Haaretz, 20 février

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


Si l’on se réfère à ses proches, ainsi qu’à son article dans le New York Times, Yasser Arafat lui-même en est arrivé à comprendre qu’il fallait choisir entre le droit des réfugiés palestiniens à retourner en Israel, et le retour du camp de la paix israélien au gouvernement.

Dans les jours qui ont suivi la parution dans Haaretz de son article, « La voix de la raison », le Dr Sari Nusseibeh a été la cible d’attaques venues d’officiels palestiniens de haut rang. Mais ces dernieres semaines, le debat derrière les huis clos de la direction palestinienne ne concerne plus la question de savoir s’il faut faire une concession sur le droit au retour, mais sur le bon timing d’une telle concession, et son prix.

Un échange entre Abou Mazen, né à Safed, et Sari Nusseibeh, de Jérusalem,
reflète bien le climat qui règne au sein de la direction palestinienne. Au cours d’une récente réunion du cabinet de l’Autorité palestinienne, Abou Mazen s’est plaint que Nusseibeh avait donné gratuitement aux Israéliens l’une des seules cartes restant encore dans le jeu des Palestiniens, en laissant entendre que ceux-ci devaient choisir entre un Etat et le droit au retour.

Nusseibeh rappela à Abou Mazen que celui-ci, avec ses collègues, avaient
déjà donné cette carte au cours des négociations avec le gouvernement Barak.
Il lui demanda s’il comptait réutiliser cette carte deja jouée pour gagner
l’opinion publique israelienne à l’idée de faire davantage de concessions.

Le débat interne palestinien sur le droit au retour s’est étalé au grand jour, il y a trois semaines, devant des Israéliens, des Européens, des Américains, ainsi que des representants d’Iran, du Maroc, d’Algérie, du Liban et du Koweit. Tous assistaient à une conférence en Allemagne sous les auspices du ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, et du coordinateur européen Javier Solana, sur la stabilité et le développement en Europe, dans la Méditerranée et au Moyen-Orient. Le professeur Ziad Abou Amar, président de la Commission des Affaires étrangères du Conseil Législatif Palestinien, avait exigé qu’Israel negocie sérieusement aur le droit au retour.

La deuxieme partie de sa phrase fit bondir Marwan Kanfani, un proche d’Arafat : « si au terme de ces négociations nous arrivons à la conclusion que le droit au retour detruirait l’Etat juif », avait dit Abou Amar, « nous devrons trouver d’autres moyens pour mettre en oeuvre ce droit ». Kanfani n’hesita pas à exposer publiquement leurs differences d’opinion, et protesta en disant que « la mise en oeuvre ne dépend de rien du tout, et je ne suis pas prêt à faire à l’avance une quelconque concession sur le sujet du droit au retour ».

Yasser Abed Rabbo, qui avait précédé Nusseibeh en publiant lui aussi un
article modéré sur la question, garda le silence. Il s’en tira en décrivant les cinq modèles d’options que les Palestiniens souhaitaient se voir offrir par les Israéliens. L’une de ces options consistait à permettre à un nombre limité de réfugiés de s’installer en Israel, nombre sur lequel les parties se seraient mises d’accord. On peut penser qu’Abed Rabbo, ministre de l’information et de la culture, avait pris connaissance de l’article que Yasser Arafat tenait son bureau, prêt à être envoyé au New York Times. Au vu de cet article, Arafat n’est pas encore prêt à déchirer la carte du droit au retour. Abed Rabbo avait une révélation interessante pour la conférence : il dit que le chef du Shin Bet Avi Dichter avait refusé une invitation d’Arafat à venir interroger des suspects palestiniens arrêtés par l’Autorité
palestinienne, au sujet de l’affaire du bateau chargé d’armes, le Karine A.

Le 35ème anniversaire

Les vieux routiers palestiniens des négociations avec Israel ne perdent pas leur temps. Ils écrivent des éditoriaux, inventent des formules et dessinent des cartes. A défaut de partenaires au sein du gouvernement israélien, ils « s’entraînent » avec des Israéliens du Parti travailliste et du Meretz. Il devient difficile de suivre à la trace le flot des rencontres ouvertes ou secrètes entre les parties.

L’une des rencontres les plus intéressantes s’est tenueà Chypre, le week-end dernier. Sari Nusseibeh, de Jérusalem Est (arabe) rencontrait Ofir Pines de Jerusalem Est (Ramot, quartier juif) et le député du Meretz Avshalom Vilan, du kibboutz Negba, dans une Nicosie elle-même divisée, pour rechercher une formule qui ferait de « Jérusalem unie » une capitale commune et non plus une formule creuse.

Avec des urbanistes, des juristes, des économistes et des professeurs
d’université, les hommes politiques ont parlé de la vie dans une ville ouverte, qui satisferait la plupart des aspirations nationales des deux parties, ainsi que les intérêts de ses habitants. Difficile de croire qu’au moment où ils parlaient du besoin de coopération entre juifs, musulmans et chrétiens pour unifier la ville, une Israélienne etait assassinée au couteau par de jeunes Palestiniens sur la promenade Armon Hanatsiv, l’ancienne frontière.

Encouragé par les signes de réveil du camp de la paix en Israel, Nusseibeh a
promis que les bandes armées laisseraient bientot la rue de Ramallah à des
manifestants palestiniens pour la paix. Il dit qu’en juin, pour le 35ème
anniversaire de la guerre des Six jours, des dizaines de milliers de personnes d’organisations européennes pour la paix se joindraient aux Palestiniens pour des marches pour la paix. Les Italiens ont déjà commencé à enrôler des gens pour faire le voyage.