Dans une atmosphère saturée de haine, le Likoud au bord de l’implosion

Thème : Politique intérieure israélienne

Ha’aretz
mis en ligne le 26 septembre 2005
par Daniel Ben Simon

l’avenir du Likoud est peut-être en train de se jouer aujourd’hui. Sharon restera-t-il à la tête du parti ? Battu par Netanyahou, créera-t-il un nouveau parti "centriste" ? Toutes questions qui ont leur importance dans la perspective d’un hypothétique processus de paix avec les Palestiniens. En attendant, un bref aperçu de l’atmosphère à couper au couteau du comité central

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Ha’aretz, 26 septembre 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Hier, pour la première fois depuis des années, le Likoud a manifesté les signes d’un parti au pouvoir au bord de l’implosion. Les milliers de membres du comité central réunis à Tel-Aviv qui arpentent les allées semblent avoir rencontré le spectre de la défaite aux élections. Le combat que Benjamin Netanyahou a imposé au président du parti [Ariel Sharon] déchire le Likoud et monte les membres les uns contre les autres, en véritables ennemis. Au cours de la réunion du comité central, on s’est insulté et accusé de détruire le parti.

Lorsque plusieurs centaines de membres du comité central ont quitté la salle à l’entame du discours d’Ariel Sharon, Nehemia Lahav n’en crut pas ses yeux. En 42 ans, jamais il n’avait vu une telle haine. "J’ai participé à des réunions du comité central et assisté à bien des batailles, mais je n’avais jamais vu une chose pareille", dit-il.

Il fut un temps où Lahav était fier d’être membre du Likoud. Hier, l’ancien maire de Hadera avait honte. "Je pense qu’il faut que le Likoud soit écrasé aux prochaines élections", dit-il. "Le parti s’est usé au gouvernement, et pour se purifier, il doit tomber".

Avec tout le bruit dans la salle, les orateurs avaient du mal à s’entendre parler. "Est-ce cela, le Likoud ?", demandait David Uzana devant le chaos provoqué par les cris et les injures. Venu de Zar’it, un moshav sur la frontière nord, pour soutenir Sharon, il avait du mal à supporter la vue du premier ministre assis sur les marches, faisant le dos rond sous les insultes de centaines de délégués. "Ce n’est pas mon Likoud", conclut-il.

Il était clair depuis le début que cette réunion serait un combat sans merci entre Sharon et Netanyahou. L’atmosphère était électrique, en grande partie à cause de colons évacués de Gaza venus se venger de leur évacuation et qui hurlaient des insultes à quiconque osait soutenir Sharon. "J’espère que tu seras expulsé de chez toi !", a hurlé une évacuée enceinte en direction de Mikha Gabbaï de Kiryat Gat, partisan de Sharon. "Je veux que tu ressentes ce que nous avons ressenti après que ton premier ministre nous a expulsés de chez nous". "Excusez-moi, madame", répondit Gabbaï, "mais je suis au Likoud parce que c’est un parti centriste partisan du compromis diplomatique. Si vous voulez toute la Terre d’Israël, vous n’avez rien à faire ici. Nous ne sommes pas l’extrême droite".

Shaoul Goldstein, président du conseil régional du Goush Etzion, ne faisait pas mystère de l’objectif que recherchent les colons : "nous voulons renverser Sharon, le plus vite possible et en grand", dit-il.

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Alors que les partisans de Sharon insistent pour dire que le résultat du vote d’aujourd’hui est encore incertain, ceux de Netanyahou affirment que les dés sont jetés. Sharon va perdre et les primaires du parti vont être avancées.

"Sharon est tombé", dit Shmouel Slavin, ancien directeur général du ministère des Finances. "Malheureusement, il a cessé d’être à l’écoute des sentiments du public".

"La bataille est terminée", opine un autre opposant à Sharon, le député Mikhael Ratzon. "La plupart des membres du Likoud comprennent aujourd’hui que pour survivre, nous devons en revenir au Likoud d’origine. A mon avis, Sharon est fini".

Même après la fin du meeting, certains membres continuaient à s’accuser mutuellement d’avoir coupé le micro du premier ministre. Les partisans de Sharon se consolaient à l’idée que cet acte de sabotage aiderait leur candidat à vaincre son rival.