Des familles palestiniennes contre le "culte de la mort"

Thème : Politique et société palestiniennes Terrorisme

Jerusalem Post
mis en ligne le 28 janvier 2004
par Khaled Abou Toameh

"Comment nous justifier vis-a-vis du monde si, d’un côté, nos enfants sont tués par l’armée israélienne, et si de l’autre, nous envoyons des enfants et des mères de famille avec des ceintures d’explosifs ?"

article sur le site du Jerusalem Post

Jerusalem Post, 20 janvier 2004

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Un éditorialiste palestinien de premier plan a lancé une attaque cinglante contre le Hamas et le Jihad islamique pour avoir recruté des adolescents et des mères de famille pour des attentats suicides contre Israël, en disant que les Palestiniens en ont assez de cette "culture de la mort".

Dans les colonnes du quotidien de l’Autorité palestinienne Al-Ayyam, Hasan al-Batal, un célèbre éditorialiste très proche de l’AP, a félicité pour leur courage les familles de kamikazes qui se sont exprimées contre ce phénomène. Cette attaque renvoie à un débat au sein de la société palestinienne, sur l’utilisation de femmes et d’adolescents comme bombes humaines.

Batal fait précisément référence aux familles de Reel al-Rayashi, une mère de deux enfants qui s’est fait exploser la semaine dernière au carrefour d’Erez, et d’Iyad Al-Masri, qui est mort quand, il y a quinze jours, sa ceinture d’explosifs s’est déclenchée prématurement en Cisjordanie. Geste sans précédent, les familles ont condamné publiquement ceux qui avaient envoyé Rayashi et Masri commettre les attentats suicides.

Rayashi, 22 ans, a été recrutee par le Hamas, et Masri, 17 ans, par le Jihad islamique. Mardi, des sources palestiniennes ont confirmé que Rayashi avait été forcée de commettre l’attentat après que son mari eut découvert qu’elle le trompait avec un militant du Hamas.

Masri, équipé d’une ceinture d’explosifs, a été envoyé en mission mortelle quelques jours seulement après que son frere eut été tué par des tirs israéliens à Naplouse. Il semble qu’il se soit égaré, et il s’est fait exploser dans un champ près de Naplouse. Sa famille a accusé le Jihad d’avoir exploité la douleur provoquée par la mort de son jeune frère, et a exigé une enquête sur les circonstances de son recrutement.

Sous le titre "Des familles se rebellent contre la culture de la mort", Batal s’est attaqué au Hamas pour avoir recruté une mère de deux enfants en bas âge, de 18 mois et de 3 ans, pour commettre un attentat suicide. Il a souligné le "courage moral" de la famille de Masri, qui a condamné la "vie gâchee" de leur fils. Il a aussi félicité la famille de Rayashi pour avoir refusé de recevoir des condoléances dans une "tente de deuil" qui aurait été montée à Gaza.

Batal a exprimé l’espoir que les réactions de ces familles constituent le signal d’un début de changement de fond dans les normes liées a ce genre d’attentats.

"Les organisations civiques palestiniennes doivent soutenir l’appel de la famille Masri qui réclame une enquête contre ceux qui l’ont poussé (à commettre l’attentat suicide) en exploitant la mort d’Amjad, son frère âgé de 15 ans. De même, les groupes de femmes doivent faire entendre leur voix et déclarer que le devoir maternel est plus important que le combat".

L’éditorialiste palestinien a prédit que, à moins que le peuple palestinien tout entier ne s’exprime de la sorte, "le jour arrivera tres bientôt où nous verrons des garcons de 10 ans et des femmes enceintes avec des ceintures d’explosifs". Et il pose la question : "Comment nous justifier vis-à-vis du monde si, d’un côté, nos enfants sont tués par l’armée israélienne, et si de l’autre, nous envoyons des enfants et des mères de famille avec des ceintures d’explosifs ? Comment les Palestiniens persuaderont-ils davantage de militants pacifistes du monde de risquer leur vie en solidarité avec les Palestiniens si nous commençons à équiper nos enfants et nos mères de ceintures d’explosifs ?"