Colonies : tolérance zéro

Thème : Colonisation, yesha États-Unis

Ha’aretz
mis en ligne le 28 février 2009
par ’Hagit Ofran, Lara Friedman

Adresse à l’intention de l’administration de Barack Obama

Ha’aretz, 27 février 2009

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Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Les informations parues dans les médias selon lesquelles Israël a approuvé une expansion massive de la colonie d’Efrat en Cisjordanie constituent une première leçon pour l’administration Obama qui doit comprendre pourquoi elle doit instituer une politique de tolérance zéro à l’égard de l’expansion des colonies, avant qu’il ne soit trop tard.

Ces informations sont à la fois exactes et exagérées. Alors, d’abord, voici les faits : plus tôt pendant ce mois de février, une commission militaire d’appel - organisme judiciaire auprès duquel il est possible de faire appel de décisions prises par le « Gardien des Biens d’Etat et Abandonnés en Judée et Samarie » - a approuvé une décision datant d’août 2004 de déclarer « terre d’Etat » une portion de terre d’environ 300 ha considérée auparavant comme appartenant à Bethléem et au village d’Artas, rejetant les objections des propriétaires palestiniens contre cette confiscation. La terre eh question est située sur une colline que les colons nomment « Giv’at Eitam » et proche de la colonie d’Efrat, au sud de Bethléem. Depuis longtemps, les habitants d’Efrat lorgnent cette zone pour s’étendre.

Cette déclaration [de changement de statut, ndt] se fonde sur une loi ottomane de 1858, suivant laquelle le sultan pouvait se saisir de terres qui n’avaient pas été cultivées pendant trois années consécutives. Depuis 1967, Israël a utilisé cette loi pour prendre le contrôle d’environ 16% de la Cisjordanie, dont la quasi totalité a été confiée à des colons juifs.

Bien que, il y a encore quelques semaines, Giv’at Eitam ne fût pas encore considérée officiellement comme terre d’Etat, la zone est incluse à l’intérieur des limites municipales d’Efrat, limites fixées en 1999, bien avant qu’Israël n’ait décidé officiellement de confisquer la terre. Il existe un projet de construire quelque 2 500 logements sur le site, doublant ainsi la taille de la colonie (qui compte actuellement environ 8 000 habitants). Les colons pressent le gouvernement de permettre à la construction de commencer. Le fait de reclasser le site en terre d’Etat marque un pas concret vers la réalisation du projet.

Voilà pour les mauvaises nouvelles. La bonne est que le plan Giv’at Eitam est encore loin de pouvoir être mis en œuvre, et cela pour deux raisons.

La première tient au fait que Giv’at Eitam se trouve du côté palestinien de la clôture de séparation. L’expansion d’Efrat de ce côté risque d’être problématique, à moins que le tracé de la clôture soit modifié, ce qui sera difficile compte tenu des décisions précédentes de la Haute cour selon lesquelles le tracé de la barrière ne peut pas faire l’objet d’un charcutage pour s’adapter aux projets d’expansion des colons.

Deuxièmement, avant que toute construction ne puisse commencer, il doit y avoir un plan détaillé, soumls à d’importantes obligations auprès des autorités de planification, chaque pas devant être approuvé par le ministre de la défense. Clairement, le projet peut être facilement stoppé, si le gouvernement israélien est enclin à le faire.

Ainsi, la reclassification officielle du site en tant que terre d’Etat ne signifie pas que, du jour au lendemain, les bulldozers vont se mettre à l’œuvre. Cela signifie-t-il que le monde (et en particulier l’administration Obama) ne doit pas s’en inquiéter ? Non, bien entendu.

Le nouveau gouvernement à Washington doit retenir de cette expérience combien une simple information concernant l’expansion d’une colonie - même dans sa toute première phase - peut retenir l’attention de l’opinion internationale et a le potentiel de torpiller tout ce que cette administration pourrait tenter sur la question israélo-palestinienne et dans la région.

Si le président Barack Obama est sérieux et s’il confirme qu’il souhaite bien progresser vers une paix israélo-palestinienne et remettre les relations entre l’Amérique et le monde arabo-musulman sur une meilleure voie, il ne peut pas permettre aux colonies de le prendre en otage.

Il existe littéralement des centaines de plans du type Giv’at Eitam pour les colonies dans toute la Cisjordanie et à Jérusalem-Est sur le bureau des leaders des colons et des planificateurs du ministère israélien de la construction et du logement. A moins que les Etats-Unis fassent savoir clairement qu’ils ont une tolérance zéro pour la construction dans les colonies - en arrêtant les petits jeux sur la « croissance naturelle » ou sur les « seules constructions à l’intérieur de colonies existantes » - ils se retrouveront en train de perdre toute crédibilité et tout capital politique à se faire constamment matraquer par de tels plans. Et ils se retrouveront avec leur programme au Moyen-Orient menacé de mort pas très lente par les colonies.

On ne peut faire confiance à aucun gouvernement israélien pour qu’il se conduise bien dès qu’il s’agit de colonisation, et même un gouvernement qui souhaiterait lutter contre les colonies a besoin de la pression des Etats-Unis pour pouvoir le faire. [A fortiori pour le pire des gouvernements de l’histoire d’Israël qui se dessine, ndt]

L’expérience d’Efrat doit servir d’avertissement à l’administration Obama et lui rappeler que les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre le luxe de prendre leur temps quand il s’agit de concevoir - avec un réel investissement - une politique de tolérance zéro à l’égard de l’expansion des colonies. Dans le cas contraire, les colons et leurs partisans se sentiront encouragés à croire que « yes they can » poursuivre leurs efforts pour s’assurer que la paix et la solution de deux Etats n’aboutiront jamais.