Daniel, tu vas tellement nous manquer...

Thème : Daniel Rachline

par David Chemla

 

David Chemla s’exprime lors des obsèques de Daniel Rachlne – mercredi 12 mai au cimetière parisien de Bagneux – au nom de La Paix Maintenant, JCall et Mémoire 2000, trois associations au sein desquelles Daniel, qui en était membre-fondateur, milita jusqu’à son dernier souffle avec une détermination sans faille. Un engagement et un optimisme envers et contre tout qu’évoquèrent tous ses proches, et particulièrement son frére François – et auquel fit écho l’émouvant poème d’Yitzik Manger chanté en yiddish par Talila.

Daniel,

Lors de notre dernier entretien téléphonique, alors que je t’appelais depuis Tel-Aviv il y a une quinzaine de jours, je t’avais rapporté les propos d’un ami, un ancien déporté et un ancien membre d’un kibboutz, qui m’avait dit à propos de la situation en Israël : « Cela va de mal en pis, mais je reste optimiste. » Cela t’avait fait rire et tu m’avais dit : « J’aime cela. » Ces propos, tu aurais pu les tenir toi aussi, car si je devais te définir en un mot, je dirais que tu étais avant tout un militant, un militant pour lequel ce qui comptait c’était la constance de l’engagement. Combien de fois nous as-tu répété en réunion de bureau, alors que l’on pouvait perdre espoir dans ce combat de Sisyphe pour la paix au Moyen-Orient, qu’il fallait continuer à nous réunir, d’abord pour nous-mêmes, mais aussi pour nos adhérents, parce que nous réunir et être ensemble était essentiel. Payer sa cotisation ; plier des enveloppes ; manifester dans la rue ; organiser une réunion publique ; faire une émission de radio… tels sont les actes obscurs et triviaux, mais si indispensables à l’action militante – des actes que tu accomplissais discrètement, mais toujours avec conviction et cela jusqu’à la fin, même quand cela t’était devenu difficile physiquement.

Daniel, tu étais Français et Juif, dans cet ordre comme tu nous l’as souvent rappelé en réunion de bureau. Certes, la paix au Moyen-Orient t’importait, d’abord pour le bien d’Israël, ce pays auquel tu étais si attaché mais qui n’était pas le tien. Israël, ce fut d’abord une cause avant d’être un pays que tu avais découvert lors des rencontres discrètes dont, adolescent, tu avais été témoin entre ton père et un certain Ména’hem Begin. Puis plus tard, Israël, c’était devenu un engagement pour la paix suite à ta rencontre avec Arieh Yaari, ce shalia’h représentant dans les années soixante-dix le Mapam en France, ce parti de la gauche sioniste et ancêtre du Méretz, Arieh Yaari, auquel tu ne manquais jamais de rendre visite lors de tes voyages en Israël dans son kibboutz, Ein Dor. Daniel, ton engagement pour la paix, tu l’as commencé en fondant le Comité français du Centre International pour la Paix au Moyen-Orient, aux côtés d’André Wormser, Hughes Steiner, Elisabeth de Fontenay, Marie-Claire Mendès France et Henri Bulawko. C’est à cette occasion que nous nous sommes rencontrés. Puis, tu l’as poursuivi quand nous avons créé ensemble ce qui, au début, était Les Amis de Shalom Akhshav avant de devenir La Paix Maintenant. C’était en 1980, lors d’un meeting à la Sorbonne en présence de beaucoup d’amis qui sont ici aujourd’hui pour t’accompagner et de Vladimir Jankélévitch. Puis cet engagement, tu l’as poursuivi quand, de nouveau ensemble, nous avons créé en 2010 JCall, dont tu as assumé la responsabilité de trésorier jusqu’à tes derniers instants.

Mais enfant juif qui avait 4 ans en juin 1940, Daniel, tu étais aussi un enfant de la guerre. Dans son livre consacré à votre père, L.R. Les Silences d’un résistant£, ton frère François rapporte ce qui fut ton premier acte de résistance. Aux deux policiers français qui t’interrogeaient pour savoir si tu avais vu ton père, recherché pour avoir organisé l’évasion de parachutistes et d’aviateurs britanniques, tu avais répondu, âgé seulement de 5 ans, par la négative – alors que Lazare, ton père, venait de passer un ou deux jours auprès de vous avant de disparaître dans la longue nuit de la résistance. Daniel, tu nous as souvent parlé de ton père qui avait obtenu, nous disais-tu non sans fierté, la deuxième carte d’identité après celle du général de Gaulle après la libération. Avec un tel père, tu ne pouvais que t’engager dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et pour la mémoire de la Shoah. Tu l’as fait d’abord au sein d’Amnesty International, puis dans Ciné Histoire et dans Mémoire 2000, cette association qui a choisi d’informer et de sensibiliser les jeunes scolaires par le cinéma à toutes les formes d’atteintes aux droits de l’homme, réunissant ainsi ta passion pour le cinéma à tes convictions militantes. Mais ton engagement dépassait ta participation à toutes les associations auxquelles tu adhérais. C’était un engagement citoyen total qui refusait la moindre des compromissions. Je me souviens de cet épisode que tu nous avais raconté quand, témoin sur les Champs-Elysées d’une interpellation un peu musclée d’un immigré par un flic, tu t’étais interposé. Le policier t’avait demandé alors de montrer tes papiers et, devant ta carte d’identité cartonnée, il t’avait dit qu’elle n’était plus valable et qu’il fallait la changer par une nouvelle carte infalsifiable. Tu lui avais répondu, avec toute la puissance de voix que l’on te connaissait, que si tu avais eu une carte infalsifiable pendant la guerre, tu n’aurais pas pu survivre. Impressionné par ta réponse, le policier n’avait pas donné suite à cette interpellation. C’était toi, Daniel.

Je garde une dernière image de toi, quand tu arrivais à nos réunions de bureau, souvent le premier. Ton élégance naturelle, ton sourire, le ton chaleureux de ta voix sonore et tes saines colères étaient comme une source de vie qui nous renforçait tous.

Tu vas tellement nous manquer.

Shalom ’Haver. Au revoir Ami.

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