Des professeurs français, israéliens et palestiniens réunis à Paris pour le séminaire " Pour une éducation à la Paix "

Thème : Shalom Akhshav : action et influence Le conflit vu de France, "importation du conflit" Initiatives de coopération et de coexistence Enfants, jeunesse, éducation

L’Arche
mis en ligne le 11 juillet 2005
par Rosine Klatzmann-Wasserman

L’Arche, mai 2005

Dans les salons de la Mairie de Paris, ce 1er avril 2005, une soixantaine de professeurs français, israéliens et palestiniens sont réunis à l’invitation du Groupe Education à la Paix. Le programme du séminaire fait alterner séances plénières et ateliers de travail. Autour des tables, on parle hébreu, arabe, français ou anglais. Et quand deux personnes ne peuvent se comprendre, on s’entraide. Ici, c’est un Arabe israélien qui traduit en hébreu, pour sa voisine, ce qu’explique un professeur palestinien. Là, c’est une Israélienne francophone qui traduit en anglais, pour son voisin palestinien, les paroles de leur homologue français. L’ambiance est chaleureuse et studieuse. Répartis en petits groupes, les professeurs discutent, échangent des idées et construisent des projets éducatifs que réaliseront ensemble leurs élèves français, israéliens et palestiniens.

" Nous sommes tous réunis ici, motivés par une conviction commune : la paix que nous désirons ardemment, et l’éducation, ont un lien indissoluble et direct ". Dans son discours d’ouverture, Youval Teller, le coordinateur du Groupe Education à la Paix, annonce la couleur. Et s’empresse de préciser : " nous devons déployer tous nos efforts créatifs, toutes les forces de notre imagination, pour concevoir et asseoir les contenus concrets et les méthodologies d’une pédagogie de la paix ". Autrement dit, nous ne sommes pas là seulement pour discuter, mais aussi - et surtout - pour construire.

Cette idée de " pédagogie de la paix " s’est imposée pendant l’année scolaire 2003-2004. Face aux tensions nées en écho au conflit du Proche-Orient, dans les collèges et les lycées français, des professeurs du lycée Charlemagne, à Paris, décident de réagir. Ils mettent sur pied un partenariat entre les élèves de leur établissement et des lycéens israéliens et palestiniens. Une manière de concrétiser leur volonté d’introduire l’éducation à la paix à l’école. Les objectifs sont ambitieux, mais réalistes : présenter aux élèves français une approche plus nuancée du conflit israélo-palestinien ; leur proposer une " éducation à la paix " qui dépasse les enjeux communautaires ; permettre aux lycéens français, palestiniens et israéliens de dialoguer, de se connaître et, par là-même, de se reconnaître ; encourager et faciliter le dialogue entre enseignants et lycéens israéliens et palestiniens.

L’idée a fait des émules et ce sont aujourd’hui sept partenariats de ce type qui fonctionnent. Ils regroupent quelque vingt établissements israéliens (juifs et arabes) et palestiniens autour de sept lycées français (voir encadré). Le séminaire " Pour une éducation à la Paix ", n’est qu’une étape d’un long processus. Mais une étape importante qui avait tout d’une utopie il y a encore quelques mois. Sans l’aide des personnalités qui le parrainent (notamment Dominique Borne, Doyen de l’Inspection générale, Hubert Néant, Inspecteur honoraire d’Histoire, Saman Khoury, Coordinateur de la Coalition palestinienne pour la Paix et signataire de l’Initiative de Genève et Tsvia Walden, responsable du secteur Education de l’Initiative de Genève), sans l’appui financier du Conseil Régional d’Ile-de-France et sans la détermination du Groupe Education, il serait resté à l’état de belle idée.

Le séminaire est donc venu à point pour permettre aux professeurs impliqués dans les partenariats de se rencontrer, de faire sauter les blocages éventuels (techniques ou psychologiques) et, surtout, de faire progresser leurs projets pour les rendre réalisables. D’où la priorité donnée, pendant ces deux jours, aux ateliers de travail et aux rencontres dans les lycées avec les élèves, présents malgré la grève. Face aux divergences, aux désaccords, on discute. Parfois, deux visions s’opposent dans le choix des projets : il y a ceux qui sont prêts à affronter de face les sujets qui fâchent et ceux qui préfèrent les contourner, en choisissant des thèmes " neutres ". Mais tous ont finalement trouvé un terrain d’entente et chacun est reparti avec un projet bien défini à proposer à ses élèves : construire un lexique illustré des mots de la paix, monter Roméo et Juliette en pièce de théâtre filmée, créer un journal et inventer un quiz dans le domaine des humanités, réunir en un " kaléidoscope " les histoires de vie, fabriquer des objets technologiques pour démontrer les grandes lois scientifiques, réaliser un film sur la célébration des anniversaires, rédiger un ouvrage sur les mémoires familiales entre 1930 et 1946. Du concret, encore du concret, toujours du concret.

A l’issue de la première journée de travail, un cocktail offert par la Mairie de Paris a réuni près de cent cinquante personnes, en présence de Nissim Zvili, ambassadeur d’Israël en France, d’Ahmad Abdelrazek, ambassadeur de Palestine auprès de l’Unesco et de David Chemla, président de La Paix Maintenant. Chacun, à sa manière, a évoqué l’importance d’une telle initiative.

Enfin, au-delà du climat d’intense communion qui a régné pendant ces deux jours, au-delà du bonheur de participer à un événement unique tout entier tourné vers la construction de la Paix, il faut évoquer les liens forts qui se sont créés en marge du séminaire : les professeurs français ont hébergé leurs homologues israéliens et palestiniens, et tous ont pu mettre un visage sur le nom de leurs partenaires. Quant à nous, nos carnets d’adresses se sont enrichis des noms de ceux que nous espérons revoir un jour, ici ou là-bas. Mais pas question, pour autant, de tomber dans le piège de l’angélisme. Le Groupe Education veillera à ce que chacun concrétise les projets et œuvre dans l’esprit d’ouverture qui a animé le séminaire. Et personne n’oublie que notre prochain objectif est de faire se rencontrer les élèves eux-mêmes. Par conséquent, " Si nous travaillons bien, nous nous retrouverons dans un an ", promet Youval Teller.

Les sept partenariats :

- Lycée Charlemagne, Paris - Lycée Evangelical Lutheran School, Bet-Sahur - Lycée associé à l’Université Hébraïque de Jérusalem - Lycée O.R.T. Neoura, Kafr Neoura - Lycée Saint-Joseph-El Moutran, Nazareth.
- Lycée Victor Duruy, Paris - Lycée Al Amal Hope Flowers, El Khader - Lycée Mishlav, Haïfa.
- Lycée Jules Ferry, Paris. Lycée du Patriarche Latin, Jenine - Lycée Mevouot Haneguev, Shoval.
- Lycée professionnel Trélazé (Angers) - Lycée Zahra, Gaza - Lycée Ironi Zain, Tel-Aviv.
- Lycée Edgar Quinet, Paris - Lycées Palestine et Ahmed Shaouki, Gaza - Lycée Rivages du Carmel, Maagan Mikhaël - Lycée Ironi Yudbet, Tel Aviv.
- Lycée Maurice Ravel, Paris - Lycée Alshmoh, Amssra - Lycée général Mekif Vav, Beer-Sheva.
- Lycée Jean Renoir, Bondy - Lycée La Salle, Bethléem - Lycée de Sderot, Sderot.