Encore un petit effort
Thème : Retrait de Gaza Une autre politique est possible Stratégie, défense, armée
Ha’aretz , mis en ligne le 23 février 2004par
"Nous devons aider Sharon à accepter l’idee que l’Etat d’Israël, en proie à de dangereuses convulsions, a désespérément besoin d’une re-calibration. La clé, pour le ramener sur le droit chemin du developpement, c’est la fin de l’occupation et le renoncement aux territoires. Toutes les autres solutions sont illusoires, comme la fausse croyance selon laquelle encore un petit effort apporterait la victoire tant souhaitée."
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Haaretz, 22 fevrier 2004
Les dirigeants des colons et les porte-parole de la droite radicale assurent que la proposition du premier ministre de se retirer unilateralement de Gaza intervient juste avant la defaite definitive de l’Autorite palestinienne. Cela n’est pas nouveau. Chaque fois qu’un premier ministre israelien ouvre les yeux et percoit le prix terible que paye l’Etat a cause de la continuation du conflit avec les Palestiniens, la droite a recours a l’argument selon lequel, si nous avions montre un petit peu plus de determination, l’ennemi aurait cede et il n’y aurait eu aucune raison de faire de concessions.
Cela a ete le cas quand Yitzhak Rabin a signe les accords d’Oslo, puis quand Ehud Barak a propose a Yasser Arafat un accord definitif a Camp David. Cela a egalement ete le cas a chaque fois qu’Ariel Sharon, sous la pression americaine, a tente de parvenir a un cessez -le-feu avec l’Autorite palestinienne. Dans chacun de ces cas, la droite, dont une partie du Likoud, a dit que les premiers ministres israeliens lancaient aux Palestiniens une bouee de sauvetage inutile, juste au moment ou ils allaient s’effondrer definitivement, et que la meilleure chose a faire etait d’augmenter la pression militaire.
Aujourd’hui, ils usent du meme argument contre Sharon. Ils disent que Sharon a perdu son sang froid, et que s’il avait ete un peu plus patient, Tsahal aurait ecrase la resistance des Palestiniens, et epargne a Israel la necessite d’evacuer la Bande de Gaza. Analogue a la legende du poignard dans le dos, qu’a connue un autre pays en d’autres temps, cette version circule dans les milieux de droite : la victoire nous a echappe au dernier moment, a cause de la faiblesse personnelle du premier ministre.
Il reste encore a voir si Sharon est digne de cet honneur douteux. Ses declarations sur le retrait doivent encore etre prouvees, et quiconque met en doute sa sincerite a de bonnes raisons de le faire. Neanmoins, meme si Sharon finit par trouver une maniere de ne pas appliquer son plan, celui-ci a malgre tout du poids, parce qu’il contient l’aveu de l’inutilite de la presence d’Israel a Gaza, et de la profondeur de l’abime dans lequel cette presence l’a plonge.
Le cote absurde de la chose est que Sharon a encore un pied dans le camp de la droite qui manfeste contre lui. Il a annonce son intention de quitter Gaza, mais immediatement apres, a commence a en reduire l’importance. Ces trois dernieres semaines, le public a entendu que le retrait ne serait pas total, que trois colonies au Nord de la Bande de Gaza demeureraient en place, que l’armee continuerait a patrouiller dans certaines des zones evacuees, que le plan est un plan de principe, et non operatif, qu’il est trop tot pour designer nommement les colonies devant etre evacuees, qu’il n’y a aucune raison de se hater pour presenter le plan au conseil des ministres, qu’avant qu’il soit applique, il y aurait un referendum, que la mesure doit etre coordonnee avec l’administration americaine, qu’un effort sera fait pour repondre aux attentes des Americains et conjuguer la proposition avec la feuille de route et la vision du president Bush, et pour parler a l’Autorite palestinienne.
On peut voir toutes ces conditions comme des stratagemes qu’utiliserait Sharon pour que son plan franchisse l’obstacle politique (l’opposition au sein du Likoud, ndt). On peut aussi les voir comme une echelle qui lui permettrait de descendre de l’arbre sur lequel il a grimpe. Ou comme une tentaive de camoufler un ballon d’essai, dont le proprietaire n’aurait jamais eu l’intention d’executer ce que le message contenait.
Peut-etre les limites qu’il place sont-elles une preuve de ses douloureuses reflexions. Sharon se rend compte qu’il doit evacuer la Bande de Gaza, mais quelque part au plus profond de lui, quelque chose lui murmure que, peut-etre, avec encore un petit effort, les Palestiniens seraient vaincus militairement, une fois pour toutes.
Nous devons aider Sharon a accepter l’idee que l’Etat d’Israel, en proie a de dangereuses convulsions, a desesperement besoin d’une re-calibration. La cle, pour le ramener sur le droit chemin du developpement, c’est la fin de l’occupation et le renoncement aux territoires. Quitter Gaza est un pas dans la bonne direction. Toutes les autres solutions sont illusoires, comme la fausse croyance selon laquelle encore un petit effort apporterait la victoire tant souhaitee.



