Du côté palestinien après Beit Hanoun

Thème : Politique et société palestiniennes

Ha’aretz
mis en ligne le 10 novembre 2006
par Danny Rubinstein

appels à la vengeance et à la reprise des attentats, unité de tout le paysage politique palestinien contre des négociations avec Israël, à l’exception notable de Mahmoud Abbas, affaiblissement de ce dernier, acccélation probable de la constitution d’un gouvernement d’union nationale : quelques-unes des conséquences du massacre de Beit Hanoun

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Ha’aretz, 9 novembre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

La nuit dernière, aucun porte-parole ou analyste palestinien n’avait le moindre doute : le massacre de Beit Hanoun va bientôt entraîner le Hamas à réagir par un attentat. Les appels à la vengeance pour les morts de Beit Hanoun, dont sept étaient des enfants, sont venus de toutes les factions palestiniennes. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a été le seul à se montrer relativement modéré. Il a appelé è une "réaction palestinienne unie et coordonnée", que plusieurs commentateurs ont interprété comme un avertissement contre un attentat majeur de la part du Hamas. Peu de temps après, le leader du Hamas Khaled Mesh’al tenait une conférence de presse à Damas, où il a dit que toutes les factions palestiniennes devaient ordonner à leurs membres de commettre des "actes de résistance", à savoir des attentats terroristes. Nizar, dirigeant militaire du Hamas à Gaza, a lui aussi appelé à la reprise de la politique de résistance.

Au niveau politique, il ne fait pas de doute que les morts d’hier, au premier titre des 54 autres habitants de la région tués lors des opérations de l’armée israélienne à Beit Hanoun ces derniers jours, ont grandement affaibli Mahmud Abbas dans ses négociations avec le Hamas autour de la création d’un gouvernement d’union nationale. "Comment est-il possible, dans un moment comme celui-ci, de parler de reconnaissance et d’amitié avec Israël ?", ont demandé les orateurs à l’occasion d’une grande manifestation d’étudiants à l’université Al-Quds, dans le faubourg de Jérusalem-Est d’Abou Dis. Au cours de manifestations similaires qui se sont déroulées hier partout en Cisjordanie et à Gaza, les participants ont crié leur douleur, leur colère, et ont appelé à la vengeance. Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est une sorte d’unité qui est apparue entre toutes les factions rivales. Toutes ont déclaré qu’il était inutile de viser des négociations de paix avec Israël et ont critiqué la voie modérée choisie par Mahmoud Abbas.

Résultat : une pression publique grandissante sur le Hamas pour qu’il réagisse par "au moins un gros attentat", comme un journaliste arabe de Jérusalem Est l’écrivait hier. L’Autorité palestinienne a déclaré une grève de trois jours en signe de deuil, et certains représentants palestiniens ont exprimé leur espoir que le massacre convaincrait finalement les Etats arabes à mettre fin au boycott imposé au gouvernement et au peuple palestiniens, et qu’ils reprendraient leurs transferts de fonds vers Gaza et la Cisjordanie.

Les négociations entre Mahmoud Abbas et Ismail Haniyeh ont été suspendues, et les deux hommes se sont fait photographier en train de donner leur sang hier dans un hôpital de Gaza. Toutefois, il paraît clair que les pourparlers vont continuer ces prochains jours. Le programme diplomatique du gouvernement d’union, fondé sur ce qu’il est convenu d’appeler le document des prisonniers, a été plus ou moins accepté par les deux parties, mais deux problèmes empêchent encore de parvenir à un accord. Le plus difficile concerne la libération du soldat enlevé Gilad Shalit en échange de l libération par Israël de prisonniers palestiniens. La libération de Shalit est censée constituer l’un des premiers articles de tout accord entre Abbas et Haniyeh, mais il semble qu’il n’y ait pas de solution à ce problème, en raison des désaccords entre Israël et le Hamas.

Second problème : qui dirigera le gouvernement d’union nationale, composé de technocrates et de personnalités indépendantes nommées par le Hamas et le Fatah ? Le favori semble être le ministre de l’Education et vice-Premier ministre Nasser al-Din al-Shaer, de Ramallah, considéré comme un sympathisant du Hamas, mais non membre de cette organisation. Il a été arrêté par l’armée israélienne lors d’une vague d’arrestations menée en Cisjordanie après l’enlèvement de Shalit, mais il a été libéré peu de temps après. Il semble qu’Abbas serait d’accord pour nommer al-Shaer, parce qu’il peut être présenté à la communauté internationale comme une personnalité qui n’est pas un représentant du Hamas.