. Dans votre article, vous decrivez Israel comme un Etat nationailste obscur et cruel. Pensez-vous qu’Israel soit en train de devenir une nouvelle Afrique du Sud ? Que les Israeliens soeint les nouveaux Afrikaaners ?

"Nous vivons dans un pays qui connait un processus de declin moral. Ce qui me fait le plus peur, c’est que nous ne faisons meme pas attention au processus que nous subissons. Sans le remarquer, nous sommes en train de nous eloigner, petites touches par petites touches, de la ou nous etions. Un avion F-16 s’en va attaquer un immeuble ou vivent des innocents, et certains officiers disent que, malgre cela, ils dorment tres bien la nuit. Ce qui se passe, c’est que de plus en plus, nous en venons a ressembler a nos ennemis. Nous sommes en train de perdre la sensibilite qui constituait notre conscience. "Dans les rues de nos villes, en partculer a Jerusalem, je vois des graffitis "Mort aux Arabes", que la municipalite ne prend meme plus la peine d’effacer. Je vois des graffitis terribles, racistes, kahanistes, que nous acceptons sans fremir. Nous ne les remarquons meme pas. Ce processus cancereux nous devore. La perversion du sionisme que representent les colons et la droite affecte de facon lethale toute notre societe, et n’y laisse plus un seul endroit qui soit epargne par la conscience nationaliste. Si les seules cellules saines qui nous restent ne s’elevent plus pour chasser le virus, nous cesserons d’exister. Nous cesserons tout simplement d’exister."

Q. Les choses sont-elles allees aussi loin ? Voyez-vous un processus de destruction ? L’ancien president du mouvement sioniste que vous etes pense-t-il reellement que le sionisme soit mort ?

"Ce qui se produit aujourd’hui nous y conduit. Nous serons peut-etre des Israeliens. Ou des Juifs. Mais nous ne serons plus des sionistes qui continuent dans la voie tracee par ceux qui ont cree l’Etat. Faites deux tests simples. L’Etat d’Israel ressemble-t-il a ce qu’avait envisage Theodor Herzl ? Non. L’Etat d’Israel respecte-t-il les valeurs inscrites dans la Declaration d’Independance ? Non. Ceci est la verite. Ceci est la verite de fond, que nous fuyons depuis 35 ans."

Q. Je vois deux dimensions dans ce que vous dites : une dimension d’outrage a la morale, et une dimension apocalytptique.

"C’est vrai. C’est mon cadre de pensee. Je pense que le sionisme nationaliste nous a conduits a une situation terrible, de laquelle nous aurons du mal a nous extirper. Ecoutez, je suis a l’agonie a chaque fois que mes enfants vont dans le quartier de l’American Colony de Jerusalem (ou s’est produit l’attentat au Cafe Hillel). D’un autre cote, ce qui me fait reellement peur, c’est le jour, pas si lointain, ou le bebe palestinien qui naitra fera des Juifs une minorite dans ce pays. Que ferons-nous alors ? Que ferons-nous quand nous n’aurons plus l’excuse ni la force d’etre la majorite ? "Je pense que chaque generation a sa verite qui la forme. Et la verite qui forme cette generation, c’est qu’entre le Jourdain et la Mediterranee, les Juifs vont devenir une minorite. C’est cela que nous allons devoir affronter. Mais le gouvernement d’Israel, comme le monde politique d’Israel, ne s’affrontent pas a cette verite. Depuis trois ans, nous sommes dans etat de choc muet. Sans mots. Il n’y a rien a dire. C’est la raison pour laquelle j’ai ecrit cet article. Parce que je suis arrive a la conclusion que depuis trois ans, nous ne disons rien."

Q. Tout au long de votre carriere politique, vous avez donne une certaine image d’energie et d’optimisme, quelquefois immature ou frivole. Etes-vous reellement devenu un pessimiste ? Etes-vous reellement aussi sombre ?

"Quand aujourd’hui on pose la question aux Israeliens : ou leurs enfants vont-ils vivre dans 25 ans, on n’a pas une reponse univoque. On n’entend pas de oui massif. Au contraire. On encourage les jeunes a aller faire leurs etudes a l’etranger. Leurs parents leur procurent des passeports europeens. Celui qui le peut etudie les possibilites de travail dans la Silicon Valley, celui qui en a les moyens s’achete un appartement a Londres. Lentement mais surement, se developpe en Israel une societe qui n’est pas certaine que la prochaine generation y habitera. La societe tout entiere vit ici sans foi en l’avenir. Ce qui se passe en ce moment, c’est que l’elite israelienne est en train de se reduire, pacre qu’lle n’accepte plus de payer pour les caprices du gouvernement. Elle ne veut plus supporter le fardeau des colonies. Mais pendant ce temps, ce a quoi on assiste, ce n’est pas une revolte dans la rue, c’est une revolte tranquille de gens qui s’en vont. On prend son ordinateur portable, ses disquettes, et on s’en va. Et si vous regardez autour de vous, vous verrez que les seuls gens qui restent sont ceux qui n’ont pas d’autre choix. Les economiquement faibles et les fondamentalistes. Sous nos yeux, Israel est en train de devenir ultra-orthodoxe, nationaliste, et arabe. Israel est en train de devenir une societe sans sens de l’avenir, sans representation de l’Histoire, et sans forces pour se maintenir."

Q. OK, c’est un souci legitime. Mais votre article, diffuse dans le monde entier, employait des termes presque hostiles. Vous y decrivez Israel comme une immeuble qui repose sur des fondations d’insensibilte humaine, comme un pays qui manque de justice. Vous parlez des Palestiniens comme de gens ecrases sous la botte israelienne. Ce sont des expressions terribles, des expressions de quelqu’un qui a lui-meme subi un processus d’alienation complete par rapport a la societe qu’il est cense representer.

"Mes mots sont le resultat de la douleur, et non d’une quelconque hostilite. Ce sont des mots d’autocritique sans concession. Quand j’ecris sur Israel, je n’ecris pas sur les autres, mais sur moi-meme. Mais je pense vraiment que nous ne voyons pas ce qui se passe au-dela de nos fenetres. Le matin, quand je roule a travers les collines qui entourent la localite ou j’habite, je vois des enfants de 8, 10 et 12 ans qui marchent a la recherche de travail. Et quand une jeep de la police des frontieres arrive, ces enfants se cachent derriere les buissons et les rochers, apeures. Alors, je ne pense pas que nous puissions continuer a dire que nous sommes beaux et moraux parce que nous avons vecu la Shoah il y a 60 ans. Je ne cois pas que nous puissions continuer a dire que nous sommes beaux et moraux parce qu’on nous persecute depuis 2000 ans. Aujourd’hui, nous sommes aux prises avec une realite terrible. Et nous ne sommes pas beaux. Pas beaux du tout."

Q. Pensez-vous qu’Israel soit devenu un Etat du mal ?

"Non. Nous ne sommes ni un Etat du mal, ni une societe du mal. Mais nous avons perdu nos capteurs du mal. Nous sommes aveugles. Nous ne sentons plus, ne voyons plus. La semaine derniere, je visitais un lycee repute de Jerusalem. Beaucoup d’eleves disaient des choses effrayantes : Quand nous serons soldats, nous tuerons des vieux, des femmes et des enfants sans meme y penser. Ils disaient : Nous les expulserons, nous les mettrons dans des avions et les enverrons en Irak. Par centaines de milliers. Par millions. Et la plupart des eleves applaudissaient. Alors que je faisais remarquer que c’etait la maniere dont les gens parlaient il y a 60 ans en Europe. Alors, je suis veritablement inquiet. Et meme alarme. Je pense que nous integrons en nous-memes des normes qui ne sont pas les notres. Nous allons ressembler de plus en plus a nos ennemis."

Q. L’une des critiques qu’on vous a opposees pour votre article a ete que vous avez franchi la ligne rouge et servi ainsi les ennemis d’Israel.

"Pour moi, cette critique n’a aucune pertinence. Je ne vois aucun ennemi d’Israel a Damas ou en Malaisie qui soit devenu antisemite parce qu’Avrum Burg aurait dit telle ou telle chose. L’attitude defavorable envers Israel qu’on constate aujourd’hui dans la communaute internationale decoule en partie de la politique du gouvernement d’Israel. Alors, si les ennemis d’Israel l’utilisent, cela ne me fait ni chaud ni froid. Je me soucie bien davantage du fait que, par crainte de ce que les ennemis d’Israel vont dire, on ne lave plus notre linge sale en public, et qu’on finisse par ne plus laver notre linge sale du tout, et que les choses commencent a sentir mauvais. Regardez autour de vous, et voyez combien les choses puent."

Q. Quand vous ecrivez dans votre article : " Israel, qui a cesse de se soucier des enfants des Palestiniens, ne doit pas etre surpris quand ceux-ci viennent, baignes de haine, se faire exploser sur les lieux ou les Israeliens fuient la realite", vous justifiez le terrorisme, apres tout. Quand vous ecrivez : " Ils font couler notre sang dans les restaurants pour nous couper l’appetit, car chez eux, leurs enfants et leurs parents connaissent la faim et l’humiliation", de fait, vous justifiez le meurtre.

"Je ne justifie pas le terrorisme. En tant que citoyen d’Israel, et occidental, le terrorisme est mon ennemi. Mais, pris par le bruit assourdissant des explosions, par les enquetes, par le desespoir, nous n’entendons plus rien. Nous de-sentons. Et, je vous l’affirme, il y a des nuits ou je peux pas dormir parce que je sens que je suis un occupant. Je vous l’affirme, aujourd’hui, ici, on ne mene aucune guerre au terrorisme. Parce qu’Israel, aujourd’hui, combat le terrorisme en termes de tonnes. Combien de tonnes avons-nous larguees sur le terrorisme aujourd’hui ? Le tonnage et les bombes ne font pas la guerre au terrorisme. C’est l’expression d’une politique de vengeance, qui n’est la que pour satisfaire les bas instincts de l’opinion publique. "Je veux que vous me compreniez. Il est bien clair pour moi que nous devons combattre le terrorisme. Mais la guerre contre le terrorisme doit etre calme, audacieuse, habile et muette. Ce n’est pas un festival de declarations ou l’on dit qu’on les frappera, encore et encore. Et puis, une guerre contre le terrorisme ne peut pas reussir si l’on n’ouvre pas les fenetres et permet a l’autre societe de respirer un peu l’air de l’espoir. Ainsi, tant qu’Israel n’utilisera que la force brutale, sans susciter d’espoir, il ne se confrontera pas a la veriable infrastructure du terrorisme. Le moment est venu pour nous de comprendre que tous les Palestiniens ne sont pas des terroristes, que tous les Palestiniens ne sont pas le Hamas, et que certains de ceux qui nous combattent le font a cause du manque de sensibilite d’Israel."

Q. Dans ce cas, Israel est responsable du kamikaze qui se fait exploser au Cafe Hillel et de la terroriste qui se fait exploser au restaurant Maxim de Haifa.

"Je vais au Cafe Hillel en famille. Je rends visite aux proprietaires du restaurant Maxim chaque nouvel an. Et donc, quand un kamikaze se fait exploser dans de tels endroits, il veut me tuer, moi aussi. Il ne distingue pas entre les bons et les mauvais. Quant il se fait exploser, il attaque chacun d’entre nous. Il est tres clair pour moi qu’a partir du moment ou un terroriste s’entoure d’une ceinture d’explosifs, il est de mon devoir de le tuer. A ce moment-la, c’est ou lui ou moi. "Mais ce que je dis, c’est qu’un attentat terroriste doit etre dejoue bien avant, et la question que je me pose, c’est si Israel a fait assez en sorte qu’un enfant qui a deux ans aujourd’hui ne se fasse pas exploser dans 15 ou 20 ans. C’est de notre responsablite dans la region. Meme si 60% de cette responsabilite repose sur les Palestiniens, et 40% sur nous, il n’en est pas moins vrai que cette responsablite qui est la notre est de 100%. "Apres trois ans de guerre, nous ne pouvons plus ignorer notre role dans l’empechement de la paix. Je ne peux pas ignorer le fait que dans notre gouvernement d’aujourd’hui, il y a des ministres de guerre. L’un veut une guerre a Damas, un autre veut une guerre avec la totalite du monde arabe, et un troisieme aime la guerre, tout simplement. Je me sens le devoir de creer une sorte d’alternative a la politique du desespoir et de la violence. Je pense qu’il est tres dangereux de confier notre destinee aux mains de ceux qui ne comprennent pas que la paix est dans notre interet. La paix est le meilleur moyen qui existe d’assurer notre securite."

Q. La tentative de creer une alternative politique vous a conduit a Geneve. Mais quand vous et vos amis avez redige le pacte de Geneve, vous avez de fait cede au terrorisme palestinien. Vous avez accepte de donner aux Palestiniens ce qu’ils n’avaient pas reussi a obtenir avant l’intifada, le Mont du Temple, par exemple.

"Cela m’a pris trois semaines pour accepter de signer le projet du pacte de Geneve. Cela m’a ete difficile, parce que, par le passe, je me suis en fait montre tres critique envers Ehoud Barak pour ses concessions sur Jerusalem. Mais le verite, c’est que j’ai change. Mon angoisse a propos de la destruction d’Israel est si reelle aujourd’hui que je suis pret a faire davantage de concessions. Je dirige toute mon energie vers l’objectif central, qui est de sauver Israel de l’occupation, et le sionisme de lui-meme. "J’ai trouve dans le pacte de Geneve deux choses appropriees. L’une est que nous renoncons au symbole du Mont du Temple, alors qu’ils renoncent au symbole du droit au retour. C’est un immense echange de symboles, extraordinairement significatif. La seconde chose est l’elargissement de la ceinture qui etouffe Jerusalem, contre l’elargissement de la ceinture qui etoufe Gaza. Au bout du compte, donc, j’ai pense qu’il s’agissait d’une approche appropriee : symbole contre symbole, Jerusalem contre Gaza."

Q. Ce que vous dites est bien joli, mais inexact. Selon le projet du pacte de Geneve, Israel renonce explicitement au Mont du Temple, mais les Palestiniens ne renoncent pas explicitement au droit au retour.

"Il ne faut pas confondre les reves et les aspects pratiques. Tout comme les Palestiniens ne renonceront pas au reve de la Grande Palestine, je n’ai pas abandonne le reve de construire le Temple. Mais la decision que nous avons prise ensemble est de ne pas laisser ces reves devenir une politique concrete, les Juifs ne construiront pas leur temple dans cette zone, et les Palestiniens ne retourneront pas a Jaffa. C’est l’essence de ce pacte : reve contre reve, aspects pratiques contre aspects pratiques.

Q. Quand meme, si nous prenons votre article et le pacte de Geneve, vous vous etes clairement radicalise sur le plan politique. Il y a deux ans, vous etiez candidat a la presidence du Parti travailliste, sur un programme quasi centriste, et aujourd’hui, vous vous situez a la gauche de l’extreme gauche. Avez-vous tellement change, ou conduisiez-vous alors une campagne totalement cynique ?

"Les deux. Apres mon echec dans la course a la presidence du Parti travailliste, j’ai fait une introspection et analyse ce qui m’etait arrive. L’une des choses dont je me suis rendu compte, c’est que j’avais mene une campagne tactique, en evitant d’entrer dans l’essence et la substance des problemes. Mon hypothese de travail etait que Bush avait ete elu sans avoir rien dit, que Sharon avait ete elu sans avoir rien dit, et que donc, peut-etre, cela marcherait aussi pour moi. En faisant le point apres ma defaite, je suis parvenu a la conclusion que pendant trop d’annees, j’ai ete trop attentif aux aspects politiciens, et pas assez a ma verite interieure. Ma campagne a ete mauvaise parce que c’etait une campagne de popularite personnelle, sans veritable contenu. "En essayant de seduire le centre, en m’empechant d’aller au bout de mes idees, je suis devenu un candidat cosmetique, sans positions reelles. Et en allant au bout de l’analyse, le lecon que j’ai tiree a ete que dans une periode si difficile, je devais dire ma verite sans fard. S’il n’y a pas d’autre choix, je prefere perdre sur des verites qu’etre elu sur du vide."

Q. Avrum, vous jouez un double jeu, non ? D’un cote, vous etes un politicien chevronne, qui sait naviguer dans les eaux troubles de la politique israelienne, mais de l’autre, vous voulez jouer au prophete. Vous elever contre l’Etat, le gouvernement et le mouvement sioniste et pousser un cri adolescent de revolte morale.

"Je ne cois pas que ma politique soit adolescente. L’adolescent israelien s’evade des problemes d’Israel en partant pour l’Inde ou pour l’Amerique du Sud. Je fais exactement l’inverse. Je prends le taureau par les cornes, et je ne le laisse pas partir. Je ne prends pas un sac a dos et ne deserte pas. Je pense que l’epoque que nous vivons est une epoque terrible. Je pense que nous nous trouvons sur la ligne de partage des eaux. D’un cote, il y a la destruction, de l’autre le salut et la renaissance. Mais la distance entre les deux options s’amenuise constamment. La menace de destruction est plus concrete que jamais. Dans cette situation, meme si cela n’est pas agreable, meme si ce n’est pas populaire, je ne veux plus garder le silence. Je suis oblige de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’Israel revienne a lui-meme, pour qu’Israel sorte de l’occupation et rentre a la maison."

 

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Avraham Burg