Ce que « oui » veut dire

Thème : Abbas pour partenaire ? Réfugiés, droit au retour Initiative arabe

Ha’aretz
mis en ligne le 10 décembre 2008
par Matti Steinberg

La théorie « Il n’y a pas de partenaire » fait encore partie des fausses certitudes en Israël. Depuis longtemps, Mati Steinberg, ancien du Shin Bet, combat cette théorie. Cette fois à propos du refus de voir, en Israël, ce que l’initiative arabe de 2002 (ex-"initiative saoudienne") montre en termes de profonds changements dans le monde arabe, ne serait-ce que par les débats et les oppositions qu’elle a suscités en son sein. Tout tourne ici autour de la question (fondamentale) du droit au retour. Ndt : cet article est une réponse à un autre article publié en fin de semaine dernière par Ha’aretz. Les références à ce dernier article ont été supprimées, mais les lecteurs intéressés pourront rechercher un article par Alexander Yakobson

Ha’aretz, 10 janvier 2008

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Traduction : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Enfin, six ans après sa conception et après que, chaque année, elle a été réaffirmée, l’initiative de paix arabe a droit à un débat au sein de l’opinion israélienne. Quand le monde arabe a dit "non" à l’unanimité (les fameux « trois non » de Khartoum en 1967, ndt), nous ne nous sommes pas posé de questions sur ses intentions. Quand le monde arabe dit "oui " à Israël, oui à la normalisation et à la fin du conflit, les interrogations se multiplient : que veut dire exactement ce "oui" ?

Alors que l’initiative arabe n’est apparue que récemment chez nous, un violent débat secoue le monde arabe, entre partisans et opposants, dans le domaine public aussi bien que politique. Car le vocabulaire adopté par l’initiative arabe sur la question des réfugiés palestiniens ne laisse aucune place à l’ambiguïté et requiert donc qu’on s’y attarde attentivement, opinion que ne partagent pas les fronts du refus arabe et palestinien.

Du Hamas au Jihad islamique, du Hezbollah à Al-Qaida, ces détracteurs sont fermement convaincus que cette initiative porte un coup fatal au « droit au retour » et à la possibilité d’exercer ce droit dans Israël proprement dit (hors territoires occupés, ndt). Pour eux, il n’y a aucune équivoque dans tout ce qui est lié à une "solution mutuellement acceptée" au problème des réfugiés. En articulant un front commun, ces forces ont rejeté l’initiative arabe, en particulier la clause concernant les réfugiés, et ce depuis qu’elle a été proposée une première fois en mars 2002.

Ces forces sont restées si insatisfaites que, cette année, elles ont réuni deux conférences à Damas, toutes deux financées par la Syrie et l’Iran, et qui excluaient aussi bien les Etats arabes modérés que l’Autorité palestinienne : La Conférence nationale palestinienne, organisée en janvier 2008, et la Conférence internationale sur le droit au retour le mois dernier. Ces réunions visaient en premier lieu les concessions faites par l’initiative arabe concernant le retour des réfugiés.

Le jour même où l’initiative était lancée, le Hamas publiait un communiqué qui dénonçait le dépouillement des propriétaires du "droit sacré au retour", en vertu d’une demande de "porter la question sur la table des négociations et de l’appliquer par le moyen d’un accord mutuel avec Israël". Ramadan Shallah, chef du Jihad islamique, affirmait lors d’un discours programmatique à Damas que l’initiative arabe était pire que la Déclaration Balfour. Tout cela à cause de la clause relative aux réfugiés, où les propriétaires de droit de la Palestine cédaient à "ceux qui n’ont aucun droit" (Israël), alors que dans la Déclaration Balfour, "ceux qui ne sont pas les propriétaires" (les Britanniques) donnaient la Palestine à "ceux qui n’ont aucun droit" (les sionistes).

Shallah qualifiait la volonté des Arabes et des Palestiniens d’adopter l’initiative comme une "Nakba de la conscience". Ce fut également la raison pour laquelle le Hamas, tout au long du dialogue avec l’Egypte et le Fatah, refusa même d’adopter une formulation atténuée qui acceptait "un consensus arabe et ses décisions", car il voyait là un soutien implicite à l’initiative arabe [1].

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A mon avis, les opinions exprimées par les opposants arabes à cette initiative sont plus crédibles que celles des opposants israéliens, car les premiers s’en tiennent à des positions maximalistes. Si l’on accepte la prémisse de la sincérité de leur fanatisme, il nous faut accepter que leurs positions indiquent une évolution qu’exprime l’initiative arabe. Nous ne pouvons rester éternellement pendus aux positions du Hamas pour en faire la preuve qu’un accord n’est pas possible, et en même temps ne pas tenir compte de ses déclarations selon lesquelles l’initiative arabe trahit ses valeurs les plus sacrées.

Quant aux paramètres Clinton, s’ils cherchent à traiter la question des réfugiés dans le cadre d’un partage entre deux Etats, ils parlent de "droit au retour dans la Palestine historique" et de « patrie ». Si l’initiative arabe avait employé la même terminologie, nous aurions considéré cela comme une tentative de nous jeter de la poudre aux yeux.

Dans l’initiative arabe, il n’y a aucun terme de la sorte, et c’est précisément ce qui a suscité la colère de ses opposants arabes. Paradoxalement, ces mêmes opposants trouvent un terrain d’entente avec les opposants israéliens, bien qu’allant dans des directions opposées. Les Arabes identifient un changement fondamental dans l’initiative arabe, les Israéliens n’en discernent aucun, ou bien ils ne souhaitent pas le voir.

Je propose donc la solution suivante : Israël accepte l’initiative arabe en tant que base de négociation, de par le fait qu’il comprend fondamentalement qu’une « solution mutuellement acceptée » de la question des réfugiés lui permet de refuser un retour en Israël proprement dit.

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