Ce qu’il appartient à Israël de faire dès aujourd’hui

par Gershon Baskin

Traduction Tal Aronzon pour LPM

Photo Mahmud Hams/AFP/Getty Images : Mercredi dernier pendant la trêve, un jeune Palestinien observe les destructions subies à Al-Tufah, quartier de la ville de Gaza.

Slate Magazine, le 10 août 2014

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« La guerre de Gaza est dans l’impasse. Voici comment Israël peut en faire quelque chose », écrit Gershon Baskin, qui dresse une nouvelle mappemonde des négociations permettant de mettre le Hamas hors-jeu tandis que le monde arabe modéré – emmené par l’Arabie Saoudite, l’Égypte et la Jordanie – forgerait avec l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien un nouvel avenir pour Gaza et la Cisjordanie réunifiées. Un avenir de reconstruction et sans occupation, cela va sans dire et mieux encore en le disant !

À de nombreux égards, la guerre d’août à Gaza fut une guerre faute de choix. Si les Israéliens et les Palestiniens avaient progressé dans les pourparlers de paix par le passé, que ce soit grâce aux efforts du secrétaire d’État américain John Kerry ou à la faveur d’une autre des nombreuses occasions manquées, peut-être que la violence n’aurait pas éclaté. Mais de l’eau a coulé sous les ponts, et toute argutie à ce sujet, comme sur le point de savoir qui est responsable du dernier round de violence, ne serait qu’un pilpoul stérile de plus sur l’antériorité de la poule ou de l’œuf.

Mais maintenant, nul ne semble plus savoir comment arrêter cette guerre. Il se peut que les combats ne soient pas aussi intenses qu’il y a une semaine ; cependant, ils n’en continueront pas moins après la trêve provisoire. Samedi après-midi, j’ai demandé à de hauts responsables de l’Autorité palestinienne comment ils pensaient que cette guerre devait se terminer. Leur réponse : « Israël devrait en finir avec l’occupation. » D’accord, c’est évident... Mais comment arrêtons-nous la guerre là, maintenant, ce soir, quand tout ce qu’Israël et l’Autorité palestinienne feraient renforcerait le Hamas, parti qui gagnerait une prime à la guerre ? Alors que la délégation israélienne a quitté Le Caire vendredi, les pourparlers se poursuivent en Égypte entre services de renseignement égyptiens et factions palestiniennes. La stratégie égyptienne consiste à faire faiblir la détermination du Hamas et à l’amener à des compromis qu’Israël pourrait, lui aussi, accepter. Mais je ne vois pas le Hamas faire un quelconque compromis significatif susceptible, si peu que ce soit, de mener à son éviction du pouvoir à Gaza – et ceci est la seule sorte de compromis qu’Israël accepterait.

Ce qui veut dire qu’Israël ne devrait pas négocier avec le Hamas. Les efforts d’Israël, et ceux de ses partenaires dans la région, devraient se focaliser en totalité sur le moyen de réduire la domination du Hamas, et non de l’augmenter.

Le Hamas se proclamera victorieux quelle que soit l’issue de la guerre. Il contera son héroïsme face à la puissante armée israélienne et se présentera comme la seule force au monde qui défende les droits des Palestiniens. Il a déjà gagné la bataille des mots parmi les Palestiniens et les Arabes en formulant des demandes dont nul Palestinien, ni quiconque les soutient, ne peut nier la légitimité. Ils veulent que leurs frontières soient ouvertes à la circulation des biens et des personnes ; ils veulent un aéroport, un port, des matériaux de construction pour rebâtir Gaza, pour être reliés à l’économie cisjordanienne et à celle du monde. Toutes ces demandes sont raisonnables, et pourraient même être acceptables pour Israël si elles étaient mises sur la table alors que les deux parties négocient un accord global, la fin du conflit et celle des réclamations. Mais le Hamas réclame ces acquis contre un simple cessez-le-feu, ce qui lui laisserait la latitude de réarmer et de préparer la guerre suivante.

Les évidentes opportunités à plus long terme issues de ce conflit sont la possibilité, pour Israël et ses voisins, d’adopter l’initiative arabe de paix de 2002 ; de négocier avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas sur cette base ; et de remettre la responsabilité de Gaza à court terme à une force multinationale sous la direction des pays arabes. Le Hamas s’opposerait avec vigueur à cette démarche, mais la capacité du Hamas à s’opposer à une armée entièrement arabe, dotée du soutien de la Ligue arabe et peut-être même d’une résolution des Nations unies, serait très limitée.

Ceci, joint à une promesse israélienne d’en finir avec l’occupation et de permettre aux Palestiniens de voir aboutir leurs aspirations à un État palestinien souverain incluant la Cisjordanie et Gaza, répondrait aux demandes palestiniennes et priverait le Hamas de toute pertinence aux yeux des Palestiniens. Ce plan récompenserait les modérés aux dépens des extrémistes, brisant un modèle qui a consisté à faire l’exact contraire pendant trop d’années.

Rien de tout cela n’est impossible, et les chances [d’y parvenir] augmenteraient de façon sensible si l’initiative venait de Riyad. Si le roi Abdallah d’Arabie Saoudite invitait Benyamin Netanyahou, Mahmoud Abbas, le président al-Sissi d’Égypte et le roi Abdallah II de Jordanie à venir sans délai à Riyad, avec Gaza sur la table, cela pourrait aisément conduire à l’acceptation de l’initiative de paix arabe. Cette guerre mène à une impasse ; il nous faut une initiative audacieuse et un leader arabe (de même qu’israélien) courageux pour dépasser l’actuel scénario perdant-perdant qui prévaut.

Israël peut faire plus pour que les choses avancent dans la bonne direction, sans céder d’un pouce au Hamas. Le gouvernement Netanyahou devrait adresser à la population palestinienne de Gaza des messages passant de l’actuelle langue de menace à un langage de promesse et d’espoir. Il faut qu’Israël explique aux Gazaouis à quoi une Gaza en paix pourrait ressembler – avec un aéroport, du développement économique et du travail. Les habitants de Gaza attendent désespérément d’entendre quels programmes concrets pourraient répondre à leur besoin fondamental d’une vie normale, et les responsables israéliens devraient être ceux qui le leur diront.

Qui plus est, Israël devrait encourager le processus lancé avec la formation du gouvernement de réconciliation palestinien en mai 2014 pour organiser de nouvelles élections palestiniennes aussitôt que possible, afin que le peuple palestinien ait son mot à dire dans l’élection d’une direction qui le représente légitimement. La tenue d’élections alors que Gaza panserait les plaies de la guerre, avec un message positif de la part d’Israël quant à l’avenir de Gaza – tout ceci pendant que d’authentiques, de sérieuses négociations quant à la fin de l’occupation israélienne prendraient place – ferait sensiblement monter les chances de voir élu en Cisjordanie et à Gaza un gouvernement qui continuerait à construire la Palestine plutôt que la détruire.

Pour atteindre ce but, il appartient maintenant à Israël de reconnaître le gouvernement de réconciliation palestinien qui, bien que soutenu par le Hamas, n’a en son sein aucun représentant de cette organisation. La tâche essentielle de ce gouvernement est de préparer la Palestine à de nouvelles élections – tel est son mandat.

Dans l’intervalle, le Hamas continuera probablement de tirer des roquettes et des mortiers contre Israël au rythme d’une cinquantaine à une centaine par jour, mais ses réserves baissent à grande vitesse et pourraient toucher à leur terme. Israël peut de son côté continuer à répondre au feu des roquettes par des raids aériens contre des cibles militaires, en prenant un soin tout particulier à éviter les dommages collatéraux et les pertes civiles – oui, mieux que ce n’a été le cas jusqu’à présent. Pendant ce temps, il est essentiel qu’Israël intéresse positivement la direction de l’Autorité palestinienne, l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et d’autres à des plans visant à mettre un terme au conflit israélo-palestinien.

Ainsi pourra-t-on éviter de gratifier le Hamas d’une victoire prouvant, une fois de plus, que la violence paie. Il est fondamental qu’Israël récompense la diplomatie et la modération ; sinon cette dernière guerre ne sera qu’un round de plus dans ce conflit sans fin.